DEUX NOUVEAUX MAMMIFÈRES
ils en tuent un, ils l'abandonnent aux vieilles femmes. Dans l'Ouest- Queensland j'entendis parler d'un animal que, d'après la description qui m'en fut faite, je supposai devoir être le iarri; un officier de la police noire avait failli en tuer un dans la contrée où je me trouvais.
Femme du Nord-Qucenslaud.
L'autre de ces mammifères vit également sur les arbres et se nourrit exclusivement de feuilles. Au dire des Noirs, c'est un kangourou qui grimpe, sur les montagnes du littoral, à la cime des arbres les plus hauts. Sa façon de monter est celle des indigènes, qui l'ont nommé buiufari. Sa queue est très longue, son corps est de la grandeur de celui d'un chien ordinaire. Je tenais pour certain qu'il s'agissait d'un Dendrolagus. On sait que ces marsupiaux se
rencontrent dans la Nouvelle-Guinée; mais jusqu'alors on n'en avait pas vu sur le continent australien.
Les cordillères de l'Australie, connues sous le nom de the Great Dividing Range, et qui se profilent le long de la côte orientale, sont tout à fait basses dans la partie méridionale du Queensland ; plus au nord elles grandissent et atteignent une hauteur de 100 mètres, quelquefois davantage. Les vents alizés les couvrent d'embruns qui vont se résoudre en pluie, et leurs aspersions, jointes à de fortes chaleurs, développent une riche végétation tropicale : aussi ces montagnes sont-elles, de la base au sommet, entièrement boisées.
A Herbert river et en montant plus au nord, les montagnes du littoral sont presque inaccessibles. Des pentes abruptes alternent avec de vastes espaces rocailleux ; des buissons et de grands arbres poussent partout où il leur a été possible de prendre racine, et des plantes étalent sur le sol comme un tapis de verdure. Souvent on rencontre des terrains accidentés, mais pas trop pierreux, où croissent des buissons qui donnent naissance à des fourrés très épais; on a grand'peine à y pénétrer, même après s'être mis tout en sang.
Dans ces halliers de montagne pousse, avec une vigueur exceptionnelle, une variété de palmier (Calamus australis). Son tronc, de la grosseur du doigt, comme celui du rotang des Indes Orientales, se faufile à travers la forêt, sur une largeur de quelques centaines de pieds, enlaçant au passage les arbres qu'il rencontre : il en résulte de tels enchevêtrements qu'il est impossible d'avancer. Le tronc et les feuilles de ce palmier sont garnis d'épines aiguës qui s'accrochent à vous et vous mettent en sang : de là, son nom d'avocatier, lawyer-palm.
Dans les régions basses apparaissent d'abord le palmier commun d'Australie et le palmier-éventail, Livislonia ; puis l'élégant bananier au vert tendre et gai; enfin, plus haut, vers le sommet des montagnes, des fougères arborescentes tendent au-dessus des rivières, dans les vallons humides et rocheux, leurs feuilles si belles, et se mêlent à cette infinité d'arbres et d'arbustes. Rivières et ruisseaux roulent sur les flancs de la montagne et forment des cascades ravissantes encadrées de fouillis d'arbres aux rangs pressés, que le soleil ne perce jamais. Naturellement l'eau y est fraîche, limpide et cristalline.