‹ Au pays des cannibalesChapitre 44 sur 185 · HAUTES BROUSSAILLES DU LITTORAL · texte numérisé non relu

HAUTES BROUSSAILLES DU LITTORAL

Quand on laisse derrière soi la brousse proprement dite pour escalader les hauteurs, on se >n, trouve en terrain forestier plus ouvert : le plateau basaltique de Leichhardt.

Collines, vallées, bois, tout s'y trouve comme en bas, /nais pas aussi touffu.

V « avocatier » y est plus rare.

Des indigènes vivaient en grand nombre dans ces halliers pittoresques et d'un abord difficile, où les Blancs ne venaient pas les troubler, car il n'y a en cet endroit ni or ni choses précieuses pour les tenter, rien pour leur donner le courage d'endurer les fatigues auxquelles ils s'exposeraient.

Quand j'eus longtemps étudié les alentours de la station, je reconnus la nécessité d'abandonner Herbert valc comme quartier de nuit, et de gagner les boisés sauvages du littoral, où bien des choses m'attiraient. J'y verrais les indigènes à l'état de nature, demeurés en dehors de l'influence des Blancs, ce que je désirais depuis

longtemps déjà, Car rien Forêt de palroiere dans le Queensland.

n'est intéressant pour l'ethnologue comme l'étude de la vie des races

humaines primitives dans ses diverses phases, et, dé plus, j'étais persuadé d'y découvrir de nouvelles espèces d'animaux , avec l'aide des Noirs, Dès que j'entendis parler des deux mammifères, un intérêt nouveau s'empara de moi, et je résolus de faire tout mon possible pour atteindre la région qu'ils habitent.

Il ne pouvait me venir à l'esprit de partir sans être accompagné; d'ailleurs il me fallait quelqu'un pour porter mon bagage. Faute de Blancs, je choisis mes compagnons parmi les Noirs, qui, seuls, pou-: vaient m'être d'une réelle utilité au milieu des halliers; de. fait, il ne m'eût pas été facile de mettre la main sur un Blanc capable et de bonne volonté. Un Blanc aurait eu du mal à s'entendre avec les indigènes, et une mort prompte aurait pu s'ensuivre pour lui comme pour moi. S'orienter là où manquent les chemins tracés m'aurait été également difficile, et sans le secours des Noirs qui sont sur leurs terrains de chasse, j'aurais découvert bien peu d'animaux. Donc ce que j'avais de mieux à faire, si je voulais atteindre le but désiré, c'était de prendre des Noirs à mon service et d'en faire, non seulement des compagnons de chasse, mais des amis.

Après y avoir mûrement réfléchi, je résolus de vivre seul Blanc avec eux.

En premier lieu j'avais à me procurer des hommes, ce qui n'était rien moins que facile, car les « civilisés » de Herbert river sont d'une paresse incroyable ; ils se refusaient à gravir des montagnes qu'ils connaissaient mal. Je dus aussi m'adresser à des tribus plus éloignées, établies sur les points que je m'étais fixés pour objectifs. J'avais déjà une certaine connaissance des Noirs, acquise au contact de leurs frères « civilisés » ; je comprenais un peu leur langue, et l'expérience m'avait appris la manière de les traiter pour en tirer quelque utilité.

Quoique un peu rassuré sur l'issue de l'entreprise, je ne m'y lançai pas sans une certaine inquiétude.

C'était vraiment quelque chose de nouveau en son genre, de camper à la belle étoile au milieu de Nègres sauvages auxquels on ne saurait donner sa confiance. Ces Noirs, logés sous de méchantes huttes de feuillage, ne s'occupent pas de culture et ne s'entourent jamais d'animaux domestiques. Une vie humaine a si peu de valeur à leurs yeux, qu'ils ne se font pas plus conscience de tuer un homme que nous de briser un verre; pour peu qu'ils croient n'avoir rien à

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