‹ Au pays des cannibalesChapitre 5 sur 185 · PORT-ADÉLAIDE · texte numérisé non relu

PORT-ADÉLAIDE

le coq avait de l'eau jusqu'à la taille. Le ieu s'éteignit, et notre déjeuner fut assaisonné à l'eau de mer. Des lames se ruaient contre la porte du salon, qu'elles eurent bientôt inondé; livres et chaussures nageaient péle-méle.

Au cours d'un long voyage on finit par se lasser de la mer, ce désert d'eau, comme disent les Arabes, et l'on aspire à poser le pied sur la terre ferme. Nous nous trouvions à 50 milles géographiques de la côte australienne, au dire du capitaine, quand, un beau matin, nous respirâmes pour la première fois ces senteurs de terre si connues du voyageur. Elles sont d'une amertume particulière, légèrement aromatique, rappelant celle de la colophane parfumée, et due probablement au voisinage d'acacias. Or on était à l'époque de la floraison de Y Acacia fragrans, et une brise de terre fraîche et humide nous apportait le parfum de ces fleurs, malgré la distance.

Le 29 août, dans l'après-midi, nous avions la terre en vue, et dans la soirée le phare de Kangaroo Island. Suivis d'une bande de dauphins, nous traversâmes lnvestigator Straits, et le lendemain nous jetions l'ancre, dans l'après-midi, devant Port-Adélaïde. Comme il pleuvait, il fallut nous contenter de contempler la ville à distance et d'admirer les hautes cheminées, dont le nombre témoigne de l'activité de cette cité manufacturière. Au dernier plan du tableau se profilent des hauteurs arrondies et verdoyantes, au pied desquelles la ville se développe à sept milles et demi du port, sur une vaste plaine.

Un canot nous y porta dès le lendemain, et, au débarquer, nous eûmes le bonheur d'être accueillis par un compatriote qui nous fit mille politesses.

Port-Adélaïde est le plus important des ports de l'Australie du Sud. La ville, qui compte environ 6 000 habitants, est en voie de prospérité; un chemin de fer à double voie la relie à Adélaïde. On y fond le cuivre, un des principaux articles d'exportation, mais, détail qui me surprit, Port-Adélaïde possède un musée et une loge maçonnique.

Le consul avait hissé le drapeau norvégien en l'honneur de notre arrivée.

Pour moi, rien ne pouvait m'intéresser autant que le Jardin Botanique ; il eut naturellement ma première visite. D'ailleurs le temps était fort beau, le soleil se jouait dans de larges bassins où nageaient

t\ AU PAYS DES CANNIBALKS.

tles oiseaux aquatiques, au milieu de papyrus .et de saules pleureurs i\v Babylone. Des perroquets se pavanaient dans leurs cages, étalant leurs couleurs chatoyantes, et des oiseaux chantaient dans les buissons artiflciels du jardin, tandis que les grenouilles frappaient l'air île leurs coassements, si stridents, si pénétrants sous le Tropique. Kt cette exubérance de vie, ce fourmillement, cet éblouissement de couleurs ne pouvaient manquer de produire une impression saisissante sur un voyageur qui, cent jours durant, n'avait eu sous les yeux que le ciel et la mer- Ce Jardin Botanique, dirigé avec un goût parfait, a une superficie de 45 acres ; son aménagement fait le plus grand honneur au docteur R. Schomburgk, célèbre par ses voyages à travers la Guyane anglaise. Un bâtiment, dit des Palmiers, est affecté spécialement aux plantes tropicales : c'est une construction où il n'entre que du fer et des vitres. Une des parties les plus admirables de ce magnifique établissement, c'est le Jardin des Roses, vaste emplacement carré, enguirlandé de roses grimpantes disposées avec une remarquable entente de Tari. Presque toutes les espèces connues s'y trouvent rassemblées, depuis la rose à haute tige jusqu'aux rosiers nains : c'est mie gamme de couleurs complète, qui va du pur blanc de neige au rouge foncé tirant sur le noir, en passant par toutes les nuances imaginables. On ne pourrait constater dans cette collection que bien peu de lacunes, tant elle est riche en variétés.

Je découvris dans un coin deux anciennes connaissances, un aune ci un bouleau, qui, très modestement, commençaient à pousser leurs premières feuilles, perdus au milieu de magnolias en pleine floraison, d'élégants araucarias et de magnifiques saules pleureurs.

Les serres, situées près de la maison du directeur, sont des merveilles; on y a rassemblé de véritables richesses végétales, empruntées aux différentes flores, surtout à celle du pays, et très habilement mises en valeur au moyen de quelques groupes de bambous, heureusement distribués. Peut-on s'étonner que le Jardin Botanique soit visité, tous les dimanches, par des milliers de personnes?

Notre consul à Adélaïde, homme des plus aimables, me fit déguster h sa table diverses sortes de vins d'Australie, tous capiteux et naturels. Les meilleures espèces de raisins de France, de Tokay et autres vignobles rencontrent ici d'excellentes conditions climatériques qui

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