‹ Au pays des cannibalesChapitre 50 sur 185 · En français dans Je texte · texte numérisé non relu

En français dans Je texte

si Ton crache beaucoup, et mes hommes éprouvèrent le besoin de boire. Je compris à leur mimique, agrémentée de quelques mots, leur désir d'emprunter mon bidon. L'un d'eux se chargea de l'ustensile, tandis qu'un autre arrachait une longue touffe d'herbes, dont il enveloppa un morceau de bois sec ou d'écorce, et alluma cette torche. Il en emportait une seconde pour le retour. Ce n'est pas pour reconnaître leur chemin qu'il leur faut de la lumière lorsqu'ils s'écartent de leur campement pendant la nuit, mais parce qu'ils ont peur des ténèbres. Leur principal motif de crainte, c'est la possibilité de rencontrer leur diable, qui bat le pays la nuit: ils redoutent aussi les attaques de tribus ennemies. Le nègre d'Auslralie est d'humeur gaie; tant qu'il fait jour, il est content; mais, à l'approche du coucher du soleil, l'inquiétude le prend, en songeant aux esprits malfaisants de la nuit, et surtout aux voisins, par lesquels il court toujours le risque d'être tué et mangé.

Pour l'instant les Noirs reposaient tranquillement autour du feu, dans le calme silencieux de la nature, à peine troublé par le tintement mélancolique du grelot qui nous indiquait la place où paissaient les chevaux. En général les indigènes dorment couchés sur le dos, quelquefois sur le côté, et sans appui pour leur tête; la nuit, ils ne se couvrent pas le corps. Le froid les réveille-t-il, ce qui n'est pas rare, ils se retournent pour présenter au feu l'autre côté de leur individu ; et afin de mieux conserver la chaleur, ils ont l'habitude de se presser les uns contre les autres, par deux ou trois, bras et jambes entrelacés.

Le lendemain, accompagné de Morbora, j'allai explorer les broussailles d'une montagne rocheuse du voisinage. Morbora examinait tout, sondait les arbres avec le plus grand soin, et cherchait, furetait au milieu des orchidées ou des fougères, parasites qui montent le long des troncs d'arbres, dans l'espoir d'y découvrir des rats et des phascologales. Il comptait aussi trouver, dans les feuilles qui jonchaient le sol, le très rare iopolo (Hypsiprymnodon moschatm) ; et, mû par ce désir, il arrachait en passant, comme le font les Noirs qui voyagent en forêt, une poignée de détritus ligneux ou de terre, qu'il portait à son nez pour y chercher trace du passage de quelque animal. L'odorat du Nègre australien est d'une finesse vraiment extraordinaire; on peut dire, sans parler au figuré, qu'il lui suffit d'« en-

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