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ÉPÉES ET BOUCLIERS

Au centre de la face antérieure il porte un ombilic1 ; la face intérieure est plane ou à peu près. Cette arme défensive se tient de la main gauche, en avant, de manière à s'en couvrir une bonne partie du corps. Le dessus du bouclier est un bariolage bizarre de blanc, de rouge et de jaune, non sans effet; il est divisé en cases, qui varient pour chaque combattant et lui constituent comme des armes parlantes.

I/épéc, faite d'un bois très dur, est l'accessoire obligé du bouclier; elle a dix centimètres de largeur jusqu'à sa pointe, un peu arrondie : sa longueur est celle d'un homme ordinaire, du pied à l'épaule. La

Boucliers australiens.

poignée en est courte, faite pour une seule main ; cependant l'arme est si lourde, qu'un homme peu exercé à la manier aurait peine à la tenir le bras à demi tendu, position ordinaire du Noir au moment du combat.

Le soleil allait se coucher lorsque nous nous mîmes en devoir de traverser Herbert river pojir la troisième fois. La rive, à l'endroit où nous atterrîmes, était très escarpée et l'escalade en fut difficile pour le cheval. Arrivé au haut de la côte, ma surprise fut grande de me trouver sur un vaste plateau gazonné, qu'on aurait dit disposé en vue d'un tournoi. Devant moi, au premier plan, s'étendait une forêt de gommiers aux troncs blanchâtres assez espacés; puis venait une

1. Umbo des Latins, mesophalion ou omphalos des Grecs. (V. M )

large plaine, et plus loin encore, une seconde forêt d'arbres à gomme. La rivière Herbert coulait à l'ouest de la plaine ; à l'ouest aussi, mais beaucoup plus loin, de l'autre côté de l'eau, on apercevait une chaîne de montagnes, Seaview Range, derrière laquelle le soleil allait bientôt disparaître. Du côté est, le champ de combat était borné par un haut mamelon couvert de haut en bas. de broussailles d'un vert sombre, qui paraissaient presque noires, aux dernières clartés du jour, comparées aux tons clairs el frais de l'herbe et à la couleur blanche des gommiers.

Les compagnons de Jacky et les Noirs qui s'étaient joints à nous pendant le trajet firent une courte halte à la lisière de la forêt. L'un des derniers venus commença aussitôt une course de possédé, en

Fronteau australien.

manière de défi. Il était démesurément grand (environ 1 m. 95). Sa coiffure, comme celle de quelques sauvages de l'endroit, rappelait celle aes Papous, et ses cheveux en broussailles, longs de 35 centimètres, pointaient dans toutes les directions. La tête et le buste renversés, il courait par bonds désordonnés, et cabriolait d'une façon extravagante, secouant sa crinière en fou furieux, el tenant devant lui, d'une main son bouclier, de l'autre son épée.

Lorsqu'il eut couru suffisamment pour refroidir son ardeur guerrière, il s'arrêta près de moi. La sueur lui ruisselait du corps, el le rouge dont il s'était peint le visage y laissait de larges marques. Son front était orné d'un fort joli bandeau, en échange duquel je lui offris un morceau de tabac. Sans hésiter, il détacha ce fronteau et me le remit : c'était un ouvrage en filet, aussi fin que régulier, admirablement travaillé avec des filaments de végétaux, large de 7 centimètres et teint avec de la terre rouge. Deux autres Noirs qui m'avaient vu

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