COMBATS SINGULIERS
donner du labac pour ce bandeau m'apportèrent les leurs. Je le achetai aussi.
I/cnergumène.
Entre temps, Ténergumène avec lequel j'avais traité en premier avait repris ses bonds de sauvage, les propos s'échangeaient de plus en
plus vifs, l'ardeur belliqueuse grandissait, et chacun tenait ses armes prêtes. Soudain un vieillard poussa un cri de guerre épouvantable en brandissant un faisceau de piques au-dessus de sa tête. Tous, comme sous le coup d'une décharge électrique, se groupèrent, hurlant à plein gosier, le bouclier dans la main gauche, et agilant en l'air épées, lances, boumerangs ou nolla-nollas. D'un même élan ils se ruèrent en poussant des cris féroces à travers la forêt de gommiers, qu'ils traversèrent par trois fois, en zigzag, courant à l'ennemi, campé de l'autre côté de la plaine. A chaque tournant ils s'arrêtaient brusquement, demeuraient silencieux une minute ou deux et repartaient, toujours criant, jusqu'à ce que la troisième course fournie les eût amenés au centre de la plaine, en face de leurs adversaires.
Là ils s'arrêtaient tout court.
J'attachai mon cheval et me hâtai de suivre les Noirs. Les femmes couraient aussi au champ de combat avec leurs enfants.
Les tribus étrangères étaient groupées de l'autre côté, devant leurs cases, sur la lisière de la forêt; ces huttes se détachaient d'une façon très heureuse sur le fond de collines broussailleuses au pied desquelles elles étaient rangées. Les nôtres n'eurent pas plus tôt fait halle que trois adversaires vinrent les provoquer, le bouclier à la main gauche et l'épée haute dans la droite. Chacun avait la tête ornée d'une quarantaine de petites huppes jaunes et blanches — de cacatois blancs — collées sur les cheveux avec de la cire. On aurait dit d'énormes reines-marguerites.
Les trois hommes s'approchaient par sauts allongés et élastiques. Par moments ils bondissaient en l'air comme des chats, puis retombaient cachés par leurs boucliers, dont on ne voyait qu'une bien petite partie, au-dessus des hautes herbes. Cet exercice fut répété plusieurs fois, et bientôt il ne resta entre eux et nous qu'un intervalle d'une vingtaine de mètres; alors ils s'arrêtèrent brusquement, le corps droit, leur grand bouclier en avant et la pointe de l'épée appuyée à terre, prêts pour le combat. Au loin on voyait s'avancer une foule de tribus.
Les combats singuliers allaient commencer. Trois de nos combattants sortirent des rangs et acceptèrent le défi; leurs camarades devaient rester au repos pour l'instant. L'attitude adoptée pour le défi est celle-ci : bouclier levé dans la main gauche, épée levée en