UNE NUIT DANS UNE GROTTE
possible de prendre soin d'eux sur-le-champ, leur agitation ira croissant et pourra causer la mort de l'animal. Le fait, en tout cas, n est pas rare dans le Nord-Queensland. Les indigènes redoutent fort la piqûre de cette ortie et prennent mille précautions pour s'en garantir. Quand c'est la main qui a été piquée, on ressent une douleur lancinante qui monte le long du bras pour se fixer dans les glandes lymphatiques du creux de l'aisselle. La première nuit, le
sommeil est agité, puis la douleur au bras diminue graduellement; 1
mais pendant deux à trois semaines, chaque fois que la main se j
trouve en contact avec de l'eau, on éprouve comme une sensation de J
brûlure; car la douleur se manifeste immédiatement à l'endroit ou j
aux places attaqués par les orties.
Et cependant les craintes causées par cette ortie sont, à mon avis, fort exagérées. Il suffit de se frotter immédiatement avec du jus de Collocasia macrorhiza, plante qui ressemble à l'arum et se rencontre toujours dans le voisinage de l'ortie, pour que la douleur se calme aussitôt et que l'effet du poison soit fortement atténué. Ce liquide acre et blanc est un véritable toxique; mis en contact avec la peau, dans ses parties les plus tendres, avec les lèvres par exemple, il occasionne d'assez vives douleurs.
Cette ortie vénéneuse a son contrepoison non loin d'elle. Un rapprochement à faire, qui ne manque pas d'intérêt au point de vue de la distribution géographique, c'est la coexistence en Abyssinie, terre classique du ver solitaire, du kousso et du kamala, les deux meilleurs antidotes du ténia.
Nous passâmes la nuit dans une caverne, tout près du torrent de la montagne. Au premier moment, ce ne fut pas sans quelque appréhension que je me décidai à coucher dans les forêts de broussailles, si insalubres, à cette heure, et où l'on récolte presque toujours des germes de lièvre. Ainsi, à Johnston river, en une semaine quatre Blancs trouvèrent la mort dans les halliers ; mais je me persuadais, acclimaté comme je l'étais déjà, que je pourrais y passer les nuits, tout comme les Noirs, sans en souffrir le moins du monde. Puis les - fourrés bas situés sont assurément beaucoup plus malsains que ceux qui boisent les flancs des montagnes, et où jamais je ne m'étais mal trouvé de coucher h la belle étoile. La grotte en question était peu spacieuse; déplus elle était basse, froide, humide et, pour toutes ces
causes, peu engageante. II nous fallait allonger nos membres sur la pierre nue ; car, on s'en doute, l'herbe manque absolument dans la brousse. Un énorme bûcher fut allumé; mais au dehors ce n'étaient qu'épaisses ténèbres.
Mes Noirs avaient recueilli dans le tronc d'un arbre tombé une certaine quantité de larves de coléoptères, dont je me régalai en leur compagnie. Parmi ces espèces il en est de bonnes à manger. Chacune a un goût particulier. La meilleure, d'un blanc luisant et de la grosseur du doigt, habite les acacias; d'autres, plus petites et de goût
Coléoptèrc mangé par les Noirs.
Ijarve comestible.
moins fin, se trouvent généralement dans les fourrés. Les Nègres en sont friands au point de les avaler vivantes au fur et à mesure qu'ils les retirent de vieux arbres pourris : spectacle peu appétissant. De retour au camp, on fait frire ces larves, apportées dans des corbeilles, car le Nègre d'Australie ne mange pas de chair crue, exception faite pour les larves de coléoptères, que nous préparions de la manière la plus simple, assis autour du grand feu qui flambait dans la grotte. On les jetait sur de la braise; durcies en un clin d'œil, elles devenaient bien vite croquantes. Elles sont tellement grasses que leur chair grésille pendant la cuisson. Après les avoir tournées et retournées à l'aide d'une bûchette, on les retire de leur lit de cendres, et l'opération est achevée. N'est-il pas singulier que