‹ Au pays des cannibalesChapitre 67 sur 185 · MUSIQUE DES SAUVAGES · texte numérisé non relu

MUSIQUE DES SAUVAGES

s'accompagnant avec deux morceaux de bois qu'il frappait l'un contre l'autre, en cadence; comme toujours, ce chant n'était qu'une sempiternelle répétition de deux ou trois couplets, dont chacun se terminait par une longue suite de notes graves, imposant le ton de la strophe suivante; et c'est faire preuve de grand talent que de tenir le dernier son le plus longtemps possible. Un air trop connu dans une tribu finit par perdre de sa vogue et fait place à un autre, original ou emprunté à une peuplade voisine. Mais ces occasions d'en apprendre un nouveau ne sont pas fréquentes, aussi le répertoire n'est-il pas riche. Voici quel était le chant à la mode, l'air en faveur :

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Mol-le-mom-bâ va-ri-nâ (à)mombâ va-ri • nâ

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va • ri • nâ kat-su-bu - râ in-dân -gô gan-go

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Al PAYS DES CANNIBALES.

Chose bizarre, souvent ils ignorent le sens des paroles qu'ils chantent et qui peut-être leur ont été communiquées par une tribu ne parlant pas la même langue. C'est ainsi que les mélodies passent de peuplade à peuplade. Par exemple, celle que je reproduis ici, je l'ai entendu chanter à Rockhampton, sous le tropique, par des Noirs civilisés, soit à 500 milles en droite ligne au sud de Herbert vale. L'air, venu probablement des environs de Rockhampton, a dû traverser maint pays avant d'arriver chez les sauvages montagnards de Herbert river, qui le chantaient sans y rien comprendre.

11 est rare que les Noirs se passent d'accompagnement . Le musicien frappe un nolla-uolla avec son boumerang, dont les deux bouts ne doivent jamais sonner en même temps sur le nolla; faute d'armes, on se contentera de deux morceaux de bois. Les indigènes possèdent pour tout instrument de musique un bâton assez épais, en forme de massue, en bois dur et exceptionnellement sonore; cet instrument unique est peu répandu : je n'en ai pas vu beaucoup à Herbert river.

Les Australiens saisissent mieux le rythme qu'ils ne perçoivent la mélodie; cependant j'ai pu apprendre, de mes hommes, des airs non dépourvus de mérite, entre autres celui que j'ai transcrit ci-dessus. Mes chants à moi n'avaient aucun succès, à l'exception d'un seul, à rythme très marqué, de la composition d'Erik Bogh1; aussi ne mettais-je point d'empressement à me faire entendre de ce public ingrat.

Leur voix est rauque, la respiration incroyablement longue. Au bivouac, le chanteur s'installe près du feu, les jambes croisées. Quelquefois un autre se joint à lui ; mais jamais plusieurs n'unissent leurs voix en chœur. Un indigène rôde-t-il seul en forêt, on pourra l'entendre exhaler sa joie par des cris sonores qui. vibrent à travers les arbres : il est si joyeux de parcourir en toute liberté son territoire de chasse ! Voici un chant de guerre qui célèbre le crochet du propulseur de la lance :

flfr i J J. J-l J p^

Wom-bon ma - ne • ri! Wom-bon mm-

ne • rit mo-ri-dan ko-bi bi - bon bindalgohl 1 . Poète et journaliste danois. (V. M.)

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