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EXIGENCES DES NOIRS

Je l'ai entendu dans les bois de Herbert river. Quelquefois aussi des voix de femmes retentissent dans la forêt, mais au camp jamais ou presque jamais.

Les Australiens sont d'humeur gaie et légère; cependant une impression de mélancolie étrange pénètre leurs chants, surtout lorsqu'ils éclatent dans le calme de la nuit en pleine forêt de gommiers, accompagnés du cliquetis monotone des deux armes en bois. L'harmonie est parfaite entre leur musique et la nature du pays.

Pendant toute la durée de cette excursion, mes gens furent de très belle humeur; ils chantaient presque tous les soirs, sans y être sollicités; leur contentement s'explique sans peine : ils vivaient plantureusement, de la nourriture de l'homme blanc. Or j'étais bien approvisionné et libéral, parlant de cette idée erronée que, plus ils recevraient, plus ils travailleraient. Je savais bien et depuis longtemps qu'il ne faut les payer que pour une somme de travail équivalente, mais ce que j'ignorais encore, c'est qu'il ne faut rien ajouter à la somme convenue ou exigible pour ce travail; car plus on leur donne, plus ils demandent. Même il y a danger à se montrer trop généreux à leur égard : ils sont persuadés que la crainte seule fait ouvrir la bourse, et du moment où elle est ouverte, ils ne voient plus en vous qu'un homme dont il est facile de se défaire. À se montrer trop large, on les démoralise; et de l'insubordination ils passent bientôt à des attaques plus ou moins perfides.

Aussi longtemps qu'ils pensent pouvoir tirer d'un Blanc avantage ou bénéfice, ils lui laissent la vie; la crainte seule les empêche de le tuer.

Une fois repus, mes Noirs furent pris d'un accès de paresse et demandèrent encore à manger avant de se livrer à une besogne quelconque. Leurs exigences, qui croissaient chaque jour, devinrent tout à fait déraisonnables; ils voulurent ensuite les vêtements que j'avais sur le corps, mes armes à feu et tout mon stock de tabac.

Un matin, Willi, avant d'aller chercher les chevaux, vint à moi d'un front audacieux et me demanda pour sa peine mes pantalons. Sur mon refus très net, il finit par rabattre de ses exigences : il se serait contenté d'emprunter mes culottes, pour moins souffrir de la rosée trop abondante qui, à l'en croire, l'incommodait.

Quelque rassasiés que fussent mes Noirs, si, dans ma bonté, je leur

offrais encore à manger, ils ne refusaient jamais et mettaient de côté ce qui leur restait. Pour me faire bien venir d'eux et m 'assurer leur concours en des circonstances ultérieures, j'affectais de n'en rien voir; mais il fallut bien modifier ma conduite à leur égard pour échapper à la mort.

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