‹ Au pays des cannibalesChapitre 69 sur 185 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La femme en Australie. — La mère entretient la famille; le père ne s*occupe que de sport. — Esclaves noires. — Une épouse « marquée » . — Deux maris pleins d'égards. — Une femme de douze ans. — Femmes obtenues par héritage. — Mon escorte m'abandonne. — Gomme quoi un Nègre australien est capable de raisonnement. — Ténèbres et averse. — Noirs qui tranchent du grand seigneur.

La femme de Willi et celle de Chinaman avaient constamment suivi l'expédition, mais à distance, récoltant, glanant des fruits et des larves. Chez les Nègres d'Australie ce sont en effet les femmes qui sont plus spécialement chargées de pourvoir à la nourriture quotidienne, et, pour subvenir à l'alimentation de tous, elles entreprennent souvent de très longues tournées. Leur position dans la famille est ce qu'on la voit, du reste, dans toutes les nations d'ordre très inférieur.

Les travaux les plus durs sont réservés à la femme. Elle trotte et circule avec son bâton, cueille des fruits, déterre des racines ou retire des larves de vieux troncs d'arbres. Elle trouve une partie de ces fruits sur la terre, d'autres sur les arbres, auxquels elle grimpe avec moins d'agilité que l'homme. Son bâton, le seul outil permis aux femmes, lui est indispensable dans sa chasse à la nourriture; il est de bois dur et ferme, sa longueur est d'un mètre et demi à deux mètres, et à l'un de ses bouts on a fait une pointe au moyen d'une double opération, qui consiste à passer d'abord au feu, puis à aiguiser à la pierre, la partie qui doit être amenuisée. Toute femme mariée allant à la danse ou assistant à une fête a soin d'emporter ce bâton : c'est sa

marque de dignité, la preuve qu'elle est chargée de pourvoir à l'alimentation de la famille. De plus, elle a à porter son bébé sur l'épaule, fardeau qu'elle ne dépose que pour creuser ou grimper.

Rentrée au camp, de longues occupations l'attendent : il lui faut battre, rôtir, laver, exprimer le jus des baies ou des fruits, qui souvent contiennent un principe toxique; c'est encore la femme qui bâtit la hutte après avoir rassemblé les matériaux nécessaires. Assurément l'homme aide à abattre les arbres, à dresser les quatre ou cinq troncs minces qui formeront la charpente, mais la femme devra porter les énormes paquets de feuilles de palmier ou d'herbe jusqu'à l'emplacement choisi; c'est elle encore qui, de la main et du bâton, débarrasse de toute aspérité le sol de la case, et l'égalise. A elle aussi revient la charge d'entretenir de bois et d'eau le ménage. La femme emballe et porte tous les paquets lorsqu'on se rend d'un point à un autre; l'homme marche toujours en avant, les mains vides ou à peu près, n'ayant à porter que des armes légères : piques, nolla-nollas ou boumerangs, tandis que ses femmes le suivent chargées comme des mules à bagages, de quatre ou cinq paniers où l'on a entassé les provisions de bouche. Si l'une des corbeilles est occupée par un enfant, cela n'empêche pas la mère d'en porter un second plus grand sur l'épaule.

La contribution de l'homme consiste surtout en miel et accidentellement en œufs, gibier, lézards, etc. En général, il garde pour lui la nourriture animale; la femme est réduite, ainsi que ses enfants, à un régime purement végétal, dont elle aura à se procurer les éléments. Pour l'homme, la chasse n'est qu'un sport, il ne la pratique pas en pourvoyeur du ménage, car ce n'est pas son affaire d'approvisionner la famille, et il ne se croit tenu à aucune obligation en tant que père et époux. Il vit pour sa satisfaction personnelle, partant pour la chasse dès que l'herbe est sevrée de rosée, et ne rentrant que le soir, parfois les mains vides et ayant dévoré sur place son butin.

Il traite sa femme selon son bon plaisir, souvent de façon cruelle, et peut la tuer si bon lui semble. Qu'il pleuve, que la nuit soit rude et glaciale, l'infortunée devra quand même aller chercher du bois et de l'eau.

Lorsque j'en chargeais un de mes Noirs, il transmettait l'ordre à sa femme, qui partait à l'instant; le mari ne tenait aucun compte de

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