LA FEMME EN AUSTRALIE
l'âge de sa femme; vieille ou jeune, elle devait obéir. Une nuit, me trouvant dans une ferme, à peu de distance de Maekay, j'entendis un cri épouvantable parti d'un camp de Noirs « civilisés », situé dans le voisinage, et, le lendemain matin, nous trouvâmes l'une des jeunes Négresses dans un état pitoyable, baignant dans son sang. Elle avait
Jeune Négresse baignant dans son sang.
deux doigts cassés et pleurait. Son mari Pavait battue une partie de la nuit; et, comme je demandais à l'homme la raison de ces cruels traitements, il me répondit que la rebelle avait fait des difficultés pour aller chercher du bois, sous prétexte que la nuit était trop froide. Et cet homme était un des plus intelligents parmi les Noirs! Il avait même traversé le continent en compagnie d'un mission-
naire catholique, jusqu'au golfe de Carpen tarie. Eh bien, en dépit de tous ces mérites relatifs, il n'avait pas appris à traiter la femme en égale de l'homme; il pratiquait encore la doctrine des autres Nègres ses frères.
Le plus grand crime dont une femme puisse se rendre coupable, c'est d'abandonner son mari, dont elle est réellement l'esclave. Opprimée, elle accepte l'esclavage sans désirer une position plus sortable, puisqu'elle ne connaît rien de mieux. La volonté de l'homme est sa loi; elle sait que son mari ne supporterait aucun murmure; pourtant, quelque soumise que paraisse la femme, quelque asservie qu'elle soit depuis nombre de générations, les exemples d'insubordination et de fuite sont assez fréquents. Il n'est pas rare qu'elle prenne un galant et coure après lui, sans se laisser arrêter par la crainte d'être châtiée, voire même mutilée si son mari la rattrapait. Elle en sera quitte pour un ou deux coups de tomahawk dans le dos et demeurera ainsi « parquée » pour la vie, selon leur expression. Quelquefois la coupable est punie de mort, surtout en cas de récidive. Pour d'autres déjits, son mari lui jettera à la tète le premier objet qui lui tombera sous la main. On conçoit qu'avec un pareil système les femmes portent de nombreuses marques de coups distribués par leurs maîtres tout-puissants; et il ne faut pas croire que ces punitions soient entourées de bien des formalités; la colère seule commande : en public ou en secret, il n'importe.
Les femmes sont la partie capitale de la fortune des Australiens, puisque tout le travail retombe sur elles ; la richesse d'un Noir correspond au nombre de ses femmes.
En général un indigène en a deux, souvent trois, quelquefois quatre; mais je n'ai vu qu'un seul Noir en possession de la demi-douzaine, toutes vivant sous le même toit avec leur mari. Celui qui a un grand nombre de femmes excite l'envie générale. « Personne n'en devrait avoir plus de deux », déclaraient ceux de mes hommes qui n'en possédaient qu'une chacun, et dont les aspirations se bornaient à doubler ce nombre. Tout Noir a sa favorite, qu'il traite mieux que les autres. Et cependant la polygamie ne suscite pas autant de querelles qu'on pourrait le penser, hormis les conflits entre hommes à propos de femmes. Les rapports conjugaux paraissent bons; la vie des époux ne se passe pas entièrement au milieu des horions et des coups;