DEUX MARIS PLEINS D'ÉGARDS
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et j'ai vu des hommes se laisser mener par leurs femmes, supporter leurs réprimandes, leurs reproches; bien plus, leur demander des conseils. Mais il est excessivement rare que la femme porte les culottes.
Le Nègre d'Australie traite quelquefois ses femmes avec une certaine bonté, même s'il a pouvoir et puissance. Cette exception à une règle trop générale, je l'ai rencontrée chez deux des Noirs qui m'accompagnaient dans ce voyage.
Willi et Chinaman méritent vraiment des éloges pour avoir mis en
Femmes allant aux provisions.
réserve, à l'intention de leurs femmes, une partie de ce que je leur avais donné. Un après-midi, comme ils désiraient leur faire une visite, ils demandèrent à m'emprunter un sac, et je les vis bientôt se mettre en route avec une quantité de provisions qu'ils y avaient fourrées.
Ces égards ne nuisirent pas ce jour-là à leurs intérêts, car ils reçurent de moi plus qu'ils ne pouvaient manger; mais l'expérience m'a prouvé que parfois ils s'imposaient des sacrifices par intérêt pour leurs moitiés. Un fait certain, c'est qu'en cette circonstance ils ne mirent rien de côté pour une occasion ultérieure.
La femme de Willi et celle de Chinaman étaient très jeunes; cette
dernière n'était encore qu'une fillette de onze à douze ans au plus. Tant qu'elles sont jeunes, les femmes sont assez bien traitées, mieux, à coup sûr, que dans un âge plus avancé. lies Australiennes peuvent donc avoir aussi leur lune de miel. Mes deux Nègres étaient très fiers de leurs femmes, d'autant plus qu'il y a pour les jeunes hommes difficulté à se marier avant la trentaine. Les hommes d'un âge déjà avancé sont constamment entourés des femmes les plus jeunes et les plus jolies, tandis qu'un jeune homme doit s'estimer fort heureux s'il lui tombe une vieille femme.
I^a femme est livrée à un homme, entre huit et dix ans. N'est-il pas ridicule de voir apparier un homme avec une femme qui a l'air d'être sa fille? une femme avec un mari qui aura à faire en même temps son éducation? Il n'en est pas de même à Herbert river que chez les tribus du Sud, à Rockhampton par exemple, où la femme n'est mariée que lorsqu'elle est complètement formée. À Herbert river on tient compte de l'âge, et l'on n'attend pas d'une femme trop jeune autant que d'une femme faite. « Petites et jeunettes, disaient Willi et Chinaman, elles perdent trop de temps en allées et venues », ce qui, dans leur pensée, revenait à dire que l'expérience leur manque encore pour trouver des aliments en suffisance. J'ai pu constater en mainte circonstance le sérieux et le soin apportés par les femmes dans l'accomplissement de leurs devoirs ; elles ne se laissent pas facilement déranger de leur travail.
Une femme peut, par voie d'héritage, devenir la propriété d'un Nègre australien, en vertu d'une coutume qui veut qu'une veuve soit épousée en secondes noces par le frère de son mari défunt; mais la manière la plus usitée de se procurer une femme, c'est d'en troquer une contre une sœur ou une fille à soi. Le mariage peut être ou exogamique ou endogamique.
J'ai dit plus haut que les Australiens se volent leurs femmes réciproquement, du moins entre groupes familiaux, car le fait est plus rare entre grandes tribus. Une jolie fille d'une tribu étrangère fut maltraitée jusqu'à en mourir, près de mon quartier général. Comme je demandais pourquoi on ne l'avait pas gardée, au lieu de la faire mourir sous les coups, il me fut répondu qu'ils redoutaient la tribu ennemie, dont ils auraient sans cesse à craindre quelque attaque s'ils gardaient la femme chez eux.