‹ Au pays des cannibalesChapitre 8 sur 185 · MELBOURNE · texte numérisé non relu

MELBOURNE

Le sport favori, ce sont les courses de chevaux, et il ne se passe pas de semaine sans qu'on en organise sur la fameuse Flemmington race-course, à proximité de la ville. C'est là que, tous les ans, les premiers jours de novembre, se pressent 125 000 personnes, attirées par le désir de voir courir le Grand Prix (Melbourne Cup). C'est là, on le devine, que se font et se défont de grosses fortunes.

Les Blancs nés dans le pays sont en train de former une race nou-

Mclbourue : palais du gouverneur.

vclle, distincte de la race anglaise, de tempérament plus vif, mais plus maigre et plus sèche , bien prise et de formes élancées. Les enfants — j'en ai fait la remarque — ont l'accent nasal particulier aux Américains.

L'Australien s'ingénie de toutes les façons pour être agréable aux étrangers qui visitent son pays; il est à la fois heureux et fier de le lui montrer, et s'il a affaire à des gentlemen, il leur fera délivrer un permis de circulation pour tout le réseau des voies ferrées de la colonie. Je dois ajouter que les dames sont d'une amabilité parfaite,

que leurs manières franches et ouvertes, mélange de confiance et ■ l'abandon, rendent les relations singulièrement agréables; qu'elles ne retirent jamais leur amitié une fois donnée.

En Victoria, le pouvoir est aux mains de la classe ouvrière, des working men, les vrais maîtres du gouvernement; il faut bien reconnaître que ces hommes, relativement instruits, sont à la hauteur du siècle; mais la direction imprimée par eux à la politique aurait pu être quelquefois plus sage. A Melbourne l'ouvrier vivrait fort heureux s'il pouvait renoncer à la boisson. Un exemple prouvera combien le peuple se tient au courant des affaires publiques. Un jour, <l;ms la rue, j'abordai un homme de la classe ouvrière, qui, me reconnaissant pour un étranger, me demanda de quel pays j'étais. Sur ma réponse, il s'écria : « Oh! la Norvège et the Nonvegian srheme sont bien connus ici! » Ce qu'il m'expliqua de son mieux. Par la suite j'appris que Victoria avait été sur le point, en 1874, d'adopter le système norvégien d'une assemblée nationale avec une chambre unique, se dédoublant (Odelsting et Lagting) pour la discussion des lois. Des circonstances inopinées avaient empêché la réalisation de ce projet.

Le climat de Melbourne n'est pas extraordinairement chaud. Pourlant, au cours de l'été, on peut souffrir, pendant quelques jours, des vonls brûlants qui soufflent de l'intérieur du pays et amènent assez souvent la mort d'un certain nombre d'enfants. Ces brusques changements de température, particuliers à l'Australie du Sud, font des victimes, hélas ! trop nombreuses. Mais, à tout considérer, le climat est des plus sains.

Avant de quitter Melbourne, je fis quelques longues excursions : je tenais naturellement à connaître Ballarat, la ville minière qui joua un rôle si considérable dans l'histoire de Victoria et de l'Australie entière, puisque c'est la découverte des centres aurifères qui appela l'attention sur ce nouveau continent.

Depuis 1851 on a extrait annuellement des mines australiennes pour 250 millions d'or en moyenne.

Avant de partir, tout voyageur devrait jeter un coup d'œil sur « les arbres les plus hauts du monde » qui se trouvent à une courte dislance de Melbourne. Si l'on en croit le baron F. von Millier, éminenl botaniste, la hauteur de l'Eucalyptus amygdalina peut dépasser celle

LES ARBRES LES PLIS HAUTS Dli MONDE.

de Yarbre-mammoulh de Californie ; on en a mesuré des exemplaires ayant plus de 150 mètres de haut. Quoique ces eucalyptus soient sans contredit les arbres les plus grands que Ton connaisse, ils sont inférieurs, pour la beauté et la richesse du feuillage, à d'autres géants du règne végétal, car ils ne parviennent à projeter que quelques branches isolées, et encore de leur cime. L'nrbre-mammouth mérile

Forêt de fougères en Victoria.

donc la palme dans le royaume des plantes. F. von Mûller dit fort bien de Y Eucalyptus amygdalina : « C'est un spectacle grandiose que celui de ces arbres gigantesques, droits et élancés comme des mâts, d'une blancheur éclatante; leurs rangs sont tellement pressés qu'à peine ils ont assez de place pour pointer vers le ciel quelques branches au rare feuillage. » La même excursion permettra d'admirer des bois entiers de fougères arborescentes.

J'eus l'occasion de visiter une sheep-station, siluée à une centaine de milles de Melbourne, et c'est là que j'appris à connaître les deux

tàmnmifcres les plus répandus sur le continent australien. Un jour que je ehassais avec le fils de la maison, nous fumes avertis du voisinage d'un ours (Phascolarctos cinerewt) qui avait élu domicile dans le lionc d'un arbre, près d'une hutte de berger. Pour le rejoindre il l'a liait traverser une vaste foret de gommiers desséchés et veufs de leurs feuilles; cette foret avait péri à la suite d'une opération appelée ringbarking, qui consiste a dépouiller le pied des arbres de leur

L'ours d'Australie.

èeorcc, afin d'activer la pousse de l'herbe. Ce procédé est sans doule 1res pratique dans un pays où l'élevage joue un si grand rôle, mais il n'ajoute rien, tant s'en faut, à la beauté du paysage. Les arbres meurent bientôt des suites de ce traitement, et rien n'est triste comme »lii voir ces grands squelettes tendre vers le ciel leurs longues branches pâles, sans écorce. Malgré son nom (native bcar), le « Martin » d'Australie n'est pas bien terrible; il n'appartient pas au genre Ours proprement dit, mais à la famille des Marsupiaux. Ce phascolarcte, de mœurs tout à fait pacifiques, ne sort que la nuit, pour grimper, nonchalamment aux arbres, dont il mange les feuilles. 11 passe le

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