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MALADIES ET MÉDICAMENTS DES INDIGÈNES

ces animaux; en dépit d'un soleil aveuglant, l'écureuil alla s'abattre avec une sûreté merveilleuse à quatre-vingts pas plus loin, sur le tronc d'un gommier; c'est là que je le tirai et le culbutai. Les indigènes de cette contrée, les femmes surtout, avaient triste minç; ils étaient pour la plupart maigres et sales, quelques-uns avaient le teint maladif et blême, la peau sèche, et nombre d'enfants étaient couverts de boutons. J'attribue cet état de dépérissement à leur nourritijro trop peu variée, presque exclusivement végétale. L'aborigène australien jouit cependant d'une assez bonne santé; malheureusement, aq contact des Blancs, des maladies de peau lui sont venues et se sont acclimatées autour de lui.

Au-dessous du tropique et à 300 milles ouest de Rockhampton, le Queensland Central aurait souffert, dit-on, il y a une cinquantaine d'années, d'une épidémie d'érysipèle. Un gérant de station me conta que sur le domaine on avait découvert des cavernes où gisaient des centaines de squelettes; preuve, disait- il, qu'une épidémie avait fondu sur la population indigène. Il tenait de ces Noirs que nombre d'hommes étaient morts atteints à la fois au nez et à la bouche. Pevo ridge, lui aussi, a observé des cas de variole parmi les aborigènes, dans la Nouvelle-Galles du Sud, à Murrumbidgee ; avant d'avoir vu les visages blêmes de Seaview-range, je n'aurais jamais supposé que les aborigènes d'Australie pussent être affligés de maladies de poitrine; ils paraissaient assurément phtisiques, mais je n'avais pas d'autres symptômes pour baser un diagnostic, et une supposition qui ne s'appuie que sur l'aspect extérieur d'individus ne peut être prise en bien sérieuse considération.

Les indigènes de Herbert river ne se plaignaient jamais d'être tourmentés par la goutte ou les rhumatismes, seulement par des maladies honteuses, contre lesquelles ils ne connaissent d'ailleurs aucun remède, et qui ne se présentent nulle part, en Australie, sous des formes violentes.

Ceux qui venaient à Herbert vale se contentaient d'enduire les parties malades avec du goudron que leur donnaient les gens de la station; faute de quoi, ils laissaient la maladie suivre son cours, Quand le Nègre se « civilise » et s'affuble de vêtements, les atteintes à sa santé sont de plus en plus fréquentes, car les vêtements ne sont pour lui qu'un moyen de se parer; il n'y voit que des atours qu'on peut

endosser cl ôler à volonté. Il transpirera le jour entier dans un gilet de laine; le soir, à l'heure de la fraîcheur, où il aurait le plus besoin d'être chaudement couvert, il enlevé son tricot pour mieux dormir, couché et enveloppé comme de coutume. S'il part pour la chasse, il ne garde pas un seul vêlement sur lui, voulant avoir toutes ses aises; même un pseudo-civilisé préfère une nudité complète pour mieux grimper et suivre le gibier. Une telle absurdité dans la manière de se vêtir cause des refroidissements suivis de fièvres rhumatismales et de fluxions de poitrine. Plus rare est la fièvre intermittente; je n'en ai observé qu'un seul cas, et c'était un sauvage civilisé, bien habillé, à Herbert river.

Les végétaux dont se nourrissent les aborigènes sont durs et coriaces à ébrécher les dents; l'habitude d'employer celles-ci à la fabrication des outils les rend également très sensibles. Toute la denture, des incisives aux gencives, est usée en peu d'années. Quand un Noir souffre d'une rage de dents, il se fait sucer la joue jusqu'à ce que le sang jaillisse. S'il ne s'agit que d'une dent de devant, on appuie un bâton pointu contre celte incisive, et d'un coup sec on la fait tomber dans la bouche.

A Herbert river on n'emploie aucun médicament. Les seuls traitements connus consistent dans la succion du sang à l'endroit douloureux et la lubrification à la salive. Tout malade est soigné par le « docteur », c'est-à-dire par le plus malin de la tribu, qui est en même temps un grand mystificateur. Après avoir sucé le sang où siège le mal, cet homme exhibe un fragment d'os ou une petite pierre qu'il feint d'avoir retirée et il la donne pour cause du mal. Dans d'autres provinces, où les maladies sont plus fréquentes, on assure que les indigènes connaissent des herbes à vertus curatives; enfin, sur plusieurs points de l'Australie, les maladies sont traitées par des méthodes bizarres.

A Herbert river, où l'on n'a aucun remède contre la morsure des serpents, l'infortuné qui a été mordu se couche aussitôt et se prépare à la mort. Dans la Nouvelle-Galles du Sud on use d'un procédé très curieux. La blessure est pressée entre les ongles des pouces jusqu'à ce que le sang jaillisse; ensuite on la recouvre d'un morceau de peau d'opossum qu'on a fait chauffer; sitôt cette peau refroidie, on recommence à sucer. L'opération, qui consiste à chauffer le morceau d'opos-

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