OFFRE BRILLANTE
sum, à le placer sur la partie malade et à sucer, se renouvelle plusieurs fois jusqu'à guérison complète, mais le tout ne dure pas plus de trois quarts d'heure. 11 est à noter que les indigènes de Herbert river attribuent à la sueur des aisselles une puissance curative, à laquelle se rattachent des croyances superstitieuses. Ils s'imaginent, en promenant cette sueur sous le nez d'un malade, pouvoir le rappeler à la santé.
Les plaies et les écorchures des Noirs se guérissent avec une facilité étonnante. Deux d'entre eux se battaient un jour dans le voisinage de la station avec des couteaux empruntés aux Blancs. L'un estafiladait le dos de son adversaire, qui, pendant ce temps, par des coups répétés, lui entaillait la cuisse jusqu'à l'os. Les combattants furent enfin séparés et ramenés au camp dans un état pitoyable; leurs camarades se bornèrent à saupoudrer les plaies de cendre, et, trois semaines après, les blessés étaient en pleine convalescence.
I^es indigènes entourent leurs malades de beaucoup de soins; ils sont pleins de bonté pour eux et les portent d'un campement à l'autre. C'est le seul trait de noblesse de cœur que j'aie constaté chez les Australiens. Gongola me prêta son chien en échange d'un gros morceau de damper; mais avant de rentrer à Herbert vale je parcourus le pays pendant quelques jours. Le meilleur gain que j'en rapportai, c'est une variété de bandicout (Peramele$ nasuta), dont les Noirs imitent parfaitement le cri lorsqu'ils veulent l'attirer hors de sa cachette.
Le dernier soir, je fus engagé par les jeunes gens de la tribu à me mettre à leur tète pour attaquer une peuplade voisine. 11 s'agissait d'un enlèvement de femmes, dont ils vantaient la beauté, appuyant sur la facilité de ce rapt puisque j'avais un fusil; enfin, me voyant indécis, ils s'engagèrent à me laisser choisir avant tous, lors du partage du butin. Pour me forcer dans mes derniers retranchements, on ajouta que le canton abondait en iarris. Je déclinai toutes ces offres, quelque séduisantes qu'elles fussent; mais ils persistèrent à m'assassiner de leurs plans en vue d'un enlèvement de femmes. Puis, reconnaissant l'impossibilité de me décider à les accompagner, ils renoncèrent à leur dessein, avec d'autant plus de facilité que sans moi l'expédition manquait de fusil.
La plupart des jeunes gens prennent femme assez tard : beaucoup reculent devant l'emploi de la force, car des actes de violence les
exposeraient à des duels avec les hommes plus mûrs. Ils préfèrent attendre qu'un troc ou un héritage les mette en possession d'une femme» Très rarement un aborigène meurt dans le célibat; la plupart d'entre eux ont, au contraire, deux femmes, ce qui fait qu'à Herbert river le sexe féminin l'emporte sur l'autre. M. White, qui a si bien étudié le Queensland Occidental, a fait la même observation pour ce qui concerne cette province; mais, selon moi, les choses sont absolument différentes dans le reste de l'Australie.
Après une nuit passée à Herbert vale, où j'engageai quelques hommes de plus, je partis pour l'expédition nouvelle, bien approvisionné et pour longtemps; jetais suivi d'un excellent chien et accompagné de quelques bons chasseurs, dont l'un connaissait parfaitement le pays que je comptais explorer. Je me mis en chemin de fort bonne heure, par une matinée ensoleillée; une forte rosée, tombée pendant la nuit, se répandait des toits en pluie abondante; l'herbe luisait aux feux du. soleil : tout présageait un charmant voyage. A midi les indigènes inclinèrent vers le nord : ils voulaient visiter le territoire que j'avais parcouru à mon dernier voyage, sous prétexte que les bungaris devaient y fourmiller. Leur véritable raison, c'était que dans ce pays bien connu d'eux ils seraient à même de dévorer à leur aise toutes mes provisions et d'éviter cette pénible et longue expédition en pays inconnu. Furieux, je leur fis observer que ce voyage était arrêté entre nous et je donnai l'ordre d'avancer.
Ils se remirent donc en marche, mais d'un pas nonchalant, incertain, et de nouvelles difficultés se produisirent bientôt: à chaque instant ils s'arrêtaient pour me démontrer qu'on ne pouvait avancer ni à droite ni à gauche. Enfin nous arrivâmes en vue d'un fleuve aux bords escarpés, et il fallait le traverser. Ne pouvant me faire indiquer par eux un endroit guéable, je n'avais plus qu'à redescendre le courant et à le remonter ensuite à la recherche d'un gué.
Notre guide Chinaman, le seul de nous qui connut le pays, se conduisit en vrai chenapan. Il était à la tête de toutes ces machinations et préférait aux tracas, aux fatigues du voyage, le plaisir de puiser à pleines mains dans ma réserve, tout entier à son bien-être. Mais comme je combattais tous ses faux-fuyants, il en vint à déclarer qu'il lie voulait pas s'exposer à tant de fatigues au milieu de rochers et de broussailles. D'ailleurs on ne pouvait songer, ce soiMà, à passer à