ÉDUCATION DES ENFANTS
reçoivent de leur mère, laquelle jamais ne les contrarie. Ces femmes adorent leurs enfants. J'ai souvent admiré leur patience; elles les portent constamment, les premiers temps dans une corbeille, plus tard, lorsqu'ils sont assez grands, sur l'épaule, les soutenant de la main, à moins que l'enfant ne se retienne lui-même à la tête de sa mère. Les mères ne se séparent jamais de leur enfant pendant les premières années de son existence. S'il crie, peut-être le gronderat-elle, mais jamais la colère ne la poussera à frapper. Les enfants ne sont jamais corrigés ou punis par leurs parents.
Un homme de ma connaissance qui fréquentait beaucoup les indigènes avait, un jour, donné une taloche k un petit polisson; la mère s'en émut et déclara que frapper l'enfant serait sans aucun effet : « Il était trop petit encore, pas assez grand ». Même avant de pouvoir tenir une pipe entre les dents, les enfants fument du tabac : la mère partage celte jouissance avec son nourrisson, qu'il soit sevré ou non.
Bien que les enfants fassent partie de la tribu du père, leur affection va, pour la plus grande partie, à la mère. Devenus grands, ils n'entendent pour ainsi dire jamais parler de leur père, et il en est qui ne connaissent même pas l'auteur de leurs jours ; cela se comprend, puisqu'une femme change souvent de maître. Le père est également bon pour l'enfant; il le porte souvent, le prend sur ses genoux, le caresse, passe à l'inspection sa chevelure, joue avec lui et lui fabrique de petits boumerangs, dont il lui enseigne ensuite le maniement. Par exemple il aime mieux les garçons que les filles, dont il ne s'occupe guère. La journée des enfants est entièrement prise par le jeu : ils font des tas de terre, des dessins sur le sable, lancent le boumerang, etc.
Ils grandissent ainsi en pleine liberté sans subir l'ombre d'une correction. A peine sont-ils capables de marcher qu'ils prennent les manières et les habitudes des grandes personnes; pourtant il n'est pas permis aux garçons d'accompagner leur père à la chasse avant l'âge de huit à neuf ans. Au lieu de dire que les garçons sont traités en grandes personnes, il serait plus exact de faire observer que le Nègre d'Australie demeure toujours enfant, et qu'on ne peut remarquer aucune différence entre un père et son fils, au point de vue du sérieux des pensées.
La principale occupation des hommes, quand ils campent et s'ils ne dorment pas, c'est de fabriquer des armes et de tresser des corbeilles. Ils déploient dans ce dernier travail une habileté surprenante. Ce sont les hommes qui monopolisent la confection des paniers et ils mettent une sorte de fierté à montrer ce qu'ils ont fait de mieux.
Les dimensions de ces paniers peuvent n'être pas les mêmes, mais la forme en est toujours ovale, plus ou moins, étroite du haut et large du bas. D'habitude on les fait de branches « d'avocatiers » fendues d'abord avec les dents, en bandes étroites, puis raclées,
Panier de Herbert river peint avec du sang humain.
amincies à l'aide de coquilles ou de pierres. Ces paniers, remarquables par leur finesse et leur solidité, sont peints en rouge, jaune ou blanc; quelques ouvriers les strient ou les ponctuent de sang tiré par eux de leur propre bras. On les porte retombant sur le dos, l'anse ou poignée reposant sur le front; le poids est donc entièrement supporté par la tête, car les Noirs gardent volontiers les mains libres.
Le lendemain, à la première heure, nous nous lançâmes à la découverte de bungaris : une journée de marche nous séparait de la région où ils devaient pulluler. Je m'attendais à n'avoir pour escorte que le vieillard et deux ou trois indigènes, mais la tribu entière