LES VIEILLES FEMMES
<|u'on prenait conseil d'une vieille femme, laquelle se mêlait d'un Ion très vif à la discussion, et déconseillait fortement de me suivre, parce que les ennemis nous avaient approchés de près la nuit en question.
Je ne m'expliquais pas qu'on entourât cette vieille de tant d'égards.
Était-ce à cause de son habileté à procurer de la chair humaine et
d'autres aliments? Je tendrais à le croire. D'un autre côté, le Nègre
d'Australie professe un certain respect pour les vieilles femmes, tant
qu'elles n'ont pas atteint l'âge de la décrépitude. Quoi d'étonnant?
l'instinct qui leur fait trouver de quoi manger semble croître avec
l'âge. L'expérience leur vient en aide de plus en plus. Elles se font
un plaisir de suivre les chasses à la chair humaine et de rapporter
assez pour nourrir celles de leurs compagnes que l'âge retient au
carap. S'il n'en était pas ainsi, on se déferait bien vite des femmes
impotentes, car le Nègre australien se débarrasse sans le moindre
scrupule de tout ce qui le gène; mais les vieilles ne sont pas toujours
un fardeau inutile. J'ai vu de jeunes et solides lurons s'adresser à
elles pour obtenir de quoi manger.
Comme nous avancions dans la plaine, mes gens se mirent à crier : « Bungaril bungaril » Ils poursuivaient un animal qui disparut derrière une colline herbeuse. Nous les vîmes bientôt revenir, mais les mains vides, persuadés pourtant d'avoir aperçu un bungari. Je leur exprimai mon étonnement d'apprendre que cette bète se rencontrât en plaine, mais ils me répliquèrent que le bungari voyage un peu partout, et passe même d'une forêt de broussailles à une autre située sur un plateau.