LES INDIGÈNES ET LEURS BEAUX-PARENTS
mesure 28 millimètres. Je propose de le nommer Stigmodera alternata.
Un jour je fu& témoin d'un trait qui montre avec quel respect les jeunes indigènes peuvent traiter les parents de leurs femmes. En parcourant le fourré avec un de mes compagnons, nous vîmes des milliers de roussettes (Pteropm) suspendues aux branches en longues grappes. Le Noir me supplia de lui en tuer quelques-unes. Je m'y refusai, n'en ayant nul besoin et craignant d'effaroucher la proie que je convoitais; pourtant je finis par me rendre à ses prières, car il insistait sur la faim qui le pressait et sur son goût marqué pour ce gibier. Je cédai enfin et tuai trois roussettes. Plus loin nous croisâmes un vieillard qui revenait de la chasse, et je m'étonnai de voir mon Nègre jeter les trois roussettes au vieux, qui les reçut
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Coléoptère {Stigmodera).
d'un air gracieux. Comme je lui demandais pourquoi il ne gardait pas ce que j'avais tué sur son invitation expresse, il me répondit : « Cet homme est l'oncle de ma femme ». Tout affamé qu'il fût, il jouait l'aristocrate en face de cet oncle, et voulait lui donner par la même occasion une preuve de sa gratitude.
Ce jeune homme ne devait sa femme ni à un rapt, ni à un troc, puisqu'il n'avait ni sœur ni fille à donner en échange. II avait dû se la procurer par quelque autre moyen. Au reste, j'ai encore d'autres raisons de croire à l'existence de lois spéciales, connues seulement des indigènes, lesquelles permettent de destiner une femme dès sa naissance à un certain homme. Un garçon marié de cette manière se montre très dévoué aux parents de sa femme, et en signe de reconnaissance il comble la famille de cadeaux : tabac, aliments, etc.
Le temps devenait de plus en plus incertain. Les soirées étaient souvent orageuses et accompagnées d'averses qui tournaient à l'inondation. À Herbert vale tout était calme comme à l'ordinaire; un seul changement : les indigènes qui demeuraient près de la station étaient
devenus plus hardis, fourraient leur nez partout, volaient des pommes de terre dans le jardin et de la viande dans le garde-manger. À l'heure du crépuscule ils se glissaient dans la cuisine et mettaient tout au pillage.
Un soir nous y attrapâmes un opossum à demi apprivoisé (Trichosurusvulpecula), qui fit une résistance acharnée; il voulait s'échapper. Un des Noirs s'offrit à le calmer, le pressa d'une main contre lui, pendant que de l'autre il recueillait de la sueur sous ses aisselles et lui en frottait le nez. Ce traitement fut sans effet, car l'opossum demeura aussi agité après qu'avant. Je tiens à dire en passant que les nègres australiens ont un talent particulier pour charmer les animaux domestiques européens, surtout les chevaux, même les plus sauvages; ils les gâtent à ce point qu'un Blanc ne monte qu'à contre-cœur un cheval dont un Noir s'est servi quelque temps; l'animal, au sortir des mains du Noir, a perdu tout ressort. Plus d'une fois je me fâchai à voir Nelly gâter mon chien; elle le couchait sur ses genoux, lui prenait ses puces, et, après une longue exploration à travers les poils de l'animal, avalait ce qu'elle avait trouvé.
Pendant mon séjour à Herbert vale, une femme me proposa un oiseau auquel elle avait arraché les plumes de l'aile et de la queue, afin de l'empêcher de voler. Elle s'amusait fort de la pauvre bête, qui ne pouvait s'envoler. Les indigènes sont assurément cruels pour les animaux auxquels ils donnent là chasse, mais sans avoir l'intention de les faire souffrir; dans les efforts de la bête mutilée ils ne voient qu'un amusement. D'ordinaire ils lui donnent la mort sur-le-champ, non qu'ils veuillent mettre fin à son martyre, mais par crainte de perdre leur prise; et j'en ai vu rire de kangourous dont les pattes de derrière, meurtries et mutilées, refusaient tout service.
Mais les Nègres d'Australie n'exercent pas sur les Blancs les cruautés raffinées qu'on reproche aux Indiens. Le point important pour eux, c'est la mort immédiate de l'ennemi.