‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 13 sur 67 · XX · texte numérisé non relu

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Près de la porte de l’enclos s'élève une baraque où le préposé au péage tient une cantine.

En un coin, assis à une table boîteuse, jy prenais mon déjeûner.

Mes hommes, disséminés à l’ombre de la baraque, près des faisceaux, fument la cigarette de la digestion. Deux factionnaires arpentent le terrain, veillant à tout, mettant fin aux querelles.

Deux absinthes dans le ventre, un litre de vin en mangeant, un cigare aux lèvres, Je sirotais, pensif, un épais café maure.

Des visions lointaines du passé jetaient dans mon cœur des élans d’amertume, des bouffées de révolte contre le sort.

J'étais plongé dans une de ces nuits de bêtise morale, de nostalgie amère, de

souvenances cruelles, qui aigrissent le |

présent et font désespérer de l’avenir.

Soudain, un factionnaire, effaré, se précipite dans la baraque :

— Sergent, on assomme des légionnaires |

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— Où cela? m'écriai-je, brusquement réveillé de ma léthargie.

— Là, me répond le factionnaire, en me désignant un groupe compact, où s’agite une houle de têtes.

Hors de moi, je me lance dans le tas comme un forcené.

En deux coups doubles, j'ouvre le groupe, et comme un boulet, j'arrive au centre où J'aperçois trois légionnaires aux prises avec des Arabes.

— Vingt francs ont été volés, disent ces derniers.

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Sans entendre la cause, j'empoigne un légionnaire de chaque main, Jj’applique mon pied à l’autre et les envoie rouler tous trois à dix mètres de la clôture. Un deuxième effort les lance par dessus la haïe, dans le fossé extérieur de l’enceinte,

— F...tez-moi le camp au quartier, et viveinent !

— Et quant à vous, criai-je aux Arabes ahuris, sion vous a volé, allez réclamer au diable. Je suis ici pour faire la police et non pour. rendre Justice. Ro! balec!

fissa!

Un silence se fait.

Les groupes se dispersent, et il ne reste plus bientôt.que quelques indigènes, qui m'entourent et me félicitent avec des bono, sergent! et des gestes significatifs.

La cause était jugée.

À une heure, le piquet rentre à la caserne, et dans les rêves de ma sieste je

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vois un fouillis d’Arabes s’écraser sur mon passage dans leurs burnous sales.

Jeudi prochain, un autre piquet recommencera les mêmes exploits, avec la variante que le sergent fera probable- :

ment empoigner les fauteurs par ses hommes au lieu de les culbuter lui-

même.

Ce sera plus digne, plus pratique, mais ça manquera, de prestige.

La Dame noire

L y a quelques jours,

j'étais de planton à ‘ la grille.

Un groupe de jeunes femmes se promenalent.

Au milieu, gesticulait une dame habillée de noir.

Machinalement je porte les yeux sur elle.

Mon regard rencontre

le sien, où je crois voir une invite.

J'y reviens.

C'était une belle femme, d’une prestance hautaine, port de tête majestueux, | lignes d'épaules et chute de reins bien dessinées, corsage mamelonné et palpi-

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