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sergent-Major
NFIN, je suis sergentmajor. Très jolies les sardines d’or sur ma tunique neuve.
9 Le capitaine Racon, un Américain au service de la France, m'a, selon l'usage, invité à dîner en l’honneur de cet événement. Fourrier chez lui, je passais sergent-major dans une autre compagnie.
— Vous êtes rudement content de me quitter, me dit-il, voulant me sonder les reins, Car il y avait trop de consigne dans ma compagnie.
— Au contraire, mon capitaine, je le regrette beaucoup, mais je suis fort heu-
reux d'être nommé sergent-major chez le capitaine Renaud.
Il y a un peu à boire et à manger dans cette réponse banale.
Les deux capitaines sont là prêts à se chiner, selon la réplique du sergentmajor. Ménager la chèvre et le chou, voilà la devise du troupier modèle. Un honnête industriel qui créerait une école de tact et de diplomatie à l’usage de MM. les jeunes soldats aspirants of:
ficiers, serait d’un secours inappréciable au bon jeune homme, qui, en arrivant au régiment, ose affirmer que deux et deux font quatre. Pour le soldat trop intelligent, deux et deux font souvent huit jours de salle de police. Je n'avais pas perdu de temps pour apprendre cela dans la compagnie du capitaine Racon.
C’est égal, dans le fond, je le regrette, ce capitaine.
Il était bassinant, grincheux, mais fier, volontaire, très ferré sur tout, aimant ses gradés, les protégeant en père, les
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punissant comme tel, ne permettant jamais qu'on les touche, un vrai chef méticuleux, bon soldat, passionné pour son métier, fermement convaincu que l'armée prime tout.
Mon nouveau capitaine est un brave homme, dit-on, mais assez insouciant, un peu égoïste, tirant sur sa retraite, décoré, vingt campagnes, trois blessures, au comble de ses vœux, ne demandant rien que la tranquillité, lächant carrément ses sous-officiers s’ils se fourrent parfois dans le pétrin.
Il faudra ouvrir l'œil chez lui.
Hier soir, j'arrive à ma nouvelle com-
ON. pagnie.
relie, Officiers et camarades me font une réception cordiale; seul mon sous-lieute-
fier, rant fut très froid ce matin, quand je me
mant présentai à lui.
», les J'ai manqué de déférence à son égard,
ne
m'’a-t-on dit. Je ne sais en quoi, mais il n’y aucun doute, j'ai commis là une faute grave, que ce jeune officier m'a fait sentir avec beaucoup d’aigreur ce matin.
De plus, il s’en est plaint au capitaine.
Tout cela me flatte un peu, car, si j'avais l’air d’un imbécile, il est probable que mon sous-lieutenant se ficherait de moi comme d’une guigne.
Ménageons ce jeune homme quand même : le devoir l'exige, et c’est habile,
Mon sous-lieutenant vient d’être appelé en mission au Sénégal.
Je l’ai vu partir sans trop de regrets.
Ça n'allait pas du tout avec lui. Depuis plus d’un mois que je suis à la compagnie, les choses s'étaient aggravées.
Ce jeune officier avait la susceptibilité difficile à désarçonner.
J'y allais de mon mieux cependant :
sourires, prévenances, services, exacti-
nirs
J'al ( démc
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tude, empressement, rien n’y faisait, ma tôle le crispait, il m'avait dans le nez.
Je n’ai pourtant rien déposé dans ses bottes, et je regrette sincèrement ce léger dissentiment. }
Si nous avions été du même grade, je suis Certain que nous nous serions compris.
Mais il est officier et je suis bas-o/ff:
abîme.
Je sors de l’hôpital.
Quinze jours sur le flanc avec une
jpelé tête en marmelade, des épines dans les reins, des cauchemars dans-mes souve-
rets nirs et huit jours dé prison sur la
puis planche pour me consoler.
npa- Tout ça pour un cheval du train que
} jai couronné et ma tête que j'ai failli >ilité démolir.
Un beau dimanche, dès l’aurore, j’ennt : fourchais un arabe, cheval magnifique, acti- LS en compagnie d’un marchef du train.
La campagne était belle, Aïn-el.
Hadjar pas bien loin, et nous y allâmes pour la journée.
Un petit vin blanc mousseux, un bon diner, le printemps, de belles filles, des danses sur l’herbe nouvelle nous retardent jusqu’à l'appel.
Nous partons à fond de train pour le quartier.
Une descente rapide se présente, nous chargeons quand même. Mon camarade arrive au bas sans accrocs, mais mon cheval et moi nous roulons dans les cailloux.
Je dors deux ou trois heures sur place avec du sang plein la figure. :
Deux Arabes, allant au marché, me
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cueillent en passant et me portent en ville.
Je me réveille avec des nuages dans la vue, des picotements lancinants par tous les membres et une bonne moyenne générale d'inquiétude dans l'esprit.
Au quartier, on était soucieux et on s'apprêtait à aller me quérir.
Le service de garde me porta à l’hôpital, d’où je viens de sortir ce matin
pour entrer en prison.
Le chef du train est également sous les verrous.
Décidément les promenades à cheval x la campagne ne me réussisssent pas.
Je suis libre comme l'air.
Les portes de ma prison se sont
|'ouvertes. Ma tête est un peu défigurée,
mais ça se remettra.
Le chef du train en a eu plus long que moi: quinze jours pour avoir prêté un
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cheval à un fantassin, et moi, huit pour l'avoir couronné.
Ce n’est pas trop payé, surtout si J’on tient compte de notre plaisir à la campagne et de l'expérience hardie. d’une dégringolade dans les rochers pour mon compte. |
J'en ai pris bonne note. En tombant, Je croyais rèver, mais mon rêve fut lestement supprimé par le contact des pierres.
J'ai, depuis, rayé le cheval de mon programme.
Je suis rossé, moulu, éreinté comme un cheval de fiacre.
Mais je suis propre, car je viens de prendre un bain dans la petite rivière, L'eau n'alteint guère plus de deux pieds dans sa plus grande profondeur, mais elle coule sur un fond de petits cailloux ronds. J’ai pu m'y étendre voluptueusement pendant près d’une heure.
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SERGENT-MAIJOR. 133 CORAN NN EP RER nn
Il me fallait cela, car j'ai eu un rude turbin toute la journée.
Parti de Sfisef avec quatre cents jeunes soldats, le gros du bataillon arrivait à Aïn-Fékan, à onze heures du matin,
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| avec plus de cent traînards, distribués
sur un parcours de dix kilomètres.
J'étais d’arrière-garde, et il me tardait d'arriver. Coûte que coûte, je ne voulais
| laisser personne en arrière.
Encourageant celui-ci, gourmandant
| celui-là, Je réussissais assez mal à faire
avancer tout mon monde.
Un pauvre diable de trente-cinq ans, avec une bedaine épanouie, échoué au régiment à la suite d’un naufrage de for-
tune, gémissait sur le bord de la route.
| Je le tarabuste un peu. Il répond qu'il ne
demande qu’à mourir. Pris de pitié, je le soulage de son fusil, et, l’aidant, 1l repart clopin-clopant.
Plus loin, un gamin belge, paraissant âgé de seize ans, pleure comme une
Madeleine. Il a le feu aux pieds, du plomb
te
aux épaules, des crampes dans le dos, des épingles aux genoux. Je crie un peu pour la forme et je prends son fusil.
Et de deux.
Un fusil sur chaque épaule, un éclopé à chaque bras, je ferme la marche des traînards.
A chaque instant, un éreinté perd courage, s’assied sur le bord de la route, la figure pleine d’un réel découragement.
La persuasion, la colère, la menace de punitions, tous les moyens parviennent peu à peu à porter en avant cette foule de malheureux encore peu initiés aux douloureuses épreuves d’une première étape.
Un capitaine adjudant-major vient faire une tournée en arrière.
À ce moment, je porte six fusils, un accroché à chaque épaule par la bretelle, | les autres entassés derrière mon dos. El
TS rar
toujours mon gros ventre de trente-cinq F ans à mon bras gauche et mon moutarq qu 1 belge à ma droite. sept Le capitaine me fait des compliments, :
ce qui me flatte beaucoup. pes Et nous cheminons péniblement à el travers une sueur abondante, un silence ue on &
parfait que troublent la musique monotone des sabres heurtant les bidons et les quarts, les respiratiôns accélérées des bouches grandes ouvertes, les sons\durs et réguliers des gros clous de souliers tombant lourdement sur le pavé de Ja route : symphonie triste d’une foule de pauvres hères que la fatigue abat.
Le chemin, blanc de poussière calcaire et de soleil, comme un ruban infini, semble ramper aux bords lointains de l'horizon.
On n’arrivera donc jamais !
A cinq heures du soir, ça y est cependant. Cristi! ce n’est pas malheureux | Il ne manquait personne. J'étais content et très fatigué.