‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 22 sur 67 · PE PL D LC PT EP · texte numérisé non relu

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Rien dans le ventre depuis dix heures du matin, et six fusils sur le dos pendant sept heures.

Crédié ! que la première étape est dure pour un Jeune soldat! On s’habitue à marcher, à supporter les fatigues, car le courage grandit avec les épreuves. Mais on souffre toujours.

Allons, assez écrire pour aujourd’hui.

Je ferme ma tente. J’éteins ma ,k Dougie et je n'aurai pas besoin qu'on me berce pour m’en-

\durs uliers :

de Ja ile de

Jcaire infini, ns de

ous venons de faire une jolie équipée, le grand | Magny, Pascal et moi.

ie La journée avait été rude : trente-cinq kilomètres, de la pous-

cepenir sière Jusqu'à la cheville, et un soleil tant d'un chaud !

En arrivant, le service assuré, nous 8,

mer.

allons dîner. Nous étions d’une gaîté folle. Après dîner, nous partons en ballade, ici, là, au hasard, partout.

Traversant la place des Quinconces, il me prend l'envie de grimper sur un arbre, Je me hisse à l'instant au sommet d’un platane, où je continue à fumer ma cigarette.

\Ahurissement de mes camarades. Ils 1. “u”2vaient pas vu disparaître tellement mon ascension avait été rapide. |

Ei deux heures du matin sonnaient dans une nuit d'encre.

Mes copains se mettent à crier comme des sourds, m’appelant aux qu°tre points cardinaux.

J'étais muet comme un sarcophage.

Ces cris attirent un bon gendarme en fonction de tournée. Il prie ces messieurs de vouloir bien mettre une petite sourdine à leur ardeur vocale, car les habitants et l’autorité finiraient par se fâcher.

— Comme vous y allez, vous! dit Magny. Mais vous ne savez donc pas,

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notre camarade Charlier vient de disparaître à l'instant. IL était là où vous êtes, puis, soudain, psitt ! ni vu ni connu,

| pas plus de Charlier que dans mon œil.

Et vous venez en face de notre douleur légitime nous ordonner de nous taire!

Vous piétinéz sans remords sur nos cœurs meurtris, vous torturez nos souffrances. Nous taire, nous, monsieur le .

gendarme, Jamais de la vie, vous entendez bien ! Il nous faut Charlier, le brillant et sympathique sergent-major de la 3°

du 2, ou nous disons tout !

— Allons, allons, messieurs, je crois que vous vous moquez un peu de moi,

irépond la maréchaussée, rentrez au [quartier tranquillement et Charlier vous

sera rendu.

— Bon, voilà maintenant que vous ajoutez l'ironie à la cruauté, riposte Magny. Mais vous n'avez donc pas compris ? On nous a pris notre Charlier, vous dis-je. Nous ne le lâcherons jamais.

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Holà! Charlier, dis-nous donc où tu perches ! Epargne-nous de vaines alar.

mes, soulage nos âmes en peine. Hé!

Charlier !

Le gendarme commençait à fume ferme. |

— Encore une fois, messieurs, cessez cette fumisterie, ou je vous fais empoigner. |

Ça commençait à sentir mauvais, Magny et Pascal deviennent tout à fai inquiets.

— Où est-il fourré, cet animal-là? crie Pascal, peu poliment.

— Cré mâtin! quel tapage vous me faites, m'écriai-je soudain, avec une voix lointaine de ventriloque, impossible de fumer sa cigarette tranquille dans cette sale garnison.

— Oh ! fait Magny, c’est sa voix, la voix de notre cher collègue, sa voix d’or, c'est elle, l’avez-vous entendue, monsieur

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le gendarme? c’est sa voix, vous dis-je, je le jure sur votre tête.

Le gendarme, intrigué, sérieusement en colère, promène ses regards partout sans rien découvrir.

— Je vois qu’on se fiche de moi, et j’en rendrai compte à l'officier commandant le détachement.

Moi, toujours de la même voix de ventriloque :

— Non, non, je vous en supplie, ne faites pas chose pareille, vous jetteriez la désolation dans l’âme des sergents-

| majors. Dis, mon bon petit gendarme,

n'est-ce pas, que tu ne diras rien à notre chef ?

Le brave homme en perdait un peu la tête. Puis, se ravisant, en garçon qui la connaît, il se prend à grogner avec indulgence.

Les deux sergents-majors et le gendarme se mettent de suite à fouiller partout. Et je fumais toujours, à cheval sur une belle branche du platane.

La position commençait à me gêner,

Tout à coup, l'autorité, habituée aux recherches des malfaiteurs, aperçoit Je feu de ma cigarette, et m’interpellant :

— Je vous prie de vouloir bien descendre à l'instant, cette farce a déjà trop duré, — Nom d'un chien! crie Magny, tu étais là tout le temps et tu n’en disais rien. Tu nous a fichu une sacrée frousse, tu sais. Et monsieur le gendarme qui voulait nous coffrer.

— Je m'en moque pas mal, m'écriaije, avec conviction. Est-ce que je n’ai pas le droit, dans un pays libre, de fumer ma cigarette où bon me semble ? J'aime les arbres, moi, ça me botte, ces choses-là!

Eh bien ! jy grimpe et je m'installe. Qui ose m'interdire ce plaisir ? Je’ne fais pas de politique, je ne suis pas électeur, je ne demande pas la séparation de l’Eghse et de l'Etat, moi. Quoi, alors ? Je fume, et voilà tout.

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— Descendez, je vous prie, la municipalité défend de monter dans les arbres, et puis il est deux heures du matin, il faut rentrer au Camp.

— Comment! la ville défend aux soldats de la patrie la jouissance des arbres?

Une bonne d'enfant avec son marmot, le chien de M. le maire qui les macule sans pudeur, tous les bourgeois, riches ou pauvres, manants ou grands seigneurs, peuvent venir impunément prendre le

| frais sous le feuillage de ce vert platane,

et moi, sergent-major de la 3° du 2, vingthuit ans, sans une tare, je n'aurais pas le droit de jouir de ce même feuillage à ma guise, ça, c’est trop fort, par exemple ! Je proteste avec énergie contre de pareils

| procédés. Dis, mon bon petit gendarme,

je vous aime bien, mais ma cigarette est éteinte. En avez-vous une à me donner ?

Dis oui, veux-tu? et je descends.

Le gendarme se met à rire avec en-

| train. L'autorité était désarmée,

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Je descends lestement.

Mais, horreur ! je tombe à pic sur le sinciput d’un sergent de ville, attiré »

le bruit.

Nouvel écueil à éviter. Nous parlementons. Le sergent de ville se fâche tout rouge, le gendarme s’en mêle, prenant fait et cause pour nous.

Ils sont prêts à en venir aux mains.

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Nous laissons là nos deux braves gens se disputer et nous rentrons au camp.

Le lendemain, au rapport, le comman-

sur le D Gant nous fait une semonce à l’oseille. é' — Ne recommencez plus, dit-il, car je vous punirals sévèrement.

smen- Voyez-vous ça! ce sacripant de sergent > tout de ville qui avait fait son rapport !

*enant * * *

Je note ici cette petite histoire dont la

| gaieté puérile a réussi à amuser un bon

gendarme et trois soldats après de rudes étapes.

Seul, le sergent de ville a conservé dans son cœur la rigidité professionnelle. Un sourire aurait pourtant été de bonne guerre.

Je me sens tout ému ce soir en écriains. vant ces lignes,

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1l fait si triste dehors. Une pluie

d'ur d'orage tombe sur ma toile de tente, Je due factionnaire tout près marche dans }a Évi

boue, les chacals glapissent dans k | Lk montagne, le tonnerre gronde au loin,

les éclairs fouettent les nuages et Je ji murmure des voix du camp semble un flexi plainte mourante. Le turel

Ce matin, il faisait un beau soleil. D nyst

À neuf heures, une cinquantaine Le d'hommes en grande tenue, commandés Lite par un officier, partaient pour la messe Le militaire.

L'escorte est en place: la musique à À droite, les tambours et clairons à gau- li che, le piquet au centre formant une double haie.

Le colonel, suivi de quelques officiers, entre à neuf heures et demie.

Les tambours et clairons battent el sonnent, le piquet porte les armes, le prêtre se dirige vers l'autel et la messe commence. R La musique soupire un morceau sacré,

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