‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 23 sur 67 · RS LS · texte numérisé non relu

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d'une douceur mystique, où les sons d’orgue murmurent dans une inspiration divine.

Le vieux prêtre à l'autel, avec ses cheveux blancs, très longs, ses magnifiques ornements, ses gestes lents, ses génuflexions, apparaît comme un être surna-

| turel descendu du ciel, dans une buée

mystérieuse, entouré d’un limbe d’encens.

Le ton grave de ses prières évoque les souvenirs lointains de notre enfance.

Les parfums sacrés fument, planent et montent lentement vers l'Eternel, dans de molles et transparentes traînées, qui disparaissent et se perdent avec les doux susurrements des fidèles ; les voix émues des instruments emplissent le lieu saint et, dans leur exquise mélodie, implorent la protection du Dieu des armées.

Les nombreux assistants inclinent le front, le colonel et tous les officiers sont

Limmobiles dans leur respect.

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Soudain, la voix du commandant du piquet retentit sous la voûte. Le bruit des crosses de fusil frappe les dalles, éclate comme un coup de canon, la cloche de l’autel annonce la présence du souverain Maître, les tamhours et clairons battent et sonnent aux champs.

Puis grand silence... |

Un profond respect plane au-dessus de cette foule.

Le sacrifice est consommé.

L'officier commande de nouveau, la

musique chante de joyeux accords, le colonel et tous les officiers saluent l’autel et défilent entreles deux haies de soldats, qui nortent les armes.

La foule s'écoule lentement hors de l’église. La messe est finie.

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maintenant cette messe militaire. C'était pourtant bien beau, ça ne faisait de mal à personne et tant de plaisir à un si grand nombre!

Le soldat est généralement peu dévot.

Les nécessités de son état l’éloignent des pratiques religieuses, mais il aime parfois à se retremper dans les principes de son enfance. C'est une consolation après de grandes misères. Le priver des quelques devoirs que le règlement lui imposait me semble bien puéril.

Il est vrai que la liberté des cultes est entière, mais le faste militaire rehaussait sngulièrement le service divin. Et il attirait de si belles dames, de si élégantes demoiselles sur lesquelles nos regards de troupiers se reposaient si chastement !

Hélas ! tous ces beaux spectacles sont disparus avec la messe militaire.

Voilà pourquoi je suis triste ce soir.

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La Belle Juive

ARCHER, le sergent-major de la 1%, est un grand garçon timide comme une jeune fille, doux comme un agneau, perdant contenance sous le regard d’une jolie femme.

} Aussi le soir, à cinq 2 heures, quandil allait porter les pièces à son capitaine, il avait une peur bleue de rencontrer un être faible dans les escaliers.

Si madame la capitaine le ecevait,

comme cela arrivait quelquefois, Larcher

n'y était plus. Un feu rose lui brûlait les

oreilles, envahissait ses joues, lui mettait | aux tempes un tic-tac endiablé. Des sau-

tillements nerveux lui tordaient les lèvres, son cœur battait la générale, sa gorge se desséchait.

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Impossible de répondre un seul mot aux paroles gracieuses de madame.

La pauvre femme y perdait son latin, ahurie, prise elle-même de timidité en face de ce grand dada qui ne Savait que rougir.

Le capitaine arrivait.

De suite Larcher se reprenait, par! ant service avec la plus grande lucidité.

Notre camarade déplorait chaque jour son invraisemblable couardise devant les femmes.

Comme tous les timides, il avait un cœur tendre, qu'il désirait faire valor, s’efforçant en vain de se débarrasser de cette maudite peur pour voguer à pleines voiles sur la mer agitée des amours.

Il trouva enfin sa boussole tant désirée, son étoile magique qui devait lui faire franchir le terrible Rubicon de la timi-

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