‹ Au pays des étapes [microforme]Chapitre 31 sur 67 · A TT PP TT PT · texte numérisé non relu

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tous s’en allaient lentement, émerveillés dans leur stoïque indifférence. :

Après le départ du public, le charmeur comptait tranquillement ses gros sous.

Encore une équipée.

Ce grand Magny n’en fait jamais d’autres. Heureusement pour lui, qu’il a une

‘voix de contre-basse, une moustache

énorme, un cou de taureau, des épaules et des bras bien musclés.

Ici, à Mascara, le peuple qui s'amuse est très gai. Souvent des bals.

Nous y allons, Magny, le fourrier de la première et mol.

Nous voilà, dansant, tourbillonnant dans la poussière, enlaçant de belles Arabes, des Algériennes délurées, de brunes Espagnoles, valsant comme des enragés.

Ribo, le fourrier, serre de trop près une délicieuse Espagnole, à qui il parle

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dans sa langue, car Ribo, fils d’une cantinière du régiment, est Espagnol par sa mère.

Les compatriotes de la belle fille s’offusquent, les autres s’en mêlent.

Ribo tient tête à tous, riposte avec violence et l'affaire se corse considérable-

ment.

Le bal sévissait en plein air, à l’intérieur d’une enceinte en planche. Dans un angle, se dressait une table en bois brut, un comptoir et plusieurs chaises.

Magny me dit :

— Nous ne sommes que trois, et ils sont une vingtaine. Ça va barder tout à l'heure. Ribo nous a fourrés là dans un sale pétrin. Il faut sortir d'ici cependant.

Regarde bien et fais comme moi. Une, deux, trois, ça y est !...

Il empoigne une chaise, saute sur la table, criant à tue-tête : « A moi, la lé-

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il cogne de la chaise, des pieds, de la ète, des épaules, se démène et crie comme un fou furieux.

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Son exemple me stimule et je limite plein d’entrain. Ribo suit le mouvement,

C'est un concert de hurlements bien nourris.

Les femmes crient, se sauvent partout et se cachent dans les coins.

En un instant les fiers hidalgos se pré.

cipitent vers la porte, se cassent le: 6n gles et les doigts dans leur précipitation pour l'ouvrir, y réussissent enfin, et les voilà dans la rue.

La porte se referme et nous rest is

tous trois maîtres de la place.

Les danseuses reviennent de ler

frayeur. Surprises de nous voir seuk |

elles s’approchent, nous questionnant :

— Où sont donc les soldats ?

Les naïves enfants avaient cru à l’envahissement du bal par les légionnaires, Et aussi, cet animal de Magny, ave ses hurlements, les avait tromnéss. I criait en basse, en ténor, en baryton, «@ contralto, puis de nouveau en basse, va-

riant ses notes, multipliant ses coups e à

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ses bousculades, faisant à lui seul plus de besogne que vingt hommes.

Sans compter que nous l’aidions bien un peu.

Nous étions maîtres des danseuses et de l'enceinte, mais il fallait en sortir.

Voilà le hac.

Ces fils des Espagnes sont habiles dans le guet-apens des coins de rue, et ils ont le couteau facile.

Mais le maître du lieu nous tire d’affaire en nous expédiant par une porte intime.

Et nous, ies vainque’:rs, nous quittons honteusement la position conquise, l’oraille basse, fuyant les vaineus.

En écrivant ceci, je‘prends la résoluion de fuir la société de Magny, qui finirait par nous faire casser les reins un de ces Jours.

Nous sommes à Sidi-Abdelli, un creux pas bien loin de Tlemcen.

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Sept étapes pour arriver ic1: Aïn-Fékan, très renommée par ses fièvres:

Mercier-Lacombe, avec un beau lavoir, un brave curé et d'excellents poulets.

El-Graïer, dont le puits a soixante mètres de profondeur, et Bel-Abbès, où stationne la portion principale du régiment,

Notre entrée dans cette ville fut très remarquée. La barbe longue, le visage sale, poussiéreux et cuit par le vent et le soleil, les habits souillés par la route et les

bivouacs, le bon ordre de la marche, la

crânerie des allures, pas de malades sur les cacolets, autant de signes qui annoncent une bonne troupe, venant de loin et rompue aux fatigues.

La musique était venue au-devant de la colonne. Je ne l'avais pas entendue depuis deux ans.

Mon cœur battait un gai tintin. J'étais heureux et fier, et tout le monde en faisait autant.

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Après un Jour de repos, nous repartons pour Sidi-Abdelli.

La première étape, Aïn-el-Hadjar, est nsignifiante. Des maisons de pisé et de boue, quelques cantines espagnoles, et un petit cours d’eau, où nous prenons des barbeaux.

Mais la journée suivante est digne de l'histoire.

D'abord j'y perdis mon chien, mon pauvre Puppy, Si sagace pourtant, égaré dans la forêt, peut-être mangé par les chacals.

Nous avions trente kilomètres à faire.

Et voilà qu’un colon obligeant indique à notre commandant une traverse qui nous abrégera de cinq kilomètres.

Nous nous y engageons à travers monts et ravins, au milieu d’une forêt épaisse.

Mais, au soleil levant, l'orientation

| faite, nous nous trouvons face à une di-

rection opposée au but.

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Faisant demi-tour, nous revenons en arrière reprendre un autre sentier.

Bientôt nous sommes aux prises avec de nombreuses routes courant dans toutes les directions. Nous en prenons une au hasard. |

Se présente un profond ravin, où jaillit une source. Nous y faisons le café et la grand'halte. Il est dix heures du matin et nous avons marché plus de vingt-cinq kilomètres, donc le gîte n’est pas loin.

Et nous remarchons jusqu'à trois heures sans voir une seule habitation.

Quelle traverse ! Bon Dieu ! Quelle traverse |

Les hommes jurent et se découragent un peu, la sueur coule en gouttières, quelques traînards lâchent prise, je perds mon chien et nous marchons toujours.

Enfin, voilà une maison et un puits.

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