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tastique, épaisse, noueuse — flotte sur les joues, caresse le gilet graisseux jusqu'à la poitrine, jetant au soleil le reflet sale des sauces du pot-au-feu conjugal, égout naturel de toutes les absinthes, petits verres, jus de tabac; une barbe qui n’a jamais connu le peigne, forêt capillaire drue et sauvage, se laissant croître sans souci de rien. Le nez, une poire cuite, aux tons pivoine, avec des nuances intermédiaires, estompées du vert au bleu, se rattachant à la face par deux narines couperosées et flasques, d'où émergent d'énormes touffes d’un poil roux, sel et poivre: L'oil, triste et résigné, est sillonné de stries rouges qui le hachent en tous sens, cachant sa langueur sous l'ombrage de paupières brû-
lées, à cils plaqués et rares.
Le cantiner nous introduit au salon.
une caisse d'emballage, un banc, deux chaises et des tonneaux d’absinthe formaient la partie saillante de l’ameublement.
Dans un angle, une cheminé
Et tout près, remuant une sauce odorante, nous apparaît la maîtresse du logis.
Tête nue, cheveux grisonnants, ineultes, tombant sur les épaules. Elle nous salue d’un bonjour engageant. Le sourire plisse les yeux et les entoure d'une toile de rides ; deux ss profonds relient les narines aux commissures de la bouche; les trois dents qu restent sont jaunes, immenses, et festonnent la lèvre au repos. L'ensemble est sympathique : c’est une sorcière de Macbeth qui s'est humanisée.
Ce n'était pas encore son heure d’être ivre, mais un verre d’absinthe sur la cheminée nous fit comprendre que le moment approchait. |
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Nous voilà à table.
Nous mangeons beaucoup et très bon.
Nos hôtes sont d’une hospitalité cordiale.
Pendant le repas, nous apprenons que le cantinier a été blessé trois fois au Mexique et en Italie et sa femme, citée \ l'ordre pour son dévouement et sa courageuse conduite en soignant des blessés. La médaille militaire les a récompensés tous deux.
Perdus dans le désert, des mois entiers seuls en face de l’immensité, que pouvaient-ils faire? Se soùûler, morbleu !
Et ils se soûlaient.
Nous quittons à regret ces deux malheureux débris humains et nous allons dormir et rêver d’une existence meilleure.
Ben-Atab. Paysage muet et portant à
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la contemplation. Ciel en haut, à droite à gauche, par devant, par derrière, ciel partout. Pas un nuage, et un soleil à faire bouillir la marmite.
Sur terre : du thym, de l’alfa, du sable et l’immensité.
Occupations : bäillements, { tristesses et siestes.
Voilà Sfisifa, bordj important où loge la section disciplinaire du régiment.
C’est une excellente troupe en temps de guerre, mais la plus exécrable en temps de paix. L’ivresse, toujours celte maudite ivresse, y tient la première place.
L'alcool est partout prépondérant, chez les races du nord principalement. Air, | Marceau, le Canadien Français, me di sait l’intempérance des soldats anglais :
chaque jour de paye, dix-huit hommes sur vingt, dans sa chambrée, étaient régulièrement portés au poste ivres-morts,
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Le méridional se contente de boire un peu trop et complète son ivresse par sa faconde. Il gesticule, se démène, pérore
| jusqu à complet affolement, mais ne se vautre Jamais.
La légion étrangère est principalement composée de gens du Nord : Allemands, Alsaciens, Lorrains, Suisses et Belges.
La section de discipline compte dans son sein des intelligences hors ligne, des artistes en tous genres, des riches ruinés, des officiers français ou étrangers dégommés, des débris humains de toutes sortes, restes malheureux des splendeurs passées, victimes du vice ou de la fatalité, naufragés de la vie.
En arrivant au régiment, ils retombent de suite dans leurs passions d'autrefois, encourent punitions sur punitions, se déclassent tout à fait et viennent fatalement
échouer parmi les incorrigibles.