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commencent à fléchir et, blêmes, les traits tirés, sortent de la colonne et s'allongent en queue.
A Boukanéfis, on échange les morveux contre des anciens qui étaient là en
. détachement.
Le colonel, alléché par les badauds, exhibe sa voix de ténor grincheux.
Notre colonel a adopté une voix de tête fort appréciable. Ses apostrophes prennent la note aiguë et transpercent l'auditeur intéressé.
Dernièrement, au rapport, il s’écriait, plein de sollicitude :
— Première compagnie, votre hache à la cuisine est-elle en bon état?
— Oui, mon colonel, répond le ser-
| sent-major.
— Et vous, la deuxième ?
— Egalement, mor colonel.
— Troisième ? (c'était ma compagnie).
— En très bon état, mon colonel.
— Vraiment, Monsieur, elle est en
bon état. Et moi, votre colonel, je viens de constater qu’elle avait une brèche!
Quinze jours de consigne.
C'était vrai, ma hache avait une brè.
che et je n’en savais rien; ion colonel me l’apprenait et me le prouvait d'une manière frappante.
À Boukanéfis, les traïnards apprenaient également que notre chef savait se faire comprendre dans les hautes notes. |
Nous avions vingt-cinq ‘Algériens par compagnie.
Leur présence faisait honneur au recrutement régional, tout en nous donnant certaines inquiétudes.
Au quartier, à chaque instant, nous parlementions avec un père éploré, une mère inquiète, un frère exigeant, une sœur suppliante.
Selon le tempérament de chacun, nous étions doux, conciliants ou brutaux.
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Ici, à la grand’halte, une jeune fille m'accoste.
Elle a une robe sale, des hanches superbes, des yeux immenses et effarés, un teint de bronze et une voix d’or, ”
— Gonzalès est-il dans votre compagnie? me demande-t-elle.
— Oui, mademoiselle, il vient en arrière.
Gonzalès arrive, elle lui saute au cou,
et pleure comme une Madeleine en l’embrassant comme du bon pain.
J'apprends ensuite que c’est la fiancée de Gonzalès.
Il me sera difficile de stimuler cet homme s'il faiblit; je me rappellerai toujours la scène des adieux.
Pas de café à la grand’halte; le caporal d'ordinaire l’a oublié.
Nous nous brossons le ventre.
Nous partons.
Voilà une petite rivière. Il y a un ponceau où deux hommes peuvent passer de front.
Nous ne sommes pas du tout pressés; l'étape est courte. Mais, pour nous aguerrir, on ordonne à la colonne de marcher dans l’eau jusqu’à la ceinture.
Nous aurions préféré le ponceau.
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ceau.
Hier, nous étions à Ben-Youb, village de quinze maisons.
De l’eau partout, rivière tout le long de l'étape.
A un kilomètre du village se profile sur l'horizon la somptueuse demeure d'un propriétaire africain.
Une jeune fille se tient sous le porche.
Elle est grande, assez jolie, taille bien prise, buste confortable et nez long.
Un officier se détache et va lui serrer la main.
Une conversation gracieuse s'engage.
Le son de sa voix est bien timbré et sympathique. Son sourire met deux rangées de dents blanches au grand jour.
Je la regarde, elle ne me regarde pas; À s'arrêtent nos relations.
Quelle délicieuse vision pour un soldat couvert de poussière dans un pays sauvage |
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Nous poursuivons notre route.
Au village, rien de particulier.
Un fournisseur ivre, quelques juifs graisseux, une église à moitié démolie, un puits asséché, une dizaine de jardins potagers brûlés du soleil, un chien maigre qui passe dans la rue, une cigogne planant au-dessus de l’école où dorment six élèves des deux sexes, deux femmes espagnoles qui sourient aux soldats, un scorpion sous ma tente et une bonne nuit de sommeil.
Ce matin, j'étais d’arrière-garde.
Deux ou trois traînards seulement, les hommes s’aguerrissent,.
Sur le bord de la route, j’aperçois un nez rouge, dont le propriétaire était un brisquard de vieille souche.
Très courageux, 1l s’éponge le front à mon approche, attrape son sac et file en soupirant.
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Je fume tout le temps d’interminables pipes, qui activent mes réflexions.
A Slissen, une maison, un ruisseau et une cantine.
Dans la cantine, un homme laid et une femme très jolie. Je la regarde de toutes mes forces.
Plus nous avançons vers le sud, plus nous nous éloignons de la civilisation, plus nous apprécions le sexe faible qui se fait rare.
Le belle cantinière répond à mes désirs en n’y faisant pas attention et continue à servir du crick aux soldats assoiffés.
Fatigué, je me couche.
Mon sommeil est accidenté. Mes nerfs me donnent des coups de massue qui me font bondir sur l’alfa, j'ai les membres moulus, les reins en capilotade.
Nous sommes à Daya.
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Je viens de faire mes emplettes pour l'ordinaire chez le fournisseur.
Nous avons toute la journée de demain pour nous reposer et Je me promets d'aller visiter la Vigie, petite redoute juchée sur le sommet d’un pic du Moyen- Atlas.
Elle commande les Hauts-Plateaux et donne asile à une vingtaine d'hommes du bataillon d'Afrique.
Hier, étape pittoresque.
Nous cheminons tout le long de la rivière que nous traversons quatre fois à sec durant le trajet.
De beaux arbres partout, de belles essences, ce qui me réconcilie avec l’aspect maigre ordinaire des forêts algériennes.
À Magenta, une fort belle redoute pour mille hommes. Elle en contient une centaine en ce moment.
Du 1° juin au 1° octobre, il y aura un caporal et quatre hommes relevés tous les huit Jours.
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Impossible d’habiter Magenta pendant cette période, les fièvres y sont trop éxigeantes.
La population, les animaux, les bourriquots, Jes chiens, jusqu'aux soldats qui fuient.
Et pourtant cette redoute a coûté des milliers et des milliers de francs.
Pour notre arrivée, le fournisseur avait fait des frais.
Nous dînons chez lui, les sergentsmajors, et 1] nous sale d'importance.
Encore une belle jeune fille à signaler.
Elles se font bien rares.
Un fouillis de cheveux incultes, un nez \ tous les vents, des lèvres rouges, festonnées, agitées d’un tic nerveux qui découvre de ci de là un fond blanc de dents saines, une robe noire et sale; employée démissionnaire des postes, graduée de l'Ecole normale, parole vive et animée,
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rnb voix nette, tranchante et bien douée:
somme toute, assez bonne pièce à étudier.
Elle nous sert un repas copieux, auquel nous faisons honneur.
En entrant au camp, Magny ia un affront.
Le colonel avait visité les sacs l'ordinaire. Notre camarade y avait fait mettre un ballot d'outils de cordonnier avec quelques kilos de clous.
— À qui ces baliots ? s’écrie le colonel, d’une voix assurée.
— À la deuxième, répond Magny.
— Dans quelle armée avez-vous donc servi ? riposte le colonel.
Magny a fait ses débuts dans l’armée des Etats-Unis.
— Dans une armée où l’on sait servir, mon colonel, répond-il, respectueusement.
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Le colonel lui administre quinze jours de salle de police.
Aujourd’hui, le colonel a levé sa punition et a prescrit aux autres compagnies de faire venir des outils de cordonnier, qui nôus rejoindront pendant le séjour.
Magny jubile.
Ce matin, nous avons fait une étape courte, mais bonne.
Une montagne à pic à franchir.
Nos hommes soufflaient comme des forges, les souliers jetaient des étincelles dans les cailloux, les têtes tournoyaie”t un peu au sommet de la montagne el nous arrivions à Daya à dix heures du matin.
Demain, nous avons repos et peut-être pour plusieurs jours.
Nous sommes restés sept jours à Daya.
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Le quatrième, j'étais d’avant- poste
avec mon peloton.
Rien à signaler, sauf quelques grands arbres isolés que je prends pour des cavaliers ennemis dans mes rondes de nuit,
Au réveil, nous faisons un festin de circonstance : une matelote de serpents apprêtée par le cuisinier du détachement.
Les hommes disponibles étaient partis en chasse la veille et avaient fait une razzia de toutes les couleuvres grassouillettes en ballade dans la forêt.
Ce n’est pas très bon, très bon, mais avec un peu de bonne volonté on dirait des anguilles.
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Ce matin, à onze heures, nous sommes arrivés à Sidi-Chaïb, avec quatre cent cinquante chevaux, cinquante bourriquots, sept cents fantassins, trois cents spahis, deux cent vingt-cinq goumiers et des vivres pour trente jours.
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Belles sources à l'étape et jolie oasis.
Des pigeons en masse qui se laissent tuer à coups de matraque.
Mon capitaine, très doux d'habitude quoique rouge de figure, se fâche après un loustic et lui lance un coup de poing
dans la nuque, l’envoyant piquer une tête
dans une rigole.
C'était une brute qui a compris de suite l'argument persuasif du capitaine.
Après Sidi-Chaïb, El-Hamman, point quelconque situé sur les Hauts-Plateaux.
De l’alfa, du thym et des puits bour-
beux. Il y a à boire et à manger dans
cette eau.
J'espère bien que nous aurons tous le ver solitaire.
Djerf-el-Rorab, étape suivante.
Le long du trajet, beaucoup de chan-
tiers d’alfa. Quelques centaines d’Espa-
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