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Chaque obus tombait dans le tas et soulevait des tourbillons de poussière au milieu de laquelle apparaissaient, comme d'immenses chauves-souris, de pauvres gueux qui bondissaient en l’air pour retomber ensuite fendus, écrasés comme des figues.
On tira quarante et un coups, et chaque coup portait à fond.
En arrière, les tirailleurs, qui s'étaient arrêtés au bruit du canon, avaient fait demi-tour, prêts à recevoir l’ennemi.
Ils se trouvaient ainsi à six kilomètres de la première ligne, et un repli de terrain leur masquait l'emplacement du convoi.
Ils en furent quittes pour une attente d'une demi-heure, car l’action ne dura guère plus.
Nos goumiers avaient disparu dès les débuts de l'affaire, et les chasseurs, qui s'étaient d’abord portés en tête avec l’infanterie, étaient revenus au convoi en apprenant, par quelques hommes échappés au massacre, que le désordre s’y était mis. |
Mais il était trop tard, et, au loin, ils aperçoivent l'ennemi qui se hâte de chasser des groupes de chameaux devant lui.
N’hésitant pas un instant, ils fondent sur les Arabes, qui abandonnent une partie de leur butin, et ramènent une centaine de bêtes. ;
Pendant ce temps, on fait prévenir le colonel du désastre du convoi.
Il donne l’ordre de suspendre l’action, qui était d’ailleurs fimie faute de combattants ennemis, et de retourner en arrière.
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COMBAT DE CHELLALA, 323
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Joli gâchis!
Tout est pillé, les sacs sont éventrés, les vivres ont diparu, les munitions de réserve en grande partie emportées, les bagages des officiers complètement enlevés, et nous trouvons une cinquantaine de cadavres sur le terrain.
Nous ne rions plus.
Mais nos hommes, furieux, deviennent un instant presque incontrôlables.
Ils se ruent sur quelques tonneaux d’eau-de-vie qui gisent épars, les défoncent, boivent et tombent ivres-morts.
Au moment du départ, plusieurs cavaliers portent des fantassins ivres en travers de leurs selles.
C'est un vrai désastre.
Somme toute, en récapitulant, il nous
manque cinquante-deux hommes tués,
une quinzaine de disparus et plus de vingt blessés sur les cacolets, dont un officier de chasseurs d'Afrique.
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Tristement, après avoir mis un peu d'ordre dans la colonne, nous rétrogradons, le fiel dans l’âme, la rage au cœur, bien disposés à faire payer cher à l'ennemi l’espèce de succès qu’il vient de remporter.
Les deux ou.trois cents Arabes tombés sous nos balles ne peuvent nous consoler de nos pertes.
Aujourd'hui, la ration a été réduite de moitié et nous en avons encore pour trois ou quatre jours avant de rencontrer une colonne de secours.
Chaque nuit, nous bivouaquons en plein air, faute de tentes, qui nous ont presque toutes été enlevées.
Ah! les pouilleux, ils nous le paieront!
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Il était temps, car nous n’avions plus un radis à manger.
Ici nous avons trouvé une colonne de ravitaillement en vivres, en munitions et en effets de toutes surtes.
Ça fait plaisir de voir des camarades.
Ils nous apprennent que le général commandant la subdivision d'Oran est en route pour venir prendre le commandement des deux colonnes réunies.
Cela nous réconforte, car nous espérons bien avoir notre revanche.
En route, nous avons perdu tous nos blessés ; ils n’ont pu résister ni à la chaleur, ni au ballottement cruel des cacolets.
A chaque étape, nous enterrions un ou deux hommes. ;
Avant-hier, ma compagnie rendait les derniers honneurs à un des nôtres.
Avec deux caisses à biscuit, nous lui avons fabriqué un cercueil. C'était un
| jeune Suisse de vingt-deux ans. Il avait
eu le crâne ouvert d’un coup de matra-
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que et la joue déchirée de la bouche à l'oreille par le crochet de l’un de ses bâtons.
A cent mètres du camp, le cortège s'arrête et l’on dépose la caisse.
Quelques hommes se mettent de suite à creuser une espèce de \fusse avec les
outils de compagnie.
Mais la terre est dure et 1l se fait tard.
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On dépose enfin la bière dans une excavation de quarante centimètres de profondeur; on la recouvre soigneusement de terre et on y enlasse dessus toutes les grosses pierres qu’on peut trouver aux environs pour empêcher les chacals de dévorer le cadavre.
Mon capitaine, ensuite, d’une voix émue, fait un adieu touchant au camarade. Et moi, comme sergent-major de la compagnie, je récite à haute voix un Pater et un Ave auxquels répondent les hommes, tête nue et émotionnés.
Puis nous défilons devant la tombe en saluant.
Demain, ce sera peut-être notre tour!
Le 2 juin, nous avons reçu le général Détrie. Il a été acclamé.
Puis nous avons rétrogradé sur le Kreider.
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Le 4, nous campons à Ogla-Menesla, non loin de Chott El-Chergui.
Rien de remarquable, si ce n’est l’eau, que nous trouvons au fond d’un puits avec trente centimètres de mousse verdâtre sur sa surface.
Cette eau est verte aussi et elle a un goût d'œufs pourris.
Mais nous avons soif et 1l faut boire quand même.
Quelle excellente purgation nous avons prise là!
Pendant toute la nuit, c'était un va-etvient continuel du camp au dehors.
Nos boyaux délabrés se tordaient dans des transes hurlantes.
Mais l’eau verte tenait bon, et nous courions tous dans la plaine.
Le matin, à la première halte, à peine les faisceaux étaient-1ils formés, que tous, comme un seul homme, avec un ensemble parfait, nous nous lançons à l'écart.
Ce camp fut dénommé par les trou
piers « le camp des m...amelons plats».
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COMBAT DE CHELLALA.
Nous sommes de retour au Kreider, après avoir fait une netite excursion à Tismoulin, à trois étapes d'ici.
A Haci-el-Hadri, pas d'eau.: nous trouvons les puits remplis de cadavres d'animaux.
Voilà un excellent moyen d’assoiffer des chrétiens.
A Tismoulin, ma compagnie enterre encore un homme, mort de la fièvre typhoïde. .
Beaucoup de malades sur les cacolets.
Ça commence à aller mal.
Au retour, marche de nuit. Nous brûlons Haci-el-Hadri et nous arrivons le lendemain à Ogla-Menesla, de diarrhéephile mémoire, avec cinquante-trois kilomètres dans les pieus.
Une marche de nuit, c’est gênant.
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On dort debout, on butte partout, la fatigue est double, on a des douleurs violentes aux tempes, les yeux sont pleins de picotements lancinants et le sac est bien plus lourd.
Je marchais à côté de mon capitaine.
Nous causions comme de vieux amis, car les misères communes rapprochent singulièrement les distances.
Il me parle quelques instants des mauvaises nouvelles qu’il vient de receoir de chez lui : sa femme et son enfant sont malades.
Puis 1l se tait.
Son profil anguleux se découpe net sur le ciel clair, sa main tiraille nerveusement les deux grandes pointes de sa barbe. |
Sa peine m'attriste profondément. Je me sens moi-même envahi par un grand découragement. |
Il était temps que la lumière du jour vint nous égaver un peu.
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