H. VERNET
sculpte par Barthelemy Thorwaldsen.
premier etage, on a r^uni, avec ses meubles, ses dessins, et ses cartons, les originaux ou les copies des cinq cents bas-reliefs, statues, ou medaillons, qui composent, a peu pr^s, rensemble de son oeuvre gigantesque. Le nom de Thorwaldsen, cel^bre, depuis trois quarts de siecle, dans tout I'univers, se retrouve, en particulier, au bas de quelque piece grandiose, dans presque toutes les capitales del'Europe. On a de lui, a Stuttgart, un Schiller; a Mainz, un Gutenberg ; a Miinchen, un Maximilien ; a Varsovie, un Poniatowsky ; a Roma, au Quirinal, le « Triomphe d' Alexandre », superbe bas-relief, qu'il externa, en i8ii, pour r^pondre a une flatteuse invite de Napole'on I, etc. Telles de ses ceuvres, le « Tombeau de Pie VII », par exemple; ou encore, son « Lion(i) de Luzern » (Fig. 23), sont si ge'neralement connues, qu'elles sont, en quelque sorte, populaires : tout cela est grand, mais grand d'une grandeur essentiellement comprehensible. C'est qu'en effet le genie de Thorwaldsen est un genie admirablementclair. Ce robuste penseur, qui excelle a donner au marbre I'idee et le sentiment, n'est pas moins habile a rendre intelligibles et la force et la grace. II n'y a pas un seul de ses groupes dont I'effet total, tel que I'a voulu I'artiste, ne se laisse deviner et ne se fasse saisir, presque du premier coup. Avec cela, dans les creations oil 11 verse la force, comme dans celles oil il incarne la beauts, la plus prodigieuse variete d'execution, la plus etourdissante maitrise.
(i) Le modele de ce monument se voit, a Luzern meme, dans un pavilion voisin de la grotte sur le rocher de laquelle 11 a ete execute. Le lion, le flanc^perce d'une lance brisee, expire, en defendant de sa griffe un bouclier fleurdelise. On salt que ce monument a ete consacre a perpetuer la memoire heroique des officiers et des soldats de la Garde suisse des Tuileries, qui, au nombre d'environ huit cents, furent massacres, a Paris, le lo aout 1792, tandis qu'ils defendaient, centre la populace et les Terroristes de la capitale, le Palais, et Louis XVI, — qui fut emprisonne au Temple, a la suite de cette nefaste journee.
LES MUSEES, A KJOBENHAVN Qn
quise puissevoir. Au MusdeThorwaldsen, comme devant les Rembrandt du Mus^e d' Amsterdam, ou en face des Murillo du Musde de Sevilla, on n'a plus conscience de la fuite des heures : c'est proprement un Temple de I'Art ; on s'y oublie, avec de'lices ; et Ton en sort ravi.
A cent metres du Mus6e Thorwaldsen, se trouve, au „ Palais du Prince », un Muse'e National, « Nationalniuseet », dont quelques-unes des collections sont auss.i fort remarquables. Gelles des estampes, des monnaies et des antiquit^s sont assure'ment curieuses ; mais elles palissent, a c6t6 des tr^sors du « Musae ethnographique», et surtout du « Muse'e des Anti- </■ quite's du Nord » , lequel /^ n'a peut-Stre de rival au monde que celui de irf' Stockolm. Ce qui en rend la valeur inappreciable, c'est, tout ensemble, sa richesse, et sonorigine:d'une part, on y trouve, a peu pres, tous les « documents » utiles pour suivre I'histoire du d^veloppement de la vie nationale a travers les ages, depuis la periode la plus recule'e, jusqu'aux temps modernes; de I'autre, ces documents, ou materiaux, ayant dte presque tous exhumes du sol danois, le Danemark se possede Ik tout entier, et peut, tout entier, s'y ressaisir. A travers les inventions de I'age de terre, de pierre, et de bronze, on redescend, du berceau de la race, jusqu'a Ta'poque oti la civilisation commence ; et, chemin faisant. Ton entend, pour ainsi dire, vibrer la voix des ancetres. Si, a ce moment, quelqu'une des radieuses visions dont on vient d'avoir le spectacle, au Muse'e Thorwaldsen, passe
Fig. 23. — Le « Lion » de Luzern, par Thorwaldsen.
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furtivement devantlesyeux, on comprend mieux encore la puissance du genie de I'artiste; en mesurant I'espace, je dirais presque I'abime, qui separe, de ses creations superbes, ces informes essais ou ces premiers begaiements de I'art, on se rend plus exactement compte de I'immense chemin parcouru et des progres realises. Tliorwaldsen se dresse alors, comme un Titan !
Le cote oriental de la Place du Nouveau March^ du Roi est a peu pres entierement occupe par les constructions et les d^pendances du Chateau de Charlottenborg qui, depuis bientot un si^cle et demi, a et6 affecte a I'Academie des Beaux-Arts. La, k I'arri^re du Chateau, se trouve la « Galerie royale de peinture », qui merite, elle aussi, d'etre vue en detail. Sur les huit cents tableaux dont elle se compose, il yen a une moitie' environ formee par les toiles des maitres anciens, et une moitie faite des oeuvres des peintres modernes. Bien que I'Ecole hollandaise y soit surtout representee, on y voit aussi quelques beaux specimens du genie de I'Ecole italienne et de I'Ecole flamande. Mais ce qui en fait particulierement I'interet, c'est le groupement qu'on y a des toiles de I'Ecole danoise moderne. II y a la une note nouvelle et originale, dans la gamme des tonalite's artistiques : personne n'excelle, comme les paysagistes danois, dans I'art difficile de saisir, sous ses ondoyants et fugitifs aspects, la nature du nord ; ils y sont passes maitres ; et c'est grand dommage que des oeuvres d'un tel merite trouvent si rarement place dans les Musdes en renom des autres capitales de I'Europe.
J'ai raconte, dans mon volume : Aux rives du Bosphore, les demarches preliminaires auxquelles on est astreint, a Constantinople, pour etre admis a visiter les feeriques curiosit^s du Vieux Serail et des Palais imperiaux. A Kjobenhavn, il faut aussi une autorisation speciale pour penetrer dans le Chateau de Rosenborg et pou-
LES MUSEES, A KJOBENHAVN gg
voir en admirer de prfes las ricliesses. Mais on s'applaudit ensuite de I'avoir sollicitee. Chacun des Rois qui I'ont habii6, apr6s Christian IV, a travaille, a son tour, a le meubler et a I'embellir. Or, comme le Chateau a servi pendant un sifecle et demi, de residence Royale, c'est dire qu'on y trouve, et qu'on peut y surprendre sur le vif I'histoire des variations de la mode et des changements du goflt, durant cet espace de temps. Ce n'est done pas seulement una prodigiause accumulation da royales richesses qu'on tfouva, a Rosenborg (i) ; c'est encore, dans ces richesses, la plus piquanta vari6te. II n'y a pas^ parmi ces etoffas, ces tentures, ces meubles, ces armes' ces e'maux, ces ivoires, ces mille bibelots, etc., un seul objet qui nevienne aider a fixer une date, at qui ne puisse gtre qualifi6 d' « hisiorique >,. Da la, I'interet extreme de cette visite, a Rosenborg.
J'enauraifiniavec les tresorsartistiques de Kjobenhavn, si je cite la splendide Collection priv^e de M. Jacobsen' laquelle se trouve, au sud-ouest da la capitala, pres du' pare de Frederiksberg : elle est connue, et justement celebre, sous le nom de « Glyptoth^que de Ny-Karlsberg. » {1 n'y a pas, ici, comme au Musee Thorwaldsan, toute I'oeuvre d'un seul artiste ; mais, a de'faut da la magistrala unite, dont j'ai parU, Ton y trouve la divarsite la plus heureuse, et le plus intelligent groupement d'ceuvres excellentes qu'un M^cene, passionn^ pour las choses de Fart, ait pu reunir. Statuaira greequa et romaine, pieces rares des sculpteurs danois, scandinaves et frangais, rien n'y manque, pour faira de ces collections rdunies un Musee de premier ordre. Un Frangais est fier de voir la
(i) Certaines salles du Chateau, celle des Chevaliers, p
pie, ou encore — et c'est I'une des plus anciennes — la S„.. „„
dience de Christian IV, decoree dans le style Louis XIII,"7ont"d pures merveilles.
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place de choix que M. Jacobsen y a faite a I'oeuvre de nos
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plus illustres statuaires du xix" si^cle. Et, de la encore, Ton se retire ravi et e'merveille.
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De cette course rapide a travers les temples de I'Art, i
Kjobenhavn, 11 ressort done, une fois de plus, que le nom
d' « Athenes du Nord », qu'on a donne' a I'aimable capi-
tale se justifie, a tous egards. Tr^s-ouverte a la culture intellectuelle, elle Test aussi, on I'a vu, au culte de la
forme et de la beauts. Si Ton tient compte, d'autre part, de r^l^gance de la civilisation, de I'amenite' des manieres,
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de la distinction enfin de la race, on se convaincra que, entre les Atheniens du Danemarket les anciens Atheniens
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d'... Athenes, il ne serait rien moins qu'aise' de noter des differences.