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CHAPITRE VIII

DE KJOBENHAVN A GJEDSER. CHOSES DE DANEMARK

1 1 Ton veut bien se reporter a la Carte des chemins de fer du reseau danois (Fig. i, page lo), on se rendra tres exactemeni compte du parcours suivi par le voyageur qui, de Kjobenhavn, se dirige par Gjedser et Varnemiinde, sur Berlin. C'est ce parcours qu'il me reste a ddcrire, avant de prendre conge' du Danemark; et comma il s'effectue, alternativement, par la voie ferree et en bateau, il ne laisse pas d'etre Sssez original.

Cent soixante-cinq kilometres separent les deux stations extremes de Kjobenhavn, dans I'ile de Sjalland, et de Gjedser, dans celle de Falster : on les franchit en moins de cinq heures. Toute la zone voisine de la capitale est admirablement cultivee ; c'est moins la campagne, qu'un immense jardin. Puis, la campagne proprement dite commence, une campagne plane qui s'e'tend a perte de vue, couple seulement, ca et la, de belles routes, et anim^e par la pre'sence de riches troupeaux et de vastes metairies. Autant, en Suede et en Norvfege, on a I'impression d'une population disse'minee sur un territoire trop ample pour elle; autant, en Danemark, on sent que la race se ramasse et se concentre, pour ne point laisserper-

dre ]amoindre parcelle du sol. Roskilde, Kjoge, Naestved, Manedsund, tels sont les noms des petites villes, oil le train fait halte, pendant quelques minutes.

A Naestved, ou nous arrivons a ii h. 20, le buffet de la gare distribue, au gre des voyageurs, dans les compartiments, de coquets paniers de « dejeuners ». La campagne s'est peu a peu boisee ; et c'est en traversant des forets de hetres que les touristes mis en appetit d^gustent le beurre frais, les anchois, et les tranches de jambon qui composent a, peu pres, avec la biere et le pain de seigle, le menu de ce repas de route quasiment champetre.

Du port de Manedsund, a la pointesud del'ileSjalland, nous traversons, sur un beau pont a trois arches, la baie de Vordingborg, pour toucher k la petite ile de Masnedo, ou un bras de mer d'environ deux kilometres separe Masnedo du port d'Orehoved, a la pointe nord de I'ile de Falster. Mais nous ne quittons point, pour cela, notre compartiment, Aux gares de Masnedo et d'Orehoved, un chenal a ete pratique, qui permet aux bacs a vapeur,'sur le milieu du pont desquels une voie ferree a ete e'tablie, de recevoir, tout entier, le train, a son arriv^e. On fait done, d'un port a I'autre, tranquillement assis dans son compartiment, le trajet reglementaire, sur un bac a vapeur • et cela est fort pittoresque. Puis, des qu'on touche a Orehoved, le train glisse, du bateau (i), sur la ligne qui recommence, et descend, le long de la cote ouest de I'ile de Falster, sans plus quitter la terre ferme, jusqu'a Gjedser, a I'extremit^ meridionale de File. La, un bateau plus grand, destine a la travers^e de la Baltique, de Gjedser a Warnemiinde, attend les voyageurs. Le ba'teau Edda, sur le pont duquel nous montons, tient bien la

(i) C'est le bateau Alexandra, qui faisait le service du tranqnorr des trams, entre les deux rives, pendant Pete de 1S96 '"^^"^P""

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iner : ce n'est guere que lorsque nous sommes vers le milieu du de'troit que, sous la poussee du vent qui souffle du sud-ouest, nous avons un peu de roulis. Mais cela dure peu; et, apres deux heures environ de traversee, nous louclions a la cote prussienne. Pendant las trois premiers quarts d'heure, nous n'avions point perdu de vue les rives danoines; puis peu-a-peu, toutes les lignes du littoral s'e'taient efface'es, et nous nous etions retrouve's, comma dansle Kattegat, entre le ciel et I'eau, pour quelquas instants. Le moment e'tait propice pour grouper, en evoquant le souvenir des heureuses journees passeas en Danemark, quelques impressions personnelles sur les hommeset sur les choses. Je me plus alors a le faire, tandis qua, autour de moi, quelques passagers se donnaient une peine infinie pour de'couvrir, a force de changer de place, un endroit, sur le pont, oil ils pussent enfin se « trouver bien » . On est expose', en mer, a rencontrer, sur tous les paquebots, de ces gens, agitds et agitants, qui ne sont bieri nulla part, et qui, a eux tout seuls, menent plus de bruit et font plus de « volume » que tous les autres passagers ensemble : ce sont des « Importants », comme onaurait dit, en France, a I'epoque de la regence de la raina Anne d'Autriche. Puisque nous sommes aujourd'hui en republique, disons simplement que ce sont des Hannetons, mais d'autant plus « hannetonnants », qu'ils ont le mauvais gout de se prendre au serieux.

Religion et litte'rature, en Danemark, tal fut alors, s'il faut pre'ciser las de'tails, le double theme de mes reflexions.

Le luthe'ranisme est la « religion » officielle, ou nationale, de la nation danoisa. Mais, comme la plus grande liberte religieuse regne dans le pays, le Catholicisme a pu y faire, depuis quarante ans, les plus consolants progres. Vers i860, il n'y avail pas, dans tout le Royaume, plus de huits cents catholiques : on n'y comptait que deux

pretres, lesquels desservaient les deux uniques eglises de la contree. Actuellement, ]e chiffre des catholiques depasse six mille. lis ont, pour s'occuper du soin de leurs ames, pres de cent cinquante pretres ; ils possedent vingt eglises, ou chapelles ; et les ecoies, qu'ils ont ouvertes, sent fre'quent^es par plus de mille enfants. Deux cents Religieuses environ s'occupent, soit de I'enseignement, soil du service des malades : a Kjobenhavn meme, les Soeurs Saint-Joseph, de Chamb^ry, qui dirigent en outre des ecoies dans plusieurs petites villes du Royaume, distribuentl'instruction a une clientele de cinq cents enfants, et ont fonde, sous le vocable de leur patron et protecteur, un magnifique Hopital, dont les divers services se sent enrichis derniferement d'un orphelinat et d'une maison de retraite pour les vieillards. Parallelement, les Petits Frferes de Marie, plus connus sous le nom de « Freres Maristes » (i) font merveille, dans les Ecoies frequeni^es par les petits gardens. II y a done indiscutablement, aujourd'hui, un foyer ardent de catholicisme, en Danemark. Sa flamme bienfaisante, gagnant de proche en proche, ranime les ames q.u'a engourdies le froid de I'here'sie, et traduit son action, extdrieurement, par des conversions, dont la persistante continuity et la progression croissante sent extremement frappantes. G'est peu, sans doute, que deux cents protestants, qui rentrent, annuellement, dans le giron de la salnte Eglise. Mais, si modeste dut paraitre ce chiffre, c'est beaucoup de pouvoir consta-

(i) Fondes, a La Valla (Loire), dans le premier quart du xix« siecle, par le Venerable Pere Champagnat, les « Petits Freres de Maries sont aujourd'hui legion, et sement le bon grain sous toutes les latitudes. Leur Institut, qui poursuit a peu pres le meme but que celui des ((Freres des, Ecoies chr(;tiennes », du Bienheureux de la Salle, rend a I'Eglise catholique les services les plus signal(6s. — Cf. le beau ■Discours siir I'Ecole chretienne, prononce par M. I'Abbi; Louis Picard, vicaire a la Primatiale de Lron. Iu-8% i6 pages- librairie E. Vitte. 1897. to,

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ter qu'aucune annee ne s'ecoule sans qu'il soit atteint, sinon meme depasse. Le grain de se'neve ne devient pas arbre, en un jour : il lui faut des annees, avant d'arriver

a sa pleine croissance : pareillement grandira , en Danemark, avec la paternelle protection du Dieu qui « donne la croissance », le grain de seneve du Catholicisme.

Si les recrues lui sont venues

surtout, jusqu'ici, des classes pau-

vres de la population, c'est une

F.G.29,-LesKtesdesA-oc^. i"aison de plus pour bien augurer

d'or de Leurs Majestes, au de.ses succes, a Tavenir. Lorsque

Chateau d'Amaliebors. , , . ,

^ Jesus a entrepns la conversion

du monde, ce ne sont point les grands de la terre, mais les humbles et les de'sherites, qu'il a convie's a le suivre. Au surplus, de meme qu'il daigna faire entendre aussi sondivin appel a quelques nobles de la race juive, Nicodeme, par exemple, et Joseph d'Arimathie ; ainsi , en Danemark, a-t-il fail sentir la pointe de son aiguillon a quelques-uns des membres de la haute aristocratie danoise, et jusque dans les rangs des pasteurs du lutheranisme.

11 n'y a pas encore deux ans, un des ministres de I'eglise t€formee, M. Jensen, qui, par son

zele et sa piete sinceres, jouissait d'une excellente reputation parmi les siens, s'est converti, avec e'clat, au catholicisme. Pour embrasser la verite, qui s'e'tait fait jour dans son esprit, il n'hesita pas a sacrifier les revenus d'une cure

Fig. 3o. — Les fetes des Noces d'or.

bien re'tribuee : pour vivre, et f'aire vivre safamille,il n'eut point peur de mettre la main a la charrue, et de se faire humble paysan. Or, une conversion, qui s'accomplissait ostensiblement dans de telles circonstances, ne -«pouvait manquer de faire sensation. Sur la demande de Mgr von Euch, Vicaire apostolique du Danemark, il vim donner plusieurs conferences, a Kjobenhavn. S'inspirant de la magnifique « Lettre du Souverain Pontife au Peuple anglais », il parla, avec eloquence, de la rdunion de tous les Chretiens dans le sein de I'Eglise catholique : sa modestie, son aimable douceur, son ton de persuasion, son calme inalterable en face des attaques de ses anciens amis, I'accent de conviction enfin qui se de'gage de toutes ses paroles, forcerent I'attention et commanderent le respect. A Odens&e, chef-lieu de I'ile de Fionie, il eut plusieurs confe'- • rences, qui obtinrent le meme succfes. G'est alors que ses anciens paroissiens, qui sont voisins de Odense'e, le prierent de venir trailer, devant eux, le meme sujet : ils lui avaient garde' toute I'estime et toute I'affection qu'ils lui avaient voue'es, pendant qu'il etait leur pasteur; et ils furent si contents de le voir rdpondre a leurs desirs, et de I'entendre, qu'ils le suppliSrent de revenir. Voilk done une conversion de marque. On en sera d'autant plus frappe, que la plupart des journaux danois consacrerent aux Conferences de M. Jensen de longs et sympathiques articles. Dans le meme ordre d'id^es religieuses, mais sans qail soit besoin, cette fois, de recourir a une abjuration, comment ne pas rappeler que le Catholicisme est entre, meme a la Cour de Danemark, par le mariage de la Princesse Marie d'Orl(5ans avec S. A. R. le Prince Valdemar ? La date du i5 octobre 1895 marquera, a ce point de vue, dans I'histoire du pays, car, ce jour-la, fut baptis6e la premiere Princesse danoise qui, depuis la Reforme, aura ete' eleve'e dans la Religion catholique. La Famille Royale

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se trouvait alors en villegiature au Chateau de Bernstorff, aux portes de la capitale ; et, dans la Chapelle catholique d'Ordrup, voisine du Chateau, Mgr von Euch vint administrer solennellement le bapteme a la Princesse Marguerite, fille du Prince Valdemar et de la Princesse Marie. Tous les membres de la Famille Royale, reunis alors a Bernstorff, tous les hotes princiers du Chateau, assistaient a la ce'remonie, avec le Due et la Duchesse de Chartres. Ce fut la Princesse de Joinville qui tint la Royale Enfant sur les fonts; et, dans tout le Royaume, on s'accorda a consid^rer cette fete religieuse comma un « grand evenement ».

J'ai parl6 de Mgr von Euch. Le Vicaire apostolique du Daneniark est, dans toute I'acception du mot, un Apotre. Non content de travailler, avec zele et intelligence, a e'tendre, dans le Royaume, le regne de Je'sus-Christ, 11 se pr^occupe de faire pe'netrer, Jusque dans les iles lointaines, la lumiere de I'Evangile. Docile aux inspirations qui lui viennent de Rome, il a commence, sur I'invitation pressante du grand Pape Le'on XIII, la conversion de rislande. La lettre suivante, qu'il adressait aux feuilles religieuses de France, il y a un an, fera connaitre le but qu'il se propose d'atteindre : « Depuis iSgS, » ecrivait Sa Grandeur (avril 1896), « deux missionnaires deploient leur zele dans I'Islande, qui, depuis Tepoque de la Reforme, n'avait vu, qu'a de rares intervalles, desenvoyes de la bonne nouvelle. II semble que le bon Dieu ait deja voulu benir les premiers efforts des nouveaux ouvriers. Tous les dimanches, les protestants remplissent notre pauvre et petite chapelle jusqu'a la derniere place, et entendent les sermons avec grande attention. Les etudiants de Reykiavik ont invite le premier missionnaire a venir leur faire des conferences; il a saisi cette occasion avec empressement. Le second missionnaire a, dans les jours

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