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de Paques, adresse la parole aux pecheurs fran9ais qui venaient d'arriver en Islande. Je me r^jouis de penser que, dore'navant, ces braves marins ne seront plus ainsi prive's de tout secours religieux pendant la plus grande partiedel'annee. Je m'ingdnie a fonder bieritot un hopitai, pour les lepreux si nombreux dans cette contree ; la France m'a deja envoye quelques aumones, dans ce but ; des que J'aurai reuni les ressources necessaires, je m'empresserai de commencer. Je confierai la direction de cette l6proserie aux Religieuses Saint-Joseph, de Chambery, qui, depuis quarante ans, travaillent avec z61e et succes, en Danemark. Quatre d'entre elles paniront bientot en Islande, pour soigner d'abord les malades, a domicile, pour s'occuper ensuite de I'educaiion et de I'instruction des enfants. Mais ces bonnes Soeurs sent pauvres; mais je suis pauvre moi- meme : c'est pour cela que j'ose venir faire appel a la gen^rosite de vos catholiques lecteurs, en faveur de leurs compatriotes. Elles ne demandent qu'a se sacrifier, c'est vrai; mais je dois, comme leur eveque, chercher a leur procurer le strict ne'cessaire. Avec cela, elles seront satisfaites, car elles ne sont pas exigeantes.
« Je dois, tout d'abord, leur assurer une demeure qui deviendra le premier couvent, depuis la Re'forme, et rappellera les anciens monasteres qui florissaient, au moyen age, en Islande. Mais le voyage, d'ici a Reykiavik, est assez cher; et enfin il faut leur donner ce qu'il faut pour vivre, car elles ne pourront pas se suffire a elles-memes dans les premiers temps... »
Telle est, a I'heure actuelle, en Danemark, la situation faite au Catholicisme : plein d'espe'rances et riche de promesses, mais s'epanouissant dans la plus humble pauvrete, il a, pour cette cause, e'galement besoin de I'appui des prieres des catholiques des autres nations, et du concours g^nereux de leurs aumones.
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J'arrive a la litttJrature, en Danemark. A la considerer dans son ensemble, on peut dire que la litterature danoise est sortie d'une double racine : au plus profond, et avecle plus d'originalit^, de la chanson populaireromantique du moyen age ; puis, plus tard et plus superficiellement, du Tealisme satirique de Holberg. Mais, a preciser les dates, il convient d'ajouter que c'est de I'annee de la fondation ■de rUniversite' de Kjobenhavn (1477), que date, a proprement parler, la litterature danoise. Dans les monuments anterieurs de la langue, la « Chronique rimee » du Moine de Soroe, par exemple, les « Proverbes » de Pierre Laale, le recueil des « Chants heroi'ques », et les nombreuses traductions ou imitations en danois des romans et pofemes fran^ais, faites a la fin du moyen age, s'il y a place, qa et la, pour quelques naives peintures des moeurs nationales, le genie de la race ne fait encore que bdgayer, et il ne s'affirme pas d'une fa?on originale. La creation de I'Universite de Kjobenhavn, bien qu'elle ait eu surtout pour resultat, au debut, d'aider a un magnifique developpement des sciences, eut aussi, quoique dans de moindres proportions, un heureux effet sur les lettres : les e'tudes classiques, en prosperant, s'associ^rent aux recherches d'histoire, de philologie, et d'archeologie nationales. Avec Louis Holberg (i 684-1754), ne Norvegien, mais tout Danois par le talent, la litterature nationale prend, au xvii= siecle, son plein essor; au theatre. Mais,de meme que, au xv' siecle, elle s'etait inspire'e des ceuvres francaises; ainsi, au xvii^, marche-t-elle encore, quoique avec originalite, a la remorque de la France, dont I'influence, a la meme date, etait aussi prepond^rante, en Allemagne. Holberg s'avoue I'e'leve de Moliere, et s'inscrit comme son imitateur. 11 est facile en effet de noter, entr'eux, trois gra.ides analogies ; ils peignent, tous deux, les vices oules travers, de I'humanite ; ils accordent, a I'dtude des carac-
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teres, la preponderance surl'intrigue; enfin, ils ont exerce, I'un et I'autre, ce qu'on est convenu d'appeler une « influence liberale » sur les moeurs. Grace a la fecondite comique de Holberg, le theatre de Kjobenhavn (i) jouit, pendant quelques ann^es, d'une veritable illustration : il sembla, grace a lui, que la demi-stdrilite litteraire dent les peuples septentrionaux semblaient frappes, au milieu meme de la Renaissance des Lettres en Europe, e'tait enfin conjure'e par son initiative. C'est qu'il manie avec dexte'rite', dans le livre comme dans la comedie, la satire morale et politique : e'crivant pour un peuple relativement attarde, il s'e'vertue surtout a faire la lumiere dans les tenebres, et a ^clairer les esprits plutot qu'a e'purer les moeurs; en un mot, il contribue surtout a civiliser la barbarie des temps anciens. Mais voici ce qui achfeve de nous rendre Holberg sympathique : I'un des r^sultats les plus nets de son importation du theatre de Moliere sur la sc6ne danoise fut de nouer, entre le theatre fran9ais et le thdatre danois, une solidarite' qui, dans notre si&cle devait, pour la seconde fois, porter ses fruits. II n'y a personne, en Danemark, qui ne confesse, aujourd'hui, de la meiileure grace du monde, que c'est a I'imitation discrete d'un nouveau genre comique, d'origine toute franfaise, que le theatre danois doit son re'veil et son rajeunissement.
A la grande comedie importde par Holberg, Heilberg eut, en notre si^cle, I'heureuse idde de substituer ces petites et vives peintures de moeurs locales, que nous d^signons sous le nom de « vaudevilles ». Ce futle 25 novembre 1825, que le premier essai de vaudeville national, le roi Salomon et Georges le chapelier, fut repr6sent6 sur la scene
(I) Nous avoiis, a Paris, la « Maison de Moliere « : k Kjobenhavn, le Theatre National s'appelle, semblablement, la Maison de Holberg.
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danoise. A partir de ce moment, la mine ouverte par Heilberg est constamment restee en cours d'exploitation ; et le g^nie comique de la France, adapte, pour la seconde fois, aux moeurs danoises, a retrouv6, en Danemark, son vieil empire. Nous avons done, a deux reprises, donne a cet inte'ressant Royaume, devenu spontane'ment I'une de nos colonies intellectuelles, avecle gout de la comedie, I'artd'y riussir. Cela vaut mille fois mieux — et cr^e, entre deux peuples, de tout autres liens — , que d'avoir bombarde sa capitale, comme le firent les Anglais, en 1807, par une lache surprise, ou de s'etre, non moins lachement, acharne, pr faset nefas, a son demembrement, comme les Austro- Prussiens ont rdussi a le faire, en 1864.
D'autre part, I'influence philosophique de la France se fit pareillement sentir, en Danemark, pendant tout le xviii« sifecle, Le g^nie danois, que les patriotiques efforts de Jean Ewald (i) n'avaient pu ramener a la conscience de lui-meme et au souvenir de ses origines, se personnifia, de nouveau, au xix°, dans un ecrivain fecond qui, guide par la critique et I'arche'ologie, retrempa la poe'sie danoise aux sources scandinaves, et unit I'originalite a la science. Adam (Ehlenschlager (1799- i85o), de Frederiksberg, traita le po^me et le roman, I'^l^gie et Testh^tique. Au theatre, il aborda la comedie, la tragedie, le drame, et I'opera : il puisa, aux le'gendes de rEdda,des sujets nationaux, et fit revivre les dieux et les hdros du Nord. Dans ses poesies lyriques, il y a d'anciennes ballades qui sont admirables. Ce que Uhlandavait fait pour quelques chants traditionnels de I'Allemagne, (Ehlenschlager le fit, pour le Danemark : il s'empara des histoires poetiques conserv^es parmi le peuple, et il les reproduisit avec une grace,
(i) II ressuscita, au xviii' siecle, ce qu'on peut appeler la direction intime et pleine de sentiment de I'esprit du moyen age.
ane verve, et une verite de ton qui n'avaient pas encore eu d'exemple. On lui fit, a sa mort, en i85o, des funerailles royales : la popularite qui le suivit pendant sa longue carri^re, jusqu'a la veille des evenements qui devaient si cruellement mutiler sa patrie, ^tait done veritablement faite d'admiration et de patriotisme.
Pendant plusieurs ann^es se r^suma, pour ainsi dire, dans CEhlenschlager, I'dclat litteraire du Danemark qui donnait, toutefois, d'autre part, quelques grands noms a la science et a I'art contemporain. Depuis, parmi les hommes qui se sont fait une place d'dlite dans la litterature nationale, il faut citer, en premiere ligne, Hans- Christian Andersen (iSoS-iS/S), d'Odense'e, qui, avec un esprit moins ^tendu que A. CEhlenschlager, mais avec une ame sensible, naive etpoe'tique, est devenu, par ses contes et ses chansons, I'une des plus pures gloires danoises. On s'est plu a retrouver, chez lui, avec un esprit qui rappelle le xvi(i<= siecle par I'ironie fine et de'guis^e, le sentiment et la reverie des peuples du Nord, et une richesse d'imagination tout orientale : ce mdange heureux de qualites diverses contribua a faire de lui un des poetes les plus originaux de notre temps. II venait d'etre, a I'occasion de I'anniversaire de sa naissance, nomme Commandeur de rOrdre Royal de Danebrog, lorsqu'il mourut, a Rolighed, le 5 aout 1875.
Quoique le pessimisme forme I'un des traits principaux: de la litte'rature, en Danemark, depuis vingt-cinq ans, et que les auteurs r^alistes se rencontrent, dans I'exploitadon de ce sentiment (1), avec leurs confreres de France et de
(i) On a vu emerger, en effet, apres 1870, toute une serie d'ecrivains tristes, amers, et desesperement melancoliques : des pontes, comme J. -P. Jacobsen ; des auteurs dramatiques, comme le frdre de Georges Brandes, Edouard ; des romanciers, comme Herman Bang, Gustave Esmann, Henrick Pontoppidan, et Sophus Shandorph, qui est peut-
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Russie, citons encore cependant, au xix' siecle, quelques ecrivains, dont le talent distingu6 et delicat contribue a embellir I'oeuvre deja solide, et durable, de la litt^rature danoise : Gruntwig; Aarestrop; ChristianWinther(i796- 1876), le poete favori des e'tudiants,-le romancier fecond, I'aimable auteur des contes d'enfants, dont la popularite' fut au moins 6gale a celle d'Andersen ; Hertz; Ingemann, etc. Saluons, au passage, I'illustre critique d'art, J. Lange, qui s'est eteint, I'an dernier (1896), laissant une oeuvre magistrale sur « I'homme dans les sculptures gothiques ». Mentionnons enfin, parmi les litterateurs proprement dits, deux dcrivains dont le nom a, depuis longtemps, depasse les frontieres du pays natal et conquis,
etre, dans toute la litterature danoise, le plus proche parent de I'esprit de Holberg. En general, les sujets qui les tentent et qu'ils traitent, ce sont les existences manquees, les natures problematiques, les parias de la societe. Une sensation de temps gris, le morne de la vie de chaque jour, voila I'arriere-fond de cette litterature. Et, la ou ce gris se colore, on est presque tou jours sur de voir apparaitre le rouge sanguinolent de la revolte. Le lyrique Holger Drachmann n'a-t-il pas glorifie les petroleuses de la Commune, et les grevistes de la « sociale » anglaise ?... Mais, a cote de ces tendances, qu'il n'est point possible de ne pas reprouver, il en est d'autres qui sont louables et qui font d'autant plus regretter ce dangereux melange de I'ivraie au bon grain : vous trouvez, dans ces osuvres, une passion guerriere, une ardeur renouvelee du temps des croisades ; les auteurs excellent dans les descriptions, et celles qu'a faites Shandorph de la vie rustique atteignent ila hauteur du « Jeppe » de Holberg ; puis,les poetes,enparticulier, ont un vers riche, colore, sonore, qui prouve que la langue est, entre leurs mains, un instrument docile et plein de ressources.
Parallelement a I'Ecole des desesperes, il faut signaler la presence du groupe des Decadents, k la tete desquels marche Vigo Stuckenberg, et I'Ecole des tout jeunes prosateurs et poetes qui, tout en se rattachant, par le fond des idees, a la premiere Ecole, s'en separe cependant en ce sens qu'elle se preoccupe, avant tout, de la perfection de la forme. A ce titre, c'est de J. -P. Jacobsen, I'impeccable styliste,. que peuvent se reclamer, comme d'un instigateur et d'un chef, Sophus Claussen, Niels MoUer, Helge Rode, Sophus Michaelis, et quelques autres. Avec eux, ce n'est plus, comme avec G. Brandes, I'inevitable contact de la triste realite : c'est,. au contraire, I'effort pour s'y arracher; on sent s'elever de leur oeuvre une joie de vivre qui, souvent, sur des ailes d'aigle, nous emporte bien loin des miseres de la vie.
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dans le monde savant, une notoriety considerable: Georges Brandos, et Jean-Nicolas Madvig. Le premier, jeune encore, est un disciple de Taine et de Stuart Mill. De ses longs voyages a travers la France positiviste, TAUemagne libre-penseuse, et I'Angleterre darwiniste, G. Brandes etait revenu,respritrempli depense'es radicales. Dans le Danemark, oil I'on vivait encore sur le romantisme du commencement du siecle, panache de k conservaiisme » rigide, il voulut fairepe'netrer les « aspirations » intellectuelles qui s'etaient developpees en Europe, depuis i83o; pour cela, il s'adjugea le role de briseur de digues, d'ouvreur d'ecluses, en un mot, de fertilisateur. II offrit a son pays, dont la poesie etait devenue abstraite et incolore, dont I'esthetique etait dominie par la philosophic he'gelienne, un fortifiant amer : dans une litte'rature nouvelle, comme dans un fidele miroir, le peuple danois, tombe' r^cemment si bas de I'envole'e de ses reves, dut voir, avec lui, la peine et les mis^res de la vie, face a face. Les brillants succ^s de Brandos, a rUniversite' de Kjobenhavn, lui avaient fait une celebrity precoce. Force de quitter sa patrie, a Toccasion des ddbats entre la science et la foi, auxquels il avait pris une part tr^s vive, il y est revenu, en 1882; et son oeuvre, oii se d^tachenten relief les Etudes esthe'tiqties et les Critiques et portraits a port^ tres haut la gloire de Vecrivain (i).— Le second, Madvig, mort depuis une dizaine d'annees, entra, comme rep^titeur, en 1826, a I'Universite de Kjobenhavn, dont il devint, dans la suite, le recteur, aprfes Thorlacius. Sa gloire sera d'avoir ete I'un des plus habiles initiateurs, I'un des peres, de la Philologie classique.
(i) Georges Brandes a un frere cadet, Edouard Brandes (ne en 1847), qui, tout en s'occupant plus particulierement de politique, a trouve cependant le loisir de publier quelques volumes d'etudes et de portraits htteraires. II y a la du talent : mais, y en aurait-il moins, si 1 auteur n'y affichait pas des opinions aussi antireligieuses ?...
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Qu'ajouterai-je, maintenant, a ces souvenirs divers, que je me plaisais a evoquer, tandis que, a travers la Baltique, le bateau Edda bergait ma reverie, en m'emportant aux rives prussiennes ?
Toutes les esp6rances religieuses, dont j'ai parle;toutes las gloires litt^raires, que j'ai rappel^es sommairement ; tous les lieux que j'ai decrits, tout cela, je le revoyais, dans une vue d'ensemble, avec un charme infini. Ce n'est pas sans melancolie qu'on se se'pare d'un Pays ou Ton a trouv6, avec I'accueil le plus cordial et I'hospitalitS la plus franche, tant de satisfactions pour I'esprit et tant de jouissances pour le plaisir des yeux. Avec une sympathie profonde, j'envoyais, par-dela I'espace, a ce peuple vail- !ant, que la brutale politique des canons Krupp a resserre entre d'e'troites froniieres, un « adieu » qui, je I'espdre, ne sera pas definitif. Je songeais h son Roi, dont les epreuves n'ont pu abattre rindomptable courage, et dont les recentes fetes des ;< Noces d'or » (Fig. 29 et 3o), au Chateau d'Amalieborg, out eu, entr'autres r^sultats significatifs, celui de faire ressortir, d'une maniere 6clatante, I'amour respectueux, le profond attachement, qu'il a su inspirer a tous ses sujets. J'aimais enfin a me redire qu'il existe, entre le Danemark et la France, un lien plus serieux et plus solide que celui qui resulte du simple attrait d'une race pour une autre race. II y a ici, par surcroit, I'attrait d'une commune infortune, et d'une infortune preparee par la mSme main. Comme nous, les Danois ont perdu deux de leurs provinces; et, comme a nous, ce sont les Prussiens qui les leur ont prises. La fraternite', dans le malheur, pourrait-elle done ne pas achever ce qu'avait ddj^ si bien commence la sympathie spontanee des deux peuples ?...
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