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CHAPITRE PREMIER

GOTEBORG

|e paquebot Blenda avait quitte, a midi etdemie, le port de Frede'rikshavn, et cinq heures sonnaient, aux horloges de Goteborg, quand les matelots amarraient le bateau sur la rive suddoise. De la traversee, un peu dure, du Kattegat, personne n'avait plus I'air de garder un trop mauvais souvenir : chacun se pressait' le long des balustrades, pour enjamber la passerelle du vapeur, et trouver place dans les omnibus d'hotels, alignes sur la chauss^e. En un clin d'oeil, ils s'emplissent; et sur rimpdriale, se dressent, en pyramide, les bagages rapidement entasses. Gelui du Grand Hotel Eggers, que j'ai choisi, nous emporte, au trop de ses deux

vigoureux percherons, le long des quais et des promenades, jusqu'a I'autre bout de la ville, dans la zone de la gare et du a Kungspark ».

Apres avoir pris possession de ma chambre, et din^, je profile des dernieres heures du Jour pour faire connaissance avec la villa. Ce n'est pas un mediocre avantage, lorsqu'on voyage, en e't6, dans les pays du nord, que d'y voir la lumiere s'y prolonger tres-avant dans la soiree. En France, meme aux plus longs jours de juin, nous n'avons gufere moins de six heures de nuit, entre le coucher du soleil etle crepuscule du lendemain. En Danemark, en Suede, en Russie, on jouit, au contraire, pendant quelques semaines, et durant les vingt-quatre heures de chaquejour, d'une clarte continue : il n'y a, alors, a proprementparler, pas plus d'aurore, qu'il n'y a de cre'puscule du soir; le soleil trone en permanence; et son regne absolu, a cette e'poque de I'annde, est designe' par la formule, devenue classique, du « soleil de minuit ». Si Ton n'a plus, vers le milieu d'aout, le plaisir de jouir de ce tr^s-curieux coup d'oeil, on pent encore s'en faire quelque ide'e par la vue de I'extreme prolongation du jour : il m'est arrive, bien des fois, alors, d'dcrire, sans flambeau, dans ma chambre, apres neuf heures du soir. Et si peu qu'on soit, en matifere d'dclairage, de la religion de Goethe (i), on eprouve una joie extreme a profiter de I'aubaine de ces « grands jours. », deja disparus, depuis prfes d'un mois, au pays natal. II n'est pas inutile d'ajouter que, en Sufede, comme en Danemark, on ne parait pas etre moins sensible, que le touriste etranger, a cabienfait da la Iwniir-e.On s'en grise, pour ainsi dire; et, comme si. Ton voulait an faire provision et I'emmagasiner, afin de se de'dommager a I'avance de

(i) Tout le monde sail que le grand poete allemand, un peu avant de mourir, demanda qu'on entr'ouvrit les rideaux des fenctres de sa chambre, pour y faire penetrer « plus de lumiere », lliet;r ?i£f)t!

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la brume grise et triste oti I'on vit enveloppe pendant la saison mauvaise, on la laisse pendtrer a pleines fenetres, et la chaleur avec elle, sans meme opposerases rayons envahisseurs le frgle obstacle d'un store ou d'une persienne. ,( Cast si bon, le soleil! semblent-ils dire, la-bas, tous en choeur; c'est si bon! ». Et, au Roi-Soleil, ils laissent joyeusement ses franches coud^es :

Apollon, a portes ouvertes...

Fig. 3 1. — Le port de Goteborg.

J'allais done, ce soir-la, par un doux crepuscule, en voyage d'exploration, dans Goteborg, dont j'avais eu soin, au prealable, de fixer les grandes lignes du plan dans ma m^moire. Cette pre'caution, qui, bien qu'e'lementaire, n'est pas aussi commune ni aussi re'pandue qu'elle pourrait I'etre, coupe court a maint tatonnement et supprime mainte hesitation, lorsqu'on arrive dans une grande villa, pour la premiere fois. Au lieu du vague et confus assemblage de places, de rues, et de carrefours, qui, fatalement, se dresse alors sous des yeux depayses, on a, a chaque pas, le plai-

sir, en quelque sorte, de « se reconnaitre » et de « se retrouver » ; muni de precieux points de rep^re, on s'oriente sans trop de peine ; et Ton emploie ainsi utilementle temps qu'on aurait depense consciencieusement k « se perdre «. Je savais, en quittant le bateau, que Goteborg a, a peu pres, la forme d'un rectangle, dont I'un des grands cotes est dessin^ par la ligne du port (Fig. 3i), et I'autre, par les belles promenades et le bois, au-dela des anciens fosses de la ville; que ses monuments int^ressants sont presque tous reunis dans la zone d^limitee par la gare et le quai ; entin, que ses principales arteres, qui, paralleles k un grand canal central, se coupent, a angle droit, comma a Torino et a Bari, rendeni les recherches d'autant plus faciles (Fig. 32).

En quittant I'Hoiel Eggers, je traverse d'abord, sur un beau pont, le Canal qui, de I'ouest k Test, divise la ville. Au bout du pont, se ddveloppent les fagades brillantes des deux autres premiers hotels de Goteborg, I'Hotel Haglund et I'Hotel Gota Kallare. Au dela, commence la rue la plus aristocratique de la ville, avec ses vastes et elegantes constructions, dont les humbles materiaux en brique disparaissent sous le gracieux revetement d'une architecture coquette, et parfois grandiose. Un cote' de la rue est form6 par le « Brunnspark », ce qui ne contribue pas peu k lui imprimer un cachet pittoresque. De nouveau, sur un pont, a I'extremite' du Pare, je franchis le « Stora Hamn Kanal », et je debouche sur la plus curieuse des Places de Goteborg, la Place Gustave-Adolphe.

Goteborg doit tout au he'ros suedois. Si de riches negociants hollandais tirent creuser ses premiers canaux, c'est lui qui lui donna sa charte municipale, et qui assura I'avenir de la cite. Aussi, lui a-t-on ^lev6 une magnifique statue en bronze, au milieu de cette Place sym^trique, dont trois des c6t6s sont flanques de monuments. Gustave-Adolphe,

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drape dans un costume du temps de Louis XIII, est represent^ debout, sur un socle eleve que protegent, aux pieds, des chaines de fer, et qu'accostent, aux angles, quatre candelabres. La main gauche pose'e sur la garde de son epee,

il semble, du geste de la main droite, donner un ordre ; la tete est fiere, et bien posee ; et le bronze (i) fait honneur

(i) La meme statue se'voit, a Roma : 'c'est qu'en effet le bronze de Gustave-Adolphe, lorsqu'on le transportait, par mer, a Goteborg, fit naufrage. Les pirates, qui le retrouverent, ayant .exige un prix derai- '

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