‹ Au pays des fjordsChapitre 15 sur 47 · AR · texte numérisé non relu

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Les deux principaux monuments de la Place sont I'Hotelde-Ville, a I'buest, et la Bourse, au Nord : le premier a, quelque peu, Fair d'un theatre, et le second manque de caractfere architectural ; mais leurs longues lignes encadrent assez bien la statue, et concourent a maintenir a la Place son cachet de distinction.

Sous les grands arbres du Brunnspark, que je traverse, au retour, une foule de promeneurs hument I'air frais du soir, dans le voisinage de la Fontaine, qui ajoute a I'embellissement du lieu.

A quelques pas plus loin, Je remarque un immense batiment dont les briques, revetues d'un enduit jaunatre, sont couronnees par une frise de pierre, au centre de laquelle flotte le drapeau national. La date lySo indique I'epoque de sa construction. C'6tait alors, et ce fut pendant pr6s d'un siecle et demi, I'Hotel de la Gompagnie des Indes. Depuis 1895, I'edifice a 6t6 converti en Mus^e ; et nous y reviendrons. Je bornai la, en effet, ma promenade ; et,

sonnable de cette epave, on en commanda un second au sculpteur : 11 tut pose, cinq ans plus tard (1854); mais on maintint, sur le socle, ia date du i«' modele (1849), qui se trouve maintenant en Italic.

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rebroussant chemin, je vins achever ma soiree au Jardin de la Societe d"Horticulture, rendez-vous habitual de toute la societe ^le'gante de la villa. J'y trouvai beaucoup de nionde. Sur le sable fin des allees, entre les pelouses verdoyantas at les corbeilles de flaurs rares, on se promanait, par groupes, tandis que, autour du Pavilion brillamment illumind, s'attablaiant, aux consommations, des groupes plus nombreux encore, avides de ne rien perdre du concert, qui commen9ait. Je ramarquai, dans la foule, plusieurs officiers, a qui Ton faisait fete ; et I'impression qui me resta de cette soiree artistique fut, de tout point, excallente. II in'a samble, depuis, que la villa s'est un peu trop developpee, relativement au chiffre da sa population. Deux cent mille amas ne seraiant point a I'etroit, aujourd'hui, dans Goteborg, qui n'en compte guere que cant mille. Mais, si la ville est trop grande, alia est du moins tres belie: elle a, au meilleur sans du mot, una physionomie « moderne » ; et la societe, qu'on y coudoie, a una distinction supreme.

Ma premiere visile, le lendemain, fut pour le Musee. LacoUection d'Histoira naturelle, avec sa baleine-monstre et ses animaux scandinaves, m'interassa m^diocremant. Mais je pris un plaisir extreme h. voir les paysages norvegiens de Guda, de Moller, et de Tidemant, qui faisaient passer, sous mas yeux, comma una vision anticipea des fjords, et a contemplar, en particulier, les toiles de deux artistes contemporains, G. Caedestrom, et Nils Forsberg, qui vinrent se former a Paris, et qui, tons daux, se distinguent, dans leurs compositions, par la clart^, I'originalite,et la grace.

Le port m'attira, ensuite, Je I'avais entrevu, la vaille, au d^clin du jour; je me plus a le revoir, dans toute son activite', en pleine fievre des arrivages de bateaux, et des departs. Las relations transatlantiques de Goteborg sont

fort etendues ; et ses chantiers de construction, ses manufactures et ses usines occupent un nombre considdrable il'ouvriers : de la, dans la zone du port, une vie intense. II n'y a d'ailleurs, pour se donner, en raccourci, le spectacle de I'agitation de cette fourmiliere, qu'a gravir les escaliers qui conduisent, au-dessus du port, a I'Ecole de navigation. De cette hauteur, on doinine toute la rive, et

Ton y jouit, dans le calme, de la vue de la rade et du mouvement du quai d'arrive'e.

Mais, autant le mouvement des affaires se fait sentir, dans ce coin de la ville, autant il diminue et finit par s'apaiser, amesureque Ton gagne la zone oppose'e du grand pare et des promenades.

Comme je m'y acheminais, mon attention fut attiree, dans la Drotlindgatan, par un attroupement de curieux, qui stationnaient devant unemaison. Curieux moi-meme, je m'approchai pour en connaitre la cause; et j'eus la, sans la chercher, une occasion de prendre, sur le vif, une des « habitudes » locales. On pre'ludait, en effet, dans cette rue, a une c6re'monie de fundrailles. Devantla porte cochere du n" 27, stationnait un char mortuaire. A la suite, attendaient trois ou quatre coupds, fermds; et, pour terminer le cortege, un landau de'couvert, sur les coussins duquel gisaient, empil^s, des. monceaux de fleurs, de bouquets et de couronnes. La

Fig. 33. — Gustave 11 Adolphe.

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chaussee de la maison avait ete tapissee de feuillage. Sur le trottoir, allaient et venaient les automedons, qui devisaient entr'eux, en attendant les invitds de la cere'monie. Soudain, par la porta, debouche, envetements de deuil, una femme de chambre, qui, les mains charge'es d'un plateau, s'approche des cochers , et les regale, en public, d'une tranche de gateau et d'un verre de stout. Puis, arrivent les porteurs, qui deposent, sur le char,

Fig. 34. — La Wasagatan, a Goteberg.

ia biere d'ebene, qu'ils ont descendue. Le cercueil disparait sous un veritable parterre de fleurs, retenues par de larges rubans, blanc et noir, chamarres eux-memes d'inscriptions en lettres d'or. Derriere eux, a pas comptds, s'avancent les parents, et les amis du de'funt : les femmes prennent place dans les voitures ; les hommes, en frac eten cravate blanche, suivent, a pied, le corbillard. Et, lentement, le cortege s'e'branle, pour sc diriger vers le temple lutherien du voisinage, dont les cloches jetaient dans les airs leur glas fun^bre. Certes, cette mise en sc^ne n'e'tait point banale; et je m'applaudis, en un sens, d'en avoir eu le spectacle. Mais, instinctivement, je songeai

aux Ceremonies similaires, dans les pays catholiques; at il me sembla qu'un abime separe les unes des autres. Ici, malgre tous les soins qu'on prend pour la parer et I'embellir, la Mort a je ne sais quoi de de'sol^; [k,au contraire^ elle s'entoure de toutes les esperances, et s'illumine de toutes les radieuses clartes, de I'au-dela. Un convoi funebre oil il n'y a place ni pour un prStre, ni pour le signe divin de la Redemption, n'est qu'une lugubre parade ; et sa vue, si elle peut satisfaire, en passant, lacuriosite du touriste en quete d'observations ethnographiques, laisse, au fond de I'ame chretienne, une tristesse poignante...

Pour faire diversion au courant de mes pense'es, j'acce'l^rai le pas dans la direction du Pare du Roi, « Kungspark », et de la « Nya Allee », dont I'harmonieux developpement, sur une longueur de plusieurs kilometres, ferait honneur a plus d'une opulente capitale. Ici, la Nature est en liesse, et il n'est sorte de soins dont on ne I'entoure : c'est vraiment un pare Royal, et royalement tenu. Aussi, la population de Goteborg s'y porte-t-elle avec empressement : cavaliers et pietons y font, a I'envi, leur promenade (i). C'est dans cette zone, du reste, et a proximite de ce beau pare, que se sont ouverts tous les nouveaux quartiers : on y a perc6 je ne sais combien de rues larges et elegantes. L'une d'elles, la « Wasagatan » (Fig. 34), dont le nom est un hommage rendu au fondateur de la ville, donnera, par le croquis auquel je renvoie, quelque id^e de la magnificence de ces r^centes arteres. EUes n'ont rien a envieraux plus brillants quartiers du centre de I'anciepne

(i) II y a, dans un des ronds-points du Pare du Roi, presque en face du Theatre de Goteborg, un tres joli bronze du sculpteur suedois Molin : c'est son groupe celebre des « Lutteurs », ou du « Duel au couteau », que nous retrouverons a Stockholm. Deja, au Musee de la ville, j'avais remarque une composition exquise, en marbre, « Psyche », que le mdme artiste a faite, en collaboration, avec Fogel* berg.

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ville, a la « Nora et Store Hamgatorna » (Fig. 35), par exemple, qui est bien I'une des plus jolies de Goleborg.

Plus loin, au sud-ouest, on arrive, par des cheniins ombreux, peuplds de villas et de cottages, au chateau

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de Stottskog et a son vaste pare : ici encore, [la Nature triomphe (i). On s'oublie a errersous les pins, les chenes

i) Je ne puis me lasser d'admirer, a I'etranger, partout ou je le rencontre, — et je I'y rencontre presque partout — ce sens de la

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et les hStres ; on s'y attarde k ecouter le murmure musical des jets d'eau, qui lancent dans les airs leurs fusdes de cristal et les font retomber, en pluie vaporeuse, dans la vasque de marbre des bassins. Plus loin encore, au nord du Chateau, sur I'etiiinence appelee, tr6s graphiquement, Utsigtsplats, « Point de vue », on jouit du panorama de la ville, et du fleuve profond du Gota, qui re'pand la prosperite sur les deux rives du golfe, avant de confondre ses eaux avec celles du Kattegat. Le point de vue est ravissant, et Ton ne regrette pas la peine qu'on a prise pour se hisser au sommet de I'Utsigtsplats.

L'impression definitive qu'on emporte de Goteborg est done aussi bonne que possible. Cette premiere 6tape, aux Pays Scandinaves, predispose tres heureusement a admirer les autres merveilles locales. Le contact qu'on y a pris avec la race a donne d'elle I'ide'e la plus favorable ; et si Ton ne quitte jamais, sans quelque regret, une ville ou I'on a pass6 des heures charmantes, ici, du moins, on garde, pour calmer ce regret, I'espoir motive de retrouver ailleurs, la m8me bienveillante hospitalite, les memes ^gards, et les memes plaisirs.

Nature, ce respect qu'on a pour elle. On y semble penetre de cette pensee qu'un arbre ne pousse pas comme une maison, qu'il ne s'epanouit dans toute sa beaute qu'au prix de soins assidus, et que, si Ton le coupe, il faudra des annees avant de voir se combler le vide qu'il aura laisse. En France, au contraire, survienne une Exposition, une Fete pretendue populaire, etc., et, sans scrupule, on saccage un pare, ou I'on detruit un jardin. Barbaras que nous sommes !...

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