CHAPITRE II
LA REGION DES LACS
I E fleuve Gota, « Gota Elf », qui a, a son embouchure dans le Kattegat, les proportions imposantes d'un bras de mer, s'est peu-a-peu re'tre'ci pour former la baie dtroite sur iaquelle est assise la gracieuse ville de Goteborg. Au nord de la ville, il se resserre encore : mais il ne cesse point, pour cela, d'etre navigable. Pendant longtemps, la voie ferr^e qui conduit, d'une part, a Kristiania; de I'autre, 'a Stockholm, en longe les rives; et Ton ne se lasse point d'y suivre, du regard, le transit anime des bateaux qui en remontent, ou en redescendent, le cours.
En quittant Goteborg, j'^prouvai, a la gare, une impression identique a celle que Je ressentis, souvent, dans les gates de la Russie : I'edifice est grand, et pourtant il manque d'ampleur ; il y a penuries de voies, comme pauvrete de materiel ; en un mot, tout cela semble un peu primitif. II est vrai que Ton compte si peu de voyageurs ! Dans le long vagon a couloir qui sert pour la i« et la 2^ classes, nous sommes deux, en « premiere » ; encore, ne suis-je pas bien star que men compagnon de route ne soit un Inspecteur de la ligne. Avec cela, bien que confortables,
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les compartiments sont loin d'avoir I'eldgante coquetterie de ceux du reseau danois. Mais, il y a un bon c6t^, en toutes choses ; et, le bon cote, ici, c'est la chance qu'on a de voyager, presque toujours seul. Quand, en France, en Suisse, et en Italic, on a du fournir de longues etapes dans des compartiments « complets »; quand, en parti- CLilier, on a eu a subir I'encombrantvoisinage des Anglais et... des Anglaises, qui n'ont jamais moins d'une demidouzaine de colis par personne, et qui, volontiers, feraient leur toilette et leur cuisine en vagon, Ton apprecie infiniment les douceurs de la solitude. Je m'estimai done heureux de mon isolement ; et, joyeux, je pris, dans le compartiment, mon coin d'observation.
La campagne, au-dela de Goteborg, interessante en elle-meme, le devient plus encore, par comparaison. Ce n'est plus, sans doute, le jardin enchanteur que I'on trouve aux environs de Kjobenhavn. Mais cela est encore assez bien cultive. D'autre part, aux magnifiques routes, qui m'avaient frappe, en Danemark, succ^dent, maintenant, de simples chemins, ouverts grossierement sur le sol, sans arbres ni bordure, tels qu'on en voit, chez nous, aux flancs des coUines perdues, loin des villes : mais ce sont encore des chemins ; tandis que, en Russie, vous faites des lieues dans le steppe, sans meme en trouver trace. Au surplus, la zone a son pittoresque : ici, blotties dans la verdure, vous voyez des maisonnettes dont les murs, couleur de carmin, font palir la lache rouge des tuiles ; la, ce sont de petits bergers, qui disparaissent a demi dans les bottes gigantesques, dont ils se servent pour se d^fendre centre I'humidite du sol marecageux ; plus loin, entre des rigoles pratiqu6es de distance en distance, ce sont des plantations de bois, destinees k combler lesvides que fait, chaque annee, la coupe re'gl6e des grandes forSts. Au-delk du fleuve, a I'ouest, le sol, d'abord en plaine, a ondule' et
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s'est insensiblement transforme en names collines, couronnees q'a. et la de verdoyantes touffes d'arbres. La curiositd et I'interet sont done sufRsamment tenus en e'veil ; et les soixante-douze kilometres, qui s^parent Goteborg de Trollhattan, se franchissent sans ennui, comme sans lassitude.
Les cel^bres « chutes d'eau » de Trollhattan ont rendu fameux, dans le monde entier, le nom de la petite ville
Fig. 36. — Trollhattan, a vol d'oiseau.
suedoise (Fig. 36). Bien qu'habitee, en tres grandepartie, par la population ouvriere qui travaille dans ses fabriques, elle n'a pas I'aspect maussade qui distingue, en ge'neral, les localites presque exclusivement manufacturi^res : c'est une « ch€ ouvriere », si Ton veut, mais une ch6 ouvriere « endimanch^e » . On n'a d'ailleurs qu'a la traverser ; car tout le charme de Trollhattan est a demi-heure de la gare, aux Wattenfallen, c'est-i-dire aux « chutes ». Comme 11 y en a une demi-douzaine, et qu'elles ont toutes, entr'elles, un air tres prononce'de famille, je ne m'attarderai point a les We'crire isolement. Quant on a vu la chute du Rhin, a
'V* '/l^l Ly^
Dachsen, on peut, sans doute, admirer les Wattenfallen de Trollhattan ; mais on n'eprouve aucune surprise. C'est indiscutablement beau ; c'est meme captivant : mais cela n' « empoigne » pas, au meme degre que la merveilleuse cascade du fleuve allemand. Pour que le spectacle fut franchement grandiose, il faudrait que toutes ces « chutes», qui s'eparpillent, fussent reunies en une seule, et que, au lieu de tomber, ici, de sept metres, la, detreize metres, de hauteur, elles tombassent de toute leur hauteur totale : la cascade, outre qu'elle prendrait alors un volume trfes considerable, aurait une 6l6vation de plus de trente metres ; et le coup d'ceil serait vraiment fe^rique.
C'est justice toutefois de reconnaitre quel'excursionaux « chutes » est extremement agr^able. Gette promenade aux petites lies, qui surgissent, comme par enchantement, au milieu du fleuve Gota; ce perpetuel enjambement, d'un ilot a I'autre, tantot sur un pont ferme', tantot sur une passerelle branlante, qui semble prete a ceder sous les pieds du touriste et a I'engoufFrer dans I'abime ; la vue des lies elles-memes, qui ont, chacune, sa physionomie distincte; le voisinage des scieries, qui utilisent la force motrice, tout s'unitpourimprimer a la visite une piquante originalite'. Et puis, toute comparaison mise a part, il y a, ici, a prendre les « chutes » telles qu'elles se presentent, une note pittoresque qui n'ajoute pas peu a I'intdret de I'excursion. Soil que Ton contemple, en effet, a Trollhattan, le cours accidente du Gota Elf (Fig. 37); soit que, de la plate-forme de Pile de Toppo, Ton s'arrete a regarder la chute qui divise en deux I'ilot lui-meme (Fig. 38); soit qu'on se campe sur le hardi Pont de fer jet6, depuis une vingtaine d'annees, de Tune k I'autre rive du fleuve (Fig. Sg), il est impossible de ne pas 6tre impressionne' par cette vaste nappe d'eau 6cumante, et de ne pas s'incliner devant la toute-puissante main de I'Auteur de
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ce spectacle. Si peu qu'il pense, jamais I'homme, ce (( roseau pensant », ne se sent plus « roseau » qu'en face des magnificences de la nature ; mais il lui servirait peu de « penser » s'il n'employait precise'ment I'intelligence qui lui a ete departie a faire monter jusqu'a Dieu, de qui il tient tout, I'hymne de sa reconnaissance.
L'industrie locale a mis a profit toutes ces « forces » : elle les exploite sur large echelle ; et l'industrie du bois,
Fig. 37. — Le Gota Elf et les chutes.
a Trollhattan, assure, par le magnifique d^veloppement qu'elle a pris, la prospe'rite de la ville. Mais si les « chutes » sont interessantes, sous le rapport ^conomique comme au point de vue pittoresque, on devine assez quelle perturbation elles jettent, dans la navigation du fleuve. La « passe » est en effet plus que dangereuse : elle est, pour les bateaux, materiellement impossible. Aussi, s'est-on inge'nie h y porter remede. Polhen, au siecle dernier, pratiqua dans les rochers trois troue'es, ou,a I'aided'ecluses, il rejoignait progressivement le niveau du fleuve. Puis, comme la digue qui prote'geait les ecluses
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.s de 1755,0
jmtnen^a,
avait creve, aux envu
h construire, pour eviter les cascades, un canal dont les ecluses, mieux protegees, faciliterent un peu plus la libre navigation. Et, il y a un demi-si&cle, I'inge'nieur N.Ericson, reprenant a son tour I'idee de ses devanciers, ouvrit enfin les e'cluses perfectionnn^es qui, aujourd'hui encore, mettent en communication constante le cours supdrieur du fleuve et son cours inferieur, et permettent k environ trois mille bateaux ou naviresd'y circuler, sans encombre, chaque ann^e. Ce sont 1^ des travaux de grants, dont I'humanite peut etre fifere. Sans doute, en regard de I'oeuvre voisine de Dieu, I'entreprise desingdnieurs tient une bien petite place; mais c'est une place, tout de meme ; et Ton prend plaisir a voir le gdnie de I'homme s'appliquer a tourner aussihabilement les difficultes qu'il ne lui appartient pas de pouvoir vaincre.
Au depart de Trollhattan, je revois une derni^re fois les Wattenfallen, du haut du viaduc de la voie ferre'e qui traverse le fleuve Gota. Puis, en quelques tours de roues, j'arrive a Wenersborg &x 3,U7.riwts dulacWener. Le chemin quejesuis n'est pas, j'en conviens, sans analogie avec ce que.l'onappelle le « chemin de I'dcole ». J'avais, pour me rendre de Goieborg a Stockholm, une route plus directe, ou circulent, pour cette raison, quelques express: c'etait la voie qui s'imposait, si j'eusse 6t6 talonnd par le temps. Mais, outre qu'on ne voyage pas pour courir, j'aurais du, en la choisissant, sacrifier, dans mon itineraire, la vue du lac Wener et celle des « chutes » de Trollhattan. Jeprdferai marcher d'une allure moins rapide, et ne rien perdre des pittoresques curiosite's de la region. Toute cette zone centrale du midi de la Su^de a 616, on le sail, dote'e par la Providence d'une s^rie de lacs merveilleux : c'est ddja, dans I'intdrieur des terres, comme une magistrale e'bauche des innombrables dentelures qui, plus au
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nord, decoupent le rivage a la scie, et en (ont rincomparable « P^ys des Fjords ». Le] lac Wener, qu'on trouve d'abord, et dont le fleuve Gota est presque la seule d^charge, est le plus grand des quatre lacs du centre de cette partie dela Sufede. Gonstamment alimente par les cours d'eau de la zone voisine, il a moins I'aspect d'un lac que celui d'une mer interieure. La nature, sans doute, ne s'y estpas ' fflise en frais de coquetterie, comme dans la haute Italie, par exeniple, aux lacs Majeur, de Gomo.'ou deOarda; et s'il fallait chercher ici quelque rapprochement de ressemblance, ce serait
plutot en 6voquant le
souvenir des paysages
alpestres du lac des
Quatre - Gantons ,
qu'on aurait quelque
chance de le trouver.
Mais, pour etre moins
riante, la beaute qui
lui est propre ne laisse
pas de sdduire. Quand,
en bateauavapeur, on
va de Wenersborg a
Lidkoping et a Marie-
stad, on ne pent se defendre de songer au Pilate, au rocher
de Guillaume Tell, et au chemin creux de Ktissnacht.
Al'arriere, se dressent les cimes du Halleberget du Hun-
neberg; a I'avant, emerge, avec ses cotes e'chancrdes, Tile
de Kollandso, que domine le chateau fort de Lecko ; a
droite, la baie profonde oil est assise la vieille ville de Lidkoping ; plus loin enfin, a mesure que le vapeur se
Fig. 38. — La chute du Toppo, a TroUh'dttan.
rapproche de Mariestad, la pittoresque chaine de montagnes de Kinnekulle, et Tile de Thorso.
C'est au nord de cette ile, a Sjotorp, que s'ouvre le canal de Gothic qui, en reliant le lac Wenerau lac Wetter, met en communication directeles deux mers dont les flots baignent respectivement les deux cotes sue'doises, a I'est et a I'ouest : du lac Wetter, en effet, a la Baltique, la navigation est ininterrompue, par la ligne dite de Vestrogothie. Mais cette voie de communication n'est point la seule : on peut encore aller directement, sinon rapidement, en bateau a vapeur, de Goteborg a Stockholm, par les ^closes de Trollhattan, la ligne d'Ostrogothie, et le lac Malar ; la traverse'e est meme plus interessante : toute la question est d'avoir devant soi beaucoup de temps a de'penser, car il ne faut pas moins de soixante a soixante-dix heures pour franchir la distance.
Fame d'avoir de si heureux loisirs, jequitte le bateau a Mariestad, pour rejoindre, par un raccordement de lignes etun train-patache, I'express de Goteborg a Stockholm, a la station de Moholm. Ici encore, il y a des lacs, mais microscopiques de dimensions. Un moment, la voie ferr^e se glisse entre deux d'entreeux, comme pour affirmer son droit de passage. Puis, la grande artere, que je retrouve a Moholm, contourne a distance les rives du lac Wetter. Moins vaste que le lac Wener, mais plus gracieux, il rappelle, par sa forme allonge'e et son aspect, le lac de Zurich. Ses eaux,d'unelimpidite de cristal, inspireraient une confianceaveugle, sil'on ne savait qu'aucun lac de Suede n'est peut-etre aussi fertile en tempetes : brusquement, il passe du calme absolu a une violence incroyable ; des vagues furieuses le bouleversent alors dans tous les sens; et son histoire est tristement encombree de sinistres : teJ, Chez nous, le petit lac du Bourget, qui, lui aussi, passe, en un clin d'oeil, du calme plat a la fureur.
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Apres le lac Wetter, et jusqu'au lac Malar, qu on trouve aux approches de Stockholm, c'est une veritable « procession » de lacs, les uns, aux vastes proportions, comme le Hjelmaren;les autres, de grandeur restreinte; tous apportant leur appoint de pittoresque au paysage de la region. Le trajet e'tant fort long, meme en express, on a toutes les facilite's desirables pour observer le pays en detail. Or, dans cette zone, comme dans la zone plus septentrionale de la voie ferree qui relie la capitale de la Su^de a celle de ]a Norvege, la physionomie du sol est sensiblement la meme, et, de'crire I'une, ce sera de'crire I'autre. Trois choses dominent, qui, tour a tour, varient le spectacle : I'eau, les prairies, et les forets.
En plus des lacs innombrables, dont le cristal miroite dans la plaine, il y a, ici, une quantite prodigieuse de rivieres, de torrents, de cours d'eau de toute sorte, et de chutes, dont la presence explique la profusion des s'cieries qu'on rencontre, a chaque pas. Nulle part, en Europe, I'industrie du bois n'est en honneur autant qu'en Su^de et qu'en-Norvege : bois d'^clairage, bois de chauffage, lames de parquets, poutrelles de constructions, etc., il n'y a pas une « sp^cialite » qui n'ait, par centaines, ses manufactures. Puis, comme, a c6te des grands canaux de navigation, qui relient les deux mers, on amultiplie les communications entre les petits lacs et les rivieres, toutes ces cargaisons, une fois pretes, s'expe'dient, par voie d'eau, aux conditions de transport les plus favorables.
Les prairies, les vergers, et les terres de culture, quoique plus rares qu'en Danemark, jettent, d'autre part, assez souvent, leur note gaie et animee sur la melop6e se'v6re que chantent les grands arbres des immenses forets, LJi, pour marquer les limites des champs, suffit une simple clairiere de planches. Les maisons aussi sont en planches; mais, si rouges, sous leur couche de carmin, qu'elles se
de'tachent, agreablement en relief, dans la verdure des sapins ou des pr^s. Les routes, quand 11 y en a, sont des routes de montagne, pierreuses, bosselees, allant droit devant elles, sans le moindre soucf des courbes ni des d^clivite's du sol. II y passe si peu de monde ! C'est qu'en effet, tout cela est presque desert. Les Etats Scandinaves, vingt fois trop vastes pour la population du royaume, donnent, presque constamment, I'impression de la solitude. On y fait des kilometres, sans rencontrer « corps d'ame ». Et c'est ce qui explique pourquoi les campagnes sont, genSralement, si peu cultivees, ou si mal : un maigre lopin de terre suffit a nourrir les quelques indigenes attaches a la glebe ; comment se meitraient-ils en frais de defrichement, pour se menager un superflu dont ils n'eprouvent pas le besoin, ou encore pour entasser, dans leurs greniers, des recoltes dont I'exportation ou la vente
leur est mat^riellement impossible? lis n'exploitent
done, du sol, que juste ce qu'il faut pour ne point mourir de faim : le reste, laisse en friche, ne tarde pas a se couvrir de genets et de bruy^res. On peut assure'ment regretter de voir, ainsi inutilisees, tant de forces vives ; mais, au point de vue du pittoresque, il est permis de ne point trop s'en affliger. Ces coins de prairies et de terres sauvages qui alternent, dans le kaleidoscope du paysage, avec les forets et les lacs, ont une saveur touteparticuliere : ils menagent a I'oeil comme une evocation des sites les plus vantes de la Styrie et du Tyrol ; et, n'^taient les inscriptions en su^dois qui, aux parois du vagon et au portique des gares, rappellent au touriste qu'il se trouve en Pays Scandinave, il serait tente', bien des fois, de se croire sur la route qui m^ne de Partenkirche a Innsbruck, ou sur celle qui conduit de Gratz a Marburg.
II y a enfin les belles, les interminables forSts, qui couvrent, de leur verte ramure, pr6s d'un tiers du sol : toutes
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is-
les nuances du vert y ddfilent, avec leurs degradations successives et leurs tonalite's diverses : c'est ]a grande symphonie du vert. Tantot les arbres s'accrochent aux pentes des ravins et aux anfractuosites des rochers ; tantot, ilssehissent au sommet des montagnes, ou simplement aux ondulations des collines qui dominant les lacs, dans les eaux limpides desquels ils se mirent ; tantot, dans la plaine, ils profilent leurs pointes, comma les baionnettes
Fig. 39. — Le pont de fer sur les chutes.
(I'une arm^e rangee an bataille. La cognda du bucheron a, la devant elle, un royaume immense et d'inepuisablas ressources. C'est da cas profondeurs sylvestres que descendent, aux bords des lacs et des rivieres, les geants, hetres, chenes, sapins, etc., qui y alimentent I'activite' des scieries : I'industrie locale trouve ainsi, a la ponee de la main, la matifere premiere ; la fortune publiqua s'accroit d'autant, et, avec elle, le bien-etra des populations laborieuses.
On comprend, aprfes cela, le charme particulier qu'offre une exploration a travers un pays si curieux, et, pour ainsi dire si « personnel ». Le soir, au clair de lune, il est
absolument fe'erique : dans les oppositions d'ombre et de lumiere, I'imagination le peuple de mille fantomes. Et, le matin, aux premiers feux du jour, alors que la campagne s'dveille et que se dissipent, sous les rayons ardents du soleil du nord, les flocons de nuages arrete's aux branches des arbres, il est peut-etre encore plus inte'ressant a voir: c'est proprement un gracieux re'veil de la nature, ou tout, autour d'elle, se met en frais de coquetterie pour la parer. On s'en grave la double vision au meilleur coin du souvenir; et Ton aime, ajjr^s le retour, a en faire revivre souvent I'impression, par un le'ger effort de la m^moire. L'express de Stockolm, qui avait, durant la nuit, diminue le nombre des haltes, ne nous fit guere plus grace d'une station, une heure ou deux avant d'arriver dans la capitale. G'e'tait d'ailleurs toujours le desert : a peine quelques maisons, dans le voisinage des gares, et, 9a et la, quelques villas de plaisance dans une eclaircie de la foret. Je vols encore d'ici arriver, ventre a terre, les quatre chevaux du landau d'un chatelain du voisinage, comme nous approchlons de je ne me souviens plus quelle station : tandis que le cocher fouettait ses chevaux, des mouchoirs s'agitaient convulsivemetit, dans la voiture, comme pour dire au chef de train : « Attendez-nous I » Et Ton attendit en effet, la caravane...
On oublie facilement la fatigue mat^rielle de la route,
quand on en entrevoit le terme. En Su^de, grace a un in-
genieux systfeme de points de repere, il est ais6 de se rendre
compte fidfelement de la distance qu'on a encore a fournir :
les poteaux tel^graphiques sont espac^s, de cinquante
metres en cinquante metres, et tons les vingti^mes poteaux
portent, sur un cartouche, le N" kilome'trique ; on peut
done, de sa place, se livrer a un calcul suivi, et moins
trompeur que ne le serait celui des heures, sur une montre,
en raison du retard possible de I'arrivee reglementaire du
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train. Nous arrivames cependant a I'heure exacte Entre deux talus-, au sortir des forgts, I'express penetra dans les faubourgs de la capitale : il lestraversa, d'une allure degagee; puis, comme un tourbillon, il passa sur le grand vladuc qui relie la ville ancienne a la ville moderne • et tout poussiereux, 11 stoppa sous le hall de la gare centrale de Stockholm.
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