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UNE CAPITALE DANS UN LAC

ANS une baie profonde de la mer, et a I'embouchure d'un lac, placez, par I'imagination, quelques lies, aux formes fantastiques ; sur les collines des rives du lac, ouvrez vin nombre infini d'arxhres rectilignes, et menagez I'espace n^cessaire pour de vastes places et d'immenses jardins; avec des ponts, ou des jetees, soudez les iles a la terra fernie du continent ; localisez enfin, dans cet ample perimetre, deux cent vingt a deux cent trente mille habitants, et vous aurez Stockholm. Pose'e sur des iles, des lacs et des collines, d'oii elle reflate k perpe'tuite' les aspects mobiles du jour ou les brillantes illuminations de la nuit, la capitale de la Su^de est bien I'une des plus jolies et des plus originales villes qu'il y ait en Europe. Si Kjobenhavn a, sur elle, I'avantage d'une population superieure en nombre et du relief deses nouveaux quartiers, Stockholm I'emporte infiniment par sa position pittoresque et par lecharme de ses contacts avec le lac Malar, voisinage que celui de la mer elle-meme ne remplace pas. Avec cela, le piquant contraste d'une zone qui, entre des quartiers essentiellement modernes, a conserve, presque intact, son cachet archaique de vieille

cite ; I'opposition qui resulte de cette juxtaposition des moeurs anciennes et des tendances contemporaines; at, pour tout dire, la fusion de deux civilisations, s'eclairant I'une I'autre, et se faisant mutuellement valoir.

C'est dans la grande ile de Staden, placee, entre les deux rives du lac Malar, a son embouchure, et dans les deux petites lies de Riddarholmen et de Helgeandsholmen, qui I'accostent respectivement a I'ouest et au nord, que se place, au moyen age, le berceau de Stockholm. Reliees ensemble par des ponts, ces'trois iles forment le quartier central qu'on englobe aujourd'hui sousl'appellation generique de Staden, ou « vieille ville ». La, vers le milieu du xni* siecle, le due Birger de BJelbo eleva des fortifications qui, pendant longtemps, firent, de ce lieu, I'Acropole'du pays. Ce ne fut que peu-a-peu que se construisirent, & droite et a gauche, sur le littoral, les faubourgs, devenus, depuis, plus etendus et plus importants que la place forte elle-meme. Detruits, mainies fois, par des guerres furieuses, ou ravages par de terribles incendies, ils furerjt, chaque fois, releve's avec plus d'ampleur et de magnificence. Aussi, tandis que la vieille ville, figee, en quelque sorte, dans son immobilite, conservait, en partie, son caractere, la ville nouvelle ne cessait de se transformer et de s'embellir : elle pent, actuellement, soutenir la comparaison avec n'importe quelle capitale moderne.

De la chambre que j'occupe, sur la fagade du Grand H6tel, je jouis d'un point de vue ravissant. A mes pieds, sur les eaux du lac, le va-et-vient continueldes chaloupes qui se croisent dans tons les sens. En face, a I'extremit^ nord-est de la petite ile de Helgeandsholmen, le jardin d'Armide, si populaire, a Stockholm, sous le nom de « Stromparterren ». A gauche, a Tangle de la Staden, la masse imposante du Palais Royal, aux pieds duquel s'enroule, en s'arrondissant, la longue ceinture d'un quai de

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