UNE CAPITALE DANS UN LAC
granit; plus loin, au-dela du pont des ecluses, le vaste ddveloppement des faubourgs du sud ; plus a gauche encore, et deja dans le lointain, la couronne des grands arbrfis du « Djiirgarden ». A droite, a I'extremite du pont du nord, la statue ^questre 'de Gustave Adolphe, sur la place de meme nom, avec une couronne de palais. Plus pres encore, sur le quai en retour, I'entree du magnifique Jardin du Roi. Bref, tous les ele'ments d'une i66ne, oil, avec les jeux de lumiere, le spectacle se diversifie d'in--
Fig. 40. — Le pont du chemin de fer, a I'arrivee, a Stockholm.
stant en instant. On trouve, a le contempler, un si vif plaisir que, n'e'tait la tr^s legitime curiosite de voir de pris ces merveilles, on resterait inddfiniment plante a son poste d'observation. Du moins, de cette vision pittoresque et grandiose, garde-t-on un souvenir ineffagable, etexquis. Ma premiere exploration fut, naturellement, pour les quartiers du centre et se borna, a peu pres, a la zone dont i'avais, de ma fenStre, entrevu deja etadmir^ le panorama. Ve'hiculd, de la gare centrale au Grand H6tel, dans un omnibus, a la descente du train, je n'avais eu, d'abord, qu'une assez vague id6e de la splendeur du site. Mainte-
nant, au contraire, j'en avais la perception claire at concrete; et je me rejouissais a la pensee de le contempler bientot sous tous ses aspects.
Franchissant done, d'un pas alerte, la distance, peu considerable d'ailleurs, qui me separait de la gare, je voulus, pour commencer mon exploration, revoir I'immense viaduc que j'avais, quelques instants auparavant, fravers6, dans I'express. C'est a ce moment en effet que m'e'tait « apparu » reellement Stockholm ; el, pour rapide et fugitive qu'elle ait dt6, I'impression premiere avait ete si vive et si d^licieuse, que Je tenais a la fixer. De'ja, lorsque le train avait frole les maisons des faubourgs, un detail m'avait frappe : c'est, a savoir, I'air d'aisance de ces habitations ouvri^res, le sens qu'on parait y avoir de la tenue, le goilt qu'on y montre pour la correction et, ca et la meme, pour Te'r^gance. Dans la banlieue des grandes villes, la surtout ou se trouvent des usines et des fabriques, le contact incessant des etablissements manufacturiers de'teint sur I'agglom^ration du voisinage : la population pent y etre, sans doute, laborieuse et honnete ; mais elle n'affichepas,ge'n6ralement, une tendance outrde pour des habitudes raffindes. Sans aller chercher, la dessus, des exemples jusqu'en Italie,ou Ton encueillerait detypiques, traversez simplement, chez nous, les faubourgs de n'importe quelle cite' industrielle ; et, neuf fois sur dix,vous aurez a constater qu'on y vit d'assez miserable fa^on, et qu'on ne semble y e'prouver pas plus le besoin de I'hygi^ne que le goilt de la culture. A Stockholm, au contraire, en pleine banlieue, vous n'apercevez pas une maison ouvriere dont les fenetres de chaque 6tage, de I'entresol aux mansardes, ne soient ddcorees d'une paire de bald'aquins ; la, audessus d'un jardinet de fleurs, retenues par la balustrade, s'encadrent, dans la bale entr'ouverte, des tetes e'veilldes ^t proprettes, qui n'ont aucune ressemblance avec les tgtes