‹ Au pays des fjordsChapitre 19 sur 47 · TJNE CAPITALE DANS UN LAC · texte numérisé non relu

TJNE CAPITALE DANS UN LAC

hirsutes ou negrillonnes que Ton rencontre, si souvent, aiUeurs ; et, sur la pas de la porta, si quelques enfants s'amusent, ils na se livrent pas, du moins, en haillons ou a demi-nus, a leurs ^bats. En un mot, le sens da I'e'ducationperce, a Stockholm, jusqu'au fond des faubourgs ; et la consiatation qu'on en fait, a I'arrivee, ne laisse pas d'etre tr^s agreable. Mais le plaisir qu'on y a trouve s'accroit encore quand, des faubourgs du sud, on passe, en enjambant le lac Malar, dans les quartiers du nord. Cette course a la vapeur, sur le grand viaduc (Fig. 40) qui,

Fig. 41.-1-3 place Gustave-Adolphe, le Norrbro, et le Palais-Royal.

d'une rive a I'autre, traverse le lac, dure deux minutes a peine; et ces deux minutes suffisent capendant pour menager a I'oeii la griserie d'un spectacle d'autant plus charmant qu'il est plus impre'vu. II y a un quart d'heura, an effet vous 6tiez encore en foret, ou dans la campagne ; et maintenant, presque sans transition, vous voila jet6 au centre mSme d'une civilisation elegante et recherchee. A droite et a gauche, an haut et en bas, sur les quais at sur les places, c'est la vie de la belle capitale, qui circula a plains bords : ce sont les barques coquettes qui tracent

leur fugitif sillage dans les eaux bleues, et les elegants attelages qui trottent sur la chausse'e; c'est la foule bigarree, mais pimpante, qui s'achemine a sa besogne, ou qui court a ses distractions et a ses plaisirs ; c'est enfin le curieux assemblage d'oisifs, de promeneurs, ou de gens affaires, qui, dans unva-et-vient perp^tuel, offre k Tobservateur attentif un genre de spectacle comparable a celui de certaines vues du cine'matographe. Ce spectacle, qui m'avait charme', je le revis k nouveau, mais plus lentement, cette fois, et a loisir, en longeant, sur le bord re'serve aux pietons, une partie de I'immense viaduc du chemin de fer : je pris alors rdellement contact avec la population ; et, puisque j'ai parle' « photographie » en falsant allusion au cinSmatographe, j'ajouterai que, au lieu de r « instantan^e » de tout a I'heure, je fis, a ce moment, une epreuve « posde », et definitive.

Gependant quelques gouttes de pluie me for9aient bientot a rebrousser chemin, pour chercher provisoirement un abri, sinon a renoncer a ma promenade. Je n'avais, en eflfet, pour me proteger contre cette « lavasse », que ma canne; et c'etait, on le voit.une defense un peu sommaire. Je remarquai toutefois que la plupart des « passants », log^s a la meme enseigne, cheminaient, comme moi, sans parapluie. C'est que, en Su^de, si les averses sont assez fr6quentes,ellessont du moins presque toujours b^nignes: cela dure a peine quelques minutes ; un simple « coup d'arrosoir » ae'rien; et, presque aussitot, avec le soleil, le beau temps reparait. Heureux pays, en ve'rit6, que cjlui oil les cataractes du ciel sont si bien re'gle'es, et si indulgentes aux pauvres mortels !

■ Comme un superbe arc-en-ciel 6tendait, d'une rive k I'autre du lac, la demi-circonf^rence de ses cercles concentriques aux chatoyantes couleurs, je quittai I'encoignure ou je m'etais blotti, et laissant, a gauche, le jardinet

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de la gare centrale, je revins, par le quai, a la a Place Gustave-Adolphe » (Fig. 41), c'est-a-dire, au coeur meme de Stockholm. La, on peut I'assurer sans etre taxe d'hyperbole, « tout Stockholm » passe, comma, aux rives du Bosphore, « tout Constantinople », au Grand-Pont. Au centre, dans I'axe du Pont du nord, « Norrbro », et du Palais Royal (Fig. 41), [qu'elle regarde, s'elfeve la Statue equestre du [ hdros de Lutzen, bronze magnifique qui date exactement d'un siecle,; accostee de candelabres luxueux, elle repose sur un socle dle'gant, dont quatre mddaillons historiques rappellent le souvenir desg^neraux su^dois qui s'illustr^rent dans la Guerre de Trente-Ans, notamment Tortenson et Wrangel. A gauche, je remarque, au fronton d'un bel Edifice, dont un planton garde I'entr^e, ces trois mots d'inscription :

SOPHIA ALBERTINA ^DIFICAVIT

c'estle c( Palais du Prince he'ritier » (i), construit, dansjle dernier quart du xvme sibcle, par la Reine Sophie Albertine, epouse de I'infortune Gustave ill, qui tombait, a quelques pas de la, en 1792, sous ,Ie poignard fd'Ankarstrom. A droite, le Grand The'atre, oil fut commis I'horrible regicide ; actuellement (1896), tout le monument est cache aux regards par les e'chafaudages et palissades des entre-

(i) La Providence semble parfois se complaire a dejouer les desseins des rois de ce monde. Le Palais du Prince heritier n'etait pas encore totalement construit, que la mort du Roi Gustave ill, pere du Prince, laissait a ce dernier la lourde charge du royaume. Sous la tutelle de son oncle, mais surtout agres sa majorite, le jeune Roi Gustave IV vit I'dtranger s'emparer de plusieurs provinces, ses o£Sciers ourdir centre lui una conspiration, et, en fin de compte, ses propres sujets le deposer et ouvrir devant lui la route de I'exil. Lorsqu'il mourut, en iSSyi k Saint-Gall, I'ex-Prince heritier, le Roi dtoflne, n'avait, en fait, jamais occupe le Palais que la Reine sa mSre avait fait bStir a son intention !

preneurs;.' De la Place partent les principales arteres qui, en se ramifiant elles-memes, conduisent aux quartiers du nord,lesquels repre'sentent, au total, une bonne moiti^ de la ville. On voit done d'ici I'extreme animation de cette Place ; et I'on s'en fait une idee plus juste encore, et plus complete, si Ton tient compte de ce detail qu'elle estle point de soudure qui, par le Pont du nord.rattache, le plus dlrectement, la zone septentrionale de Stockholm a la Staden et aux quartiers du sud.

Un Pont monumental, ce Norrbro ! Et dans le site le plus piitoresque qui se puisse rever. Appuye, d'une part, a la Place Gustave-Adolphe, et, de I'autre, k\a Staden, au has des rampes qui conduisent au Palais Royal, il escalade, a deux reprises, un bras du lac Malar, et appuie le plus grand nombre de ses arches sur les rochers de la petite lie Helgeandsholmen, oil il limite un des cotes des « Stromparterren » (Fig. 41 et 43). A gauche, son massif parapet de granit s'entaille, par deux fois, pour me'nager I'accSs des larges escaliers qui conduisent a ce « parterre » justement vant^. La, en effet, a I'extr^mite de I'ile, qui s'arrondit, en eventail, dans le lac, la nature et I'art se sont donn6 la main pour dessiner un jardin enchanteur. Tout autour, une alle'e circulaire, tracee par des arbres vigoureux; au centre, d'autres allies, tapiss6es, comme la premiere, d'un sable fin, et, comme elle, entour^es de verdure; un peu partout, des bancs, pour se livrer au repos, ou de petites tables, pour prendre une consommation", enfin, presque adosse au parapet du lac, au centre, a I'endroit oil viennent stopper les bateaux a vapeur, un elegant kiosque, vitr6 du c6t6 du lac, et reserve aux artistes qui y donneiit des concerts. Pendant la journee, les Stromparterren sont une oasis, oil Ton aime a venir gofltpr la fraicheur, et jouir de la vue des eaux limpides et du panorama des rives prochaines. Mais, de sept a onze

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heures du soir, quand s'y fait entendre, soit un orchestra d'e'lite, soit quelque excellente musique d'harmonie ; j'ajoute, quand surtout la chute du jour, entre neuf at dix heures, permet d'y e'clairer les lampions de couleur qui fourmillent, comme des vers ]uisants,dans les arbustes, etles rampes de gaz qui s'enroulent a la gracieuse facade du kiosque, le coup d'oeil de-

vient absolument fe'erique. Mille STHC

feux s'allument, alors, dans les g^^^j. Konsert Hots du lac : a la griserie de la at

,u„,i.re se joint celle d'une n,u- ^^^^Z^^T^^M. sique enivrante ; on demeure (42 man i uniform)

ki 1 • imdpr anlorande af

. charme;onvoudraitpro- «,,„„„ i„„,„„ «,pi„<,.

longer encore ces heures d^H-

cieuses ; et Ion ne s'arrache 1 .Marcis Bersagiim p„piiia.

qu'avec peine au piaisir deiicat ;: ::r: "r!:::::::: "Zu,

que Ton goute, en ce lieu favo- * '■"°° ''' '"■»"™° ?"?■">■

rise. "■ Hallo Amor Jlarengo.

Chaque soir, pendant tout 7 } "nsnaiiien vcrdr.

mon se'jour a Stockholm, je fus '' ^''''°" ^"''"''•

I'hote assidu des concerts des ■'■ "uvcnurc onemaio Pedroiu.

.. ^^, , . V K'. K:,UfiL Potpourri „ Goimod.

Stromparterren. C etait, a cette n. i„ika chiuopsgno „ ,..,,.. scrau»..

date, une Banda italienne qui ki. t-u e. m.

en faisait les honneurs. On va Fig- 42-— Fac-simile (reduc-

< • «.,. A» /^ 1 tion) d\in programme.

se recrier peut-etre. Comment ! ; t- 5

A Stockholm, des concerts donne's par une Musique ,d'Ita-

lie ! — Parfaitement ; et, ce qui ^tonnera encore davantage,

par una Harmonic transplante'e, du fond mgme de la penin-

sule, au nord de I'Europe; par I'Harmonie da Pratola.

Or, Pratola est une toute petite ville de la Campanie,

proche voisine de Nola, et, relativement assezpeu eloignee

de Napoli. Cast done das environs de la capitale napoli-

taine que venaient se faira entendre, a Stockholm, ces

maitres-artistes. lis n'etaiant qu'au nombre de quaranter

deux; mais, sous I'habile direction de leur chef, le Maestro L. Papilla, ils faisaient merveille. Je n'ai entendu, dans toute ritalie, que deux Harmonies qui soient de taille a rivaliser avec eux : la « Banda cittadina », que conduit, k Venezia, mon illustre ami, le Maestro G. Calascione ;et le « Corpo musicale civico » de Catania, que son chef Eminent, le Maestro D. Barreca, mene a la victoire, a chaque audition qu'il donne, k la Villa Bellini. A Stockholm, chaque exe'cution de la « Banda Municipale di Pratola » e'tait semblablement un triomphe. Quelle ddicatesse, quel sentiment des nuances, quelle puissance de sonorite, quel brio et quelle fougue, quel art enfin, dans rinterprdtation des morceaux du programme! Et, dans ces programmes eux-memes, quelle habilete pour le choix des pieces, quelle variete', et quelle gradation (Fig. 42)! Chaque soir, c'e'taitun renouveau de plaisir : tantotl'dcole frangaise occupait une partie de la seance ; tantot, cMtait I'e'cole allemande qui en avait leshonneurs; plus souvent, revenait, comme de juste, le tour de I'dcole itaiienne, D'une ou d'autre fa^on, j'ai entendu la, irre'prochablement execut6es, une foule d'oeuvres exquises : des selections du Tannhduser, par exemple, et de la Valkyrie ; la Gioconda, de Ponchiehi; la CavalleriaRiisticana,de Mascagni; leilf«' fistofele, de Boito ; et, presque toute entifere, la d^licieuse partition de Guaranij, de Gomez. J'en saute, et des meilleurs. Aussi, y avait-il toujours, aux Stromparterren, une foule compacte ; et les bravos enthousiastes, les bis provocateurs, e'clataient-ils, comme des fusees, a la fin de chaque morceau. Je me rappelle, en particulier, certaine mosaique sur Faust, « arrangee », il est vrai, d'une mani^re fantastique, que le public redemanda, un soir, jusqu'a trois fois. De tels souvenirs se plantent, comme un clou d'or, dans la mdmoire ; on se complait a les ^voquer ; et j'avoue, pour ma part, qu'il me serait impossible

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