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CHAPITRE VII

l'universite d'upsala

|n dimanche, apr^s avoir entendu la messe dans I'humble Chapelle Sainte-Claire, et m'y etre edifie a la vue de la pie't^ touchante des catholiques de Stockholm, je prenais, vers neuf heures, la direction d'UpsALA. L'acces de I'Universite est « libra », le dimanche; et je tenais a profiler de la « franchise reglementaire », pour visiter le monumsnt en detail. Un train relativement rapide me deposa, a dix heures et demie, dans la petite villa Universitaira, au moment mSme ou la population locale s'empressait, comme des.abeilles a la ruche, vers les quatre ou cinq temples d'Upsala, pour le service religieux.

La, comme partout, en pays protestant, chaqua « confession » a son temple special. Or, j'aus, chemin faisant, la curiosite d'y penetrer. Mais autant il y avail foule dans le temple designe sous le nom de « cathedrale », autant I'assistance 6tait clair-semee ailleurs ; a peine trente a quarante auditeurs, qui semblaient preter una oreille distraite aux explications el commentaires du ministre, sur le texte des Ecritures ouverl devanl lui. A la calhe'drala au contraire, les nefs regorgeaient. Mais en d^pit du chant

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grave des chorals, et des efforts da I'orateur sacre' pour se hisser a I'e'loquence, tout cela etait terriblement froid. Quelle difference, grand Dieu! quel abime, erttre ces parades de commande er nos ceremonies catholiques! Et combien profond doit etre I'aveuglement de toutes ces intelligences, pour ne pas s'aviser que, a la meme heure, dans la meme ville, quatre interpretations dififerentes dtant donne'es sur un meme texte par des ministres qui, tousse reclament hautement de la verity du proiestantisme, il n'est pas cependant admissible que la vdrite se trouve a la fois, ici et la, dans une semblable bigarrure !...

Upsala, adosse a une colline de moyenne hauteur, que dominent, comme trois forteresses, le Chateau, la Cathedrale, et I'Universite, s'etend, en plaine, sous la forme d'un carre dont le milieu est dessind par la riviere Fyrisa. Sur les deux rives, s'alignent des maisons blanches et coquettes que se'parent de larges rues se coupant, de distance en distance, a angle droit. Toutes ces constructions sont modernes : n'e'taient le Chateau et la Gath^drale, on ne se douterait point qu'on foule le sol de la villa qui represente cependant le mieuxla Suhde antique. 11 est vrai d'ajouter que I'ancienne Upsala, a Gamla - Upsala », se trouve a troip quarts d'heure de la cite' actuelle, dans la direction du nord. Mais si, topographiquement, la distance, ou I'ecart, est appreciable, tout cela se confond historiquement; et Gamla-Upsala ne fait qu'un, dans les annales suedoises, avac la cel^bre ville Universitaire. Les liens qui rattachent les souvenirs d'Odin et de son culte sanguinaire, dans la vieille ville, a ceux des letires et des sciences, dans la ville inoderne, sont indissolubles.Au surplus, si Upsala a une physionomie relativement jeune, la raison en est a la fois dans les nombreux incendiesdont elle a souffert, et dans la pre'sence de la clientele d'e'tudiants qui fait sa fortune, comme elle contribue en partie

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a sa grande reputation : pour I'un et I'autre motifs on a du beaucoup rebatir, et rebatir de mani&re a rendre agrdable aux jeunes gens le sejour d'une villa ou ils apportent la vie, J'entrain, et la prosperite materielle.

A I'epoque du paganisme, Gamla-Upsala fut, aprfes qu'Odin y eut exerc6 le pouvoir supreme, la residence des Rois de Su6de. On y remarque encore, aujourd'hui, sur la colline sablonneuse oti s'eleve I'eglise du village, plusieurs tumuli, dans le nombre desquels trois surtout

Fig. 5 2. — Le Jardm public et le Chateau.

frappent par la grandeur de leurs proportions, lis s'appellent, dans la langue du pays, « Kungshogarne », c'esta-dire les « collines du Roi >,, et portent respectivement les noms de Thor, Odin, et Freyr, les trois principals divinitds scandinaves. Ces tumuli, faits de main d'homme, n'ont gufere moins de soixante metres de largeur, sur dixhuit a vingt metres de hauteur : ils sont recouverts d'une herbe menue, que viennent tondre les moutons, et se detachent, comme des tertres e'lev^s, ou encore, comme de capricieuses bosselures, sur le sol plat d'une campagne

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fdconde et tres bien cultivee. Naturellement, ils ont iti I'objet de fouilles fr^quentes; et ce n'est pas sans une satisfaction legitime, queles archeologues en ont retire, en 1846, une urne entouree de galets, dans laquelle ils ont trouve, avec des ossements calcines, qui prouvent que I'incine'ration ne date pas d'hier, plusieurs objets qu'on voit actuellement, au Muse'e de Stockiiolm, dans la salle de I'Age de bronze. Tout pr6s de ces trois tumuli, on en montre un quatrieme, qui est moins e'levd, mais qui lient, lui aussi, sa place dans les souvenirs historiques:

c'est du haul de ce ter-

tre, en effet, que les

rois de Suede, ainsi que

du haut d'un B-^;;.a, ha-

ranguaient la foule; et

Ton raconte que Gus-

taveWasa est le dernier

Prince qui ait park', de

la, a son peuple. Dans

I'une des fresques de la

chapelle funeraire qui

porte son nom, a la Cathe'drale, on a reproduit le discours

que Gustave Wasa prononga devant les Etats, en i56o,

lorsqu'il prit conge d'eux.

Voila pour le pass^ : venous a la ville moderne. End^ ■ bouchant de la gare, on trouve, presque imme'diatement, ^ gauche, le Jardin public, que domine, sur la colline, la masse imposante de I'ancien Chateau (Fig. 5 2), et qui s'appelle, comme un Jardin de notre connaissance, a Stockholm, « Stromparterren. » Le Jardin est bien tenu; mais il n'a rien de remarquable : c'est un simple but de promenade, un lieu agre'able de distractions, tel qu'on peut s'attendre a le rencontrer dans une ville, dent la population totale ne depasse gu6re vingt mille habi-

FiG. 53. — La Cathedrale.

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tants (i). Quant au Chateau, c'est une construction manque'e. Gustave Wasa fit commencer le monument, vers le milieu du xvi» si^cle. Mais outre qu'il est reste inacheve I'architecture en est lourde, pour ne point dire disgracieuse; la decoration nuUe, sinon laide (2); et I'ensemble aussi pen artistique que possible. S'il n'^tait flanqu6 de deux tours massives, qui en pre'cisent un peu la destination, I'on se Aiemanderait ce que pent bien eire cette «grande bringue de batisse, » qui semble vouloir e'craser lacolline...

Tout autre est I'impression que donne la vue, et surtout que jaisse la visite, de la Cathedrale (Fig. 53).

On a affaire ici a un] monument admirable, qui se dresse fifirement, a mi hauteur, entre le Palais de rUniversite et la basse ville, et dont les trois fleches hardies semblent se perdre dans les nues. Commencee, en 1260 (3), elle ne fut

(i) Nous avons, en France, nombre de viUes qui approchent du meme chiffre de population, et dans lesquelles le Jardin d'Upsala, sil'onpouvait I'y transporter, produiraitl'effet d'un « Bois de Boulogne ». Mon appreciation s'inspire done, a Upsala, des habitudes quiont prevalu, a I'etranger; de ce sens affine de la nature, dont j'ai parle ailleurs, et qui y est si developpe ; de la part enfin qui generalementyest si largement faite a la culture des arbres. Chez nous, on donne, sans sourciller, le nom de « Jardin public » a quelques pauvres arpents de gazon; et il ne vient a I'esprit de personne de piquer la des arbres, beaucoup d'arbres, pour aider a la transformation prochaine de cette prairie banale en un pare oii, du moins, on serait a I'abri des rayons du soleil!...

(2) Les murs exterieurs ont ete revetus d'un badigeon teinte de rose, d'un gout a tout le moins douteux.

(3) A gauche de I'Universite, il y a une autre eglise, de modeste

Fig. 54. — Le Palais de VUniversite.

ftvifcs^j^ y

achevee qu'en 1435. Mais, bien qu'elle compte, prise dans son ensemble, pres de cinq siScles d'existence, vous la diriez batie d'hier, depuis I'intelligente restauration qu'elle vient de subir, tant elle parait pleine de jeunesse, sous sa brillante robe rouge de briques, coquettement marines aux pierres blanches. Un Fran9ais ne se rappelle point d'ailleurs sans plaisir, ni sans quelque fiert^, en I'e'tudiant en detail, qu'un de ses premiers architectes fut un Parisien (i), Etienne de Bonneuil; et il se plait a admirer, en un pays oti le style ogival n'a jamais parfaitement reussi a s'acclimater, un si elegant specimen d'architecture gothique. L'exterieur, tout en briques, sur le rouge vif desquelles tranche, par sa blancheur, le marbre des cordons et des impostes, frappe par la grandeur et la re'gularite des proportions, la correspondence exacte des parties, en un mot, par I'unite du plan : I'edifice est accoste, vers le centre, de deux portails lateraux, qui sont, avec le choeur, les details les plus remarquables de I'oeuvre, au dehors. L'interieur, au contraire, offre plus de prise k la curiosite. A de'faut des ciselures et autres ornements, auxquels la brique eut ^e rebelle, il y a dans les lignes, une noblesse, et, dans l'el6vation des voutes qui s'elancent a plus de trente metres de hauteur, un majeste, qui charment k la fois I'oeil et imagination. En se substituant dans ces magnifiques nefs a la Religion cathohque, la reforme y a remplac(5 les anciennes chapelles des Saints par des chapelles funeraires, dont les monuments offrent un grand interet pour I'histoire de la Su6de. Ici, c'est le tombeau de Gustave Wasa et de ses deux pre-

con,m,?H;rf^''''" " '^"'' '^" '^^■^"''"^ "' q"' <=^t. "'""^<= date de construction, encore anterieure a la Cathedrale

dijl^nt^^'T"'^ unarchitecte Parisien, qui dirigea les trava« de la mervedleuse cathedrale de Burgos, au xin" siecle. La facade du monument construite dans le style ogival riche et elegant de la premiere motfe du xye, fut seule faite par I'architecte Jean de Koln.

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