I.'UNIVERSITE d'uPSALA
mitres femmes, avec, tout autour, I'histoire du Prince, somptueusement retracee dans des fresques ; la, c'est le monument de Jean III, son second fils, dans I'^le'gante ehapelle de Catherine Jagellon; plus loin, c'est celui de Linne, avec cette inscription, dans un me'daillon de Sergei : CAROLo A LINNE, Botanicorum Principi, Amici et Discipuli. 1798; entin, dans les chapelles autour du choeur, ce sont les tombeaux des illustres families du pays, les Oxenstiern, les Horn, les Brah6, les Sture, etc. La chaire, sculptee d'apres les dessins du c^lebre architecte du Palais Royal de Stockholm, Nicolas Tessin, est tr^s remarquable; et, tout a I'entre'e, le grand orgue du facteur Akerman frappe egalement par I'habile de'coration du buffet, ou les tuyaux de montre sont intelligemment mis en relief dans les sculptures delicates d'une boiserie tout ensemble legere et monumentale. Le tresor de la sacristie est surtout interessant, comme musee historique : c'est la en effet qu'on a reuni, avec des couronnes et des sceptres de rois, tous les vases sacres, ornements, missels enlumine's, et autres objets de culte catholique, qui servaient, a la cathedrale, avant I'invasion de la reforme. Aujourd'hui, toutes ces richesses sont immobilisees; le Dieu de I'Eucharistie a e'te « expulse » du tabernacle; et sur le trone oil prenaient place autrefois les Eveques nommes par le legitime successeur de Pierre, siege I'archeveque protestant...
Arrivonsarf7nfyer5z7e'(FiG. 54), dont le nouveau Palais, termine en 1886, couronne la coUine, au-dessus de la Cathedrale, a I'ouest. On aboutit a I'escalier et au perron, ea traversant un jardin, dont le centre est ddcore de la statue d'un savant, Erik Gustaf Geijer, avec, assise a ses pieds, centre le socle, une femme en deuil, tenant une harpe. A premiere vue, le batiment dveille, en la memoire, comme un vague et lointain souvenir du Palais de la
Place Farn^se, a Roma, dans la zone voisine du Tibre : il en a le meme aspect, a la fois somptueux et severe; et plus d'un detail, a I'interieur, est fait pour justifier la justesse du rapprochement. Sur de puissantes assises granitiques, s'elevent le rez-de-chausse'e et les deux etages du Palais, construit, comme la Cathddrale, en briques, desquelles se d^tachent agr^ablement, pour I'oeil, les pierres blanches des corniches. Au centre de la facade, trois belles portes donnent acces dans l'6difice : au-dessus, au premier etage, trois larges bales, encadre'es de quatre statues allegoriques,
Fig. 55. — VUiiiversite : vestibule du rez-de-chaussee.
jettent, au milieu du Palais, une heureuse note decorative, et corrigent bien ce qu'il aurait, sans cela, de trop grave et d'austere. Entre chacune des quatorze fenetres,se de'tachent, en lettres d'or, sur des cartouches de marbre noir enguirlande's, les noms des principaux savants suedois : I'un des premiers, au centre, est celui de Carl V. Linne. Au deuxieme etage, entre les fenetres, il y a une variante dans la decoration : ce ne sont plus des noms de savants, mais, dans d'6ldgants blasons, les armes des villes. La facade toutefois, majgrd ses vastes proportions
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donneraitune id^e inexactedel'dtendue de I'^difice, sil'on n'en faisait le tour : on se rend compte alors de Tespace considerable occupe par le quadrilatere. Puis, des qu'on penetre a I'int^rieur, cette sensation de grandeur devient complete.
Par un large vestibule, ou atrium, on accede dans un hall immense, aux angles duquel s'ouvrent les grands escaliers qui conduisent auxe'tages superieurs(FiG. 55). Le long des murs, a gauche et a droite, sont des moulages, et quelques statues, notamment deux, tres-dignes d'attention, un Hercule enfant et une Junon, de Bystrom. Le hall est abondamment eclaire' par la lumiere qui descend de trois coupoles. En passant sous la coupole centrale, on arrive, parquelques marches, a une salle coquette, qui :fait face a I'entree, et qu'on nomme la « Salle des Fetes »
(FjG. 56). Avec sa vaste ^^^- 56- — VUniversite: grande salle esirade, ses sieges en '^^^ Fetes,
gradins, et ses tribunes, elle tient autant du theatre que de la salle de conference. La aussi, I'e'clairage vient d'enhaut, par deux demi-coupoles juxtaposees, formant coquille. L'acoustique, dit-on, yest excellente, ce qui n'est jamais a dedaigner, maiscequi est ici d'autant plus pre'cieux que la salle sert, alternativement, aux stances de re'ception des candidats aux grades superieurs; puis, aux beaux concerts
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et aux fetes que las dtudiants y donnent, de temps a autre.
Au premier etage, cohabitent, dans des pieces distinctes, les divers enseignements. Je relive, au-dessus des portes, les noms des Facultes : Teologiska Faculteten, Filoso- FicA F., JuRiDisKA F., Mediciniska F. Je pdnetre ensuite dansune des salles decours. C'est vaste, elev^, bien aere,
et surtout admirablement eclaire (i). Les gradins s'etagent, en montant, a partir du pied de ia chaire du professeur, surelevee elle-meme; et, sur les gradins sont fixe's des bancs dont le dossier, en retour, sert de pupitre aux etudiants, pour pouvoir prendre facilement des notes.
Cela encore est tr^spratique, et fort intelligemment compris.
La m§me sagesse ingenieuse et clairvoyante a pr6sid6 a I'installation des laboratoires ; elle se fait sentir pareillement dans les cabinets oii Ton
Fig. by. — ISUmversite : grande salle du Conseil Academique.
• (i) Ce detail, qui pourra sembler futile aux gens qui n'ont pas I'experience des ciioses de I'enseignement, sera au contraire fort apprecie des hommes du metier. II n'y a pas, dans une salle de cours, tant pour le professeur que pour les etudiants, de pire situation que de se trouver dans un cone d'ombre ! Et je pourrais citer, en France, bien des Facultes oti Ton n'a pas fait preuve, dans I'organisation de ces salles, d'un sens pratique aussi affine qu'a Upsala.
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conserve les diverses collections. Enfin, elle s'est affirme'e, avec toute la magnificence de mise dans le 'Palais de la premiere Universite du Royaume, a propos de la cre'ation de la belle « Salle du Conseil Academique » (Fig. 57), et, tout particuliferement, dans la de'coration et Tameublement des appartements du Recteur et de son « Salon » (Fig. 58). Ce sont la des pieces royales , dont nombre d'autres Universite's ^trangeres pourraient se montrer justement jalouses.
Les Etats Scandinaves, qui possedaient, jusqu'a ces derni^res anne'es, trois Universitds : I'une a Upsala; I'autre, a Lund ; et la troisieme, a Kristiania, vont en avoir prochainement une quatrieme, a Stockholm, grace a un don princier de cinquante millions, qui a ^te fait a la capitale, en 1896, pour la fondation d'un nouvel eta-
, ,. ,, . riG. d6. — L'Universite : SalonduKecteur.
blissement d enseigne-
ment superieur, Stockholm pouvait, en effet, s'estimer un peu desherite', a cet egard, et semblait soecialement, vis-a-vis de Kristiania, capitale de la Norvege, dans une sorte d'inferiorite. Sans doute, il s'y trouve, outre I'lnstitut technologique, que j'ai signale en son lieu, plusieurs autres Instituts et Ecoles spe'ciales ; mais tout cet outillage ne saurait reellement remplacer une Universite'. Or, bientot Stockholm n'aura rien a envier a qui que ce soil, sous ce rapport. Mais si le succfes de I'CEuvre est
d'ores et deja assure, I'Universite nouvelle aura bien du mal a eclipser son emuled'Upsala, querecommandent son antiquity, ses longs services, et sa tres-]egitime illustration.
Fondle, en 1477, par Sten Sture, surnommd « le Vieux », I'Universite d'Upsala fut richement dotde par Gustave Wasa; et elle a vu frequemment, depuis, son tresor s'accroitre de libe'ralite's gen^reuses, Elle a done, d'abord, pour elle, ce facteur si appreciable dans I'histoire de toutes les institutions humaines : un passe! Mais elle a, en outre, d'autres titres non moins recommandables : les savants les plus distingues dont s'honore la Suede ont, tour a tour, professe dans ses chaires; et c'est a ce foyer d'intelligence et de travail que sont venus s'eveiller, s'^chaufFer, et se modeler, pendant des sifecles, les intelligences de la plus grande partie de la jeunesse suedoise. Aujourd'hui encore, malgre la juste notorie'te dont jouissent ses vaillantes emules de Lund et de Kristiania, c'est encore I'Universite d'Upsala qui rayonne le plus lumineusement sur tout le Royaume. Une phalange de cent Professeurs, dont una moitie est formee de a titulaires », et I'auire moitie d' (c agrees », y distribuent, a une immense clientele d'etudiants, les tresors des diverses sciences. Faut-il I'avouer? II existe telle branche des connaissances humaines, la Philologie fran9aise, par exemple, dont le niveau, a Upsala, est non pas peut-etre superieur, mais certainement egal, a tout ce qui se fait de mieux, chez nous, dans cette specialite; et je pourrais citer tels travaux, tels genres de recherches, entrepris et menes a bien, en I'espece, par de simples etudiants, sous la direction e'clairee de leurs professeurs, dont la nature, dont le titre seal, eOt 6i6 capable d'effrayer, sinon meme de rebuter, chez nous, quelques-uns de nos maitres. II y a done indiscutablement, k Upsala, un superbe entrainement : en haut et en ba's. Ton y tra-
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vaille; et les publications Universitaires t^moignent qu'on salt y travailler.
Le nombre des e'tudiants, qui s'e'tait accru d'environ 5o %, de 1 863 a 1873, s'elevait, a cette derni^re date, a 1 536. II a, aujourd'hui, depasse 1800; et I'on semble s'acheminer vers le chiffre de 2000, qui sera peut-etre prochainement attaint. Sous la haute direction d'un Recteur, assiste du Conseil Acad6mique, toute cetie inte'ressante famille Universitaire est organisee, ou repartie, dans Upsala, en nations, d'apr^s les provinces du Royaume auxquelles les 6tudiants appaniennent. Les « nations » sont au nombre de treize, et possedent, chacune, ses maisons et ses jardins : la, sous la surveillance benigne d'un Comite, dont ils ^lisent eux-memes les membres, les jeunes gens vivent d'une vie quasi familiale, et s'animent, les uns les autres, aux apres et feconds labeurs. Les e'tudiants se distinguent, exte'rieurement, de leurs camarades des autres centres Universitaires, par la couleur de leur casquette : a Upsala, Ton pone la casqueite blanche. Autant la petite ville est calme, et semble d^sene, pendant les mois de vacances; autant elle s'anime, s'e'gaie, et se retrouve riante, des qu'arrive la reouverture des cours : elle devient alors murmurante, comme une ruche; et elle sourit, bienveillante, a tons ces adolescents qui lui apportent I'entrain de Jeurs vingt ans. G'est I'^ternel privilege de la jeunesse de faire rayonner autour d'elle la Joie et la vie. Voila des siecles qu'on en fait, a Upsala, I'experience; et toute la population locale en est heureuse, et charm^e.
Jetons, en prenant conge' de I'Universite, un rapide coup d'oeil sur deux ou trois monuments encore, avant de revenir a Stockolm. Voici par exemple, au dela de la vieille « ^glise des Paysans », et aux pieds de la rampe qui conduit au Chateau, un busie de Gustave Wasa, pos6 sur quatre enormes pierres runiques qui vont s'effilant, en forme
I go EN SUEDE
d'obdlisque, de la base au sommet. Par-devant, I'inscription suivante donne la date precise de I'erection :
GUSTAVO ADOLPHO