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CHOSES DE NORVEGE

d'une scission, elle aura, tres probablement, beaucoup plus a perdre qu'a gagner. Personne n'ignore qu'il n'y a pas, entre les deux races, parfaite identity de gouts. On sait, au contraire, que les tendances politiques et sociales des deux peuples sont extremement tranche'es : autant la Suede prend les choses de haut, avec son aristocratic puissante; autant, en Norvege, le sentiment de'mocratique etla poussee re'publicaine sont sensibles (i). Mais, precise'ment, parce qu'on le sait, serait-il sage d'en tenir compte, et de ne rien faire qui put envenimer une situation deja assez compliquee par elle-meme.

Le touriste qui voyage aux Pays Scandinaves subit, a sa mani^re, le contre-coup de cette division respective des pouvoirs administratifs, entre les deux Royaumes. Chacun d'eux ayant la gestion distincte de ses finances, a, par consequent, sa douane spe'ciale. D'ou il ressort que, a chaque passage de la frontiere, de Suede en Norvege, et vice-versa, Ton est condamne' a subir la visite des inspecleurs. Desagreable d6ja en elle-meme, cette formalite devient alors particulierement odieuse; et Ton maugre'e, malgre' soi, contre un dtat de choses qui n'est plus guere, ce semble, en harmonic avec les progres dc la civilisation.

Ces minuties administratives sont d'ailleurs d'autant plus de'sobligeantes, qu'on n'est, nulle part plus qu'en Suede et qu'en Norvege, pre'dispo^e a s'abandonner tout entier a I'admiration de la beaute' naturelle du pays. Elles viennent fort malencontreusement deranger le voyageur dans I'abandon de son cnthousiasme. Elles revctent alors, a ses yeux, je ne sais quel caractere de taquincrie mala-

(i) Le mouvement feministe s'est extraordinairement developpe, en Norvege, depuis vingt ans. Du train dont on marche, il est aise de prevoir que, dans un avenir prochain, toute femme norvegienne, remplissant les conditions requises pour I'exercice de I'electorat, sera admise au vote et aura droit de suffrage, comme les hommes.

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droite et intempestive; et il se r^pete a lui-meme que, dans un Etat oii il n'y a qu'un Roi, la circulation devrait bien etre libre, du nord au midi des provinces, et de Test k I'ouest !

Car, quel pays merveilleux! La nature septentrionale est riche, entre toutes, d'aspects grandioses et de saisissantes beaute's. Les Norvegiens, comme pour en donner una explication, on't invente una curieuse l^gende : « Lorsque Dieu, disent-ils, sema, sur la surface du monde, la bonne terrea ble, il eut une distraction, et il oublia la Norv^ge ! Pour reparer cette erreur, avec soin, il recueiilit, de sa main divine, les quelques mieties de terre qui restaient encore au fond du sac ; puis, d'un geste rapide, il les jeta sur la foret de pics. Mais, atin de dedommager ceux qu'il avail ainsi oublie's involontairement, il mit, au plus profond de leur coeur, I'amour du sol naial. Et ce fut leur consolation ! « Or, la le'gende est exacte, dans deux au moins de ses parties. Nul peuple n'a, plus ddveloppe, ni plus tenace, que les Norv(5giens, le culte du sol; tout de meme que nul pays, en Europe, n'offre une aussi vaste, ni une aussi varie'e « foret de pics ». Montagnes et plateaux, valines et collines, lacs et torrents, tout a ici je ne sais quoi de d^mesure' dans les proportions, et de fantastique dans la forme. Dans cette NorvSge, qui n'est, k proprement parler, comme I'indique d'ailleurs assez clairement son nom, Nord Weg, que le « chemin du Nord »,r^gnent en maitres la brume, les dcueijs et les tempetes (i). Les

(i) Cela est vrai surlout pour I'cpoque dc la mauvaisc saison. Mais, comme la mauvaise saison n'est gucrc intcrrompuc, en Norv^ge, que par les « mois d'ete », Ton volt assez que les tempiilcs ct la brume ont largemcnt le temps d'y regner en maitres. Pendant la belle saison, la mer est,'asse/. ordinairement, calme, et Ton va, habitucUement, sans fatigue, de Kristiania au Cap Nord, par les bateaux confortables, qui font le service k travers les skjargaards, ou archipels, des cotes.

PAYSAGE NORVEGIEN 2IQ

routes, ou circulent « Kerrets » et « Karrioles » (i), font rever, et donnent le vertige : tantot, elles cotoient un torrent ecumeux, qui semble vouloir tout emporter sur son passage; tantot, elles grimpent jusqu'au haut d'un col, a travers des sapins, ou des entassements de rochers; tantot, elles descendent, en se precipitant vers la valle'e, mais avec une telle inclinaison, une pente si forte, des courbes si anguleuses, que, n'etait la vigueur de jarrets des petits chevaux du pays et leur etonnante agilite, Ton risquerait cent fois d'etre pr6cipite dans Tabime.

Puis, si, aux rives des lacs et a la naissance des fjords, se trouvent precisement quelques-unes des « miettes de terre >. que le Createur, jeta a la volee; si, en d'autres termes, il y a la des pelouses riantes et des tapis de verdure, voici, par contre, les sapins qui s'accrochent aux premieres anfractuosites despentes, et qui, amesure qu'on s'eleve, se rapprochent, se resserrent, et s'etreignent, pour couronner les cimes d'admirables forets.

Plus loin, ce sont les lacs, echancres, dentele's, e'tendant, dans tous les sens, leurs bras allonges, et refletant, sur le cristal de leurs ondes sans cesse fe'conde'es par I'eau pure que leur apportent les glaciers, I'azur du ciel, etles hautes ramures des arbres du rivage.

Au-dela encore, c'est Teternelle symphonic des cascades ; tour a tour impe'tueuses et terribles, ou gracieuses et caressantes, selon qu'elles jaillissent entre les rochers abrupts, ou qu'elles glissent, sans effort, le long de la dalle de granit, qu'elles ont polie et argente'e.

Enfin, et abstraction faite des fjords, que j'aurai, plus d'une fois, par la suite, I'occasion de de'crire en detail, ce

(i) L'un et I'autre vehicules n'ont que deux roues, mais enormes; toutefois, tandisque la « Karriole » n'a qu'unc place, le « Kerrets a deux sieges. L'un comme I'autre, dailleurs, va a fond de train, de meme que les « droski », a Petersbourg.

.nvifee'

sont ces montagnes a pic, ces geants de pierre, qui se dressent, majestueux et farouches, au bord des eaux, et dont la vue des cotes accideme'es du lac des Quatre- Cantons ne donne qu'une vue en miniature, et ne peut fournir qu'une trfes pale et tr^s incomplete idee.

Au fond de ces vallees, et de ces gorges, qui nesemblent jamais finir: au bord de ces lacs, aux aspects ind^finiment varies; aux tournants de ces routes qui, alternativement, grimpent, ou se pr6cipitent; a mi-c6te de ces pentes, oil s'essaiment les sapins, plantez, comme par hasard, quelques maisonnettes de bois, coiffees de grands toits de tuiles, ou, plus ordinairement, recouvertes de chaume, et toutes pimpantes des 6blouissantes tonalites des couleurs claires, et vous avez — en dehors des villes, bien entendu — I'aspect, en raccourci, du pays norv^gien, tel que pourrait vous I'offrir la vision rapide, mais necessairement incomplete, d'une vue d'ensemble, dans un « panopticum ». C'est original, a outrance; et I'image de ces choses, quand elle a, una fois, frappe les yeux, se fixe dans la retind, pour ne plus jamais s'y effacer.

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