A BATONS ROMPUS, AU CENTRE DE KJOBENHAVN
uisQUE la grande Place du « Nouveau Marche du Roi », Kongens Nyrtov, est, a peu pres, au centre de Kjobenhavn, c'est de ce cote que, instinctivement, je dirigeai d'abord mes pas. Mais, chemin faisant, mon attention fut attiree par la vue d'un monument qui, obstine'ment, revenait aux vitrines des magasins, ici, sous la forme ele'mentaire d'une 'belle photographie ; la, encadre dans quelque grand tableau ; plus loin, reproduit en relief, a I'etalage d'un sculpteur. Au premier aspect, et a en juger par I'exte'rieur, la vue de cet edifice eveillait, dans mon imagination, comme un vague souvenir de la « Maison carre'e >;, de Ntmes ; cependant, la presence de la haute tour qui le domine semblait indiquer autre chose qu'un monument profane. Par une echappee, a gauche, j'aperi;us soudain, a quelques pas, I'edifice si frequemment repre'sente' par les artistes danois ; et, tout de suite, je voulus le connaitre. J'appris alors son nom ; et, rien qu'a le voir, sa destination me parut aussitot evidente. C'etait la celebre Vor Frue Kirke, c'est-a-dire, I'eglise metropolitaine « Notre-Dame ».
La designer sous ce dernier vocable, c'est assez faire
nr^
entendre que, dans le passe, elle a abrite', pendant des siecles, les ge'nerations catholiques. Elle I'a conserve' cependant, bien qu'elle ait et6 « de'safFectee », et convertie en temple lutherien. Au surplus, de I'ancienne basilique il ne reste plus aujourd'hui qu'un glorieux souvenir. La Vor Frue Kirke, a peu prfes detruite, au commencement de septembre 1807, par les boulets de la flotte anglaise, pendant le bombardement de la capitale, ae'te reconstruite, de toutes pieces, par I'architecte Hansen, que seconda admirablement Bertel Thorwaldsen, rimmortel sculpteur. S'inspirant des iddes des maitres de la Gr^ce, comnie pouvait le faire un artiste nourri de fortes e'tudes du genie antique, Hausen con9Ut le plan d'une basilique, a I'^rection de laquelle le style Renaissance concourrait avec le style grec, tel qu'on en vit d'ingenieux modeles dans les eglises qui s'eleverent, en si grand nombre, a Rome, apres que Constantin eut publie' son edit pacificateur. Le peristyle, dans le pur style grec, est une merveille (Fig. 9). Un des chefs-d'oeuvre de Thorwaldsen en decore le fronton : c'est la « Predication de S. Jean-Baptiste », magnifique page de marbre, qui tient une place de choix parmi les bas-reliefs sculpt^s par le maitre, et qui fut exficute'e, dans la Ville Eternelle, pendant le second sejour qu'il y fit, aux alentours de 1821-1822. L' « Entree de Jesus a Jerusalem », qui se trouve au-dessus de la porte, attire ensuite le regard, et le charme, avant qu'on ne p6netre a I'interieur. La, s'ouvre, devant le visiteur, une vaste nef, dont I'elegante votite a caissons repose sur la corniche en saillie de colonnes doriques, qui s'appuient elles-m8mes sur des arceaux a plein cintre (Fig. 10). Au centre, entre les bancs, un large passage dalle de marbre ; adossees aux arcades, les statues des Apotres, sur leur piedestal ; au fond enfin, dominant I'autel, I'image de Jesus-Christ ressuscite, vers qui semblent se tourner tous les regards des Apotres. C'est
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la maitresse oeuvre d'art de la basilique, si riche pourtant en chefs-d'oeuvre : la physionomie, douce et attirante, du Christ; son attitude; son geste, tout est marque au coin
du gdnie de I'artiste. Thorwaldsen s'y est surpasse. Nous reviendrons d'ailleurs sur son oeuvre, lorsque nous aurons a parler du «Musde Thorwaldsen », de son Musee. Mais il n'etait pas inutile de noter, des maintenant, tout ce que la basilique doit, pour la beaute de Tornementation, au ciseau inspire de I'artiste.
04 EN DANEMA.RK
Tout le cote nord de la place de I'Eglise Notre-Dame est occupe par le Palais de I'Universite. Une inscription, gravee au fronton de I'^difice, indique que las constructions, qui eurent, elles aussi, helas! a souffrir du bombardement de 1807, furent restaurees, en i836, par la gene'rosit^ de Frederic VI :
FREDERICUS SEXTUS INSTAURAVIT A° MDCCCXXXVI
Au-dessus de la porte centrale, on lit cette autre inscription, que domine un aigle sculpt^ :
CCELESTEM ADSPICIT LUCEM
Les plans des travaux de restauration furent fails par Mailing, et la decoration a fresques par Hansen. Aujourd'hui, 1' « Alma Mater » est tres florissante : glorieuse de son passe', qui remonte a quatre siecles; fiere de son fondateur, Christian I; et sure de la bienveillante protection du Roi Christian IX, elle distribue, dans les quatre- FiG. 10. — Interieur de VEgtise vingts chaires de ses
metropotitaine. ^inq Facultes, I'En-
seignement supe'rieur a la jeunesse studieuse du Danemark, et voit ses cours frequentes par plus de treize cents
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dtudiants. Sa bibliotheque est trfes-riche, et ses Muse'es tr^s remarquables, surtout son Muse'e de mine'ralogie. Si I'on rapproche, de rUniversite, la brillante Ecole Polytechnique de Kjobenhavn, il est done Evident que les hautes etudes sent tenues en grand honneur, dans le Royaume, et que le courant intellectuel n'y est point inferieur a celui de la France ou de I'AUemagne.
Cette visite acheve'e, je reviens, sans plus me laisser
de'tourner de ma route, a Kongens Nytorv. Chemin fai-
sant, et sans le chercher, Je tombe surle Palais despostes,
doming par le pavilion ou s'enroulent les mille fils des
communications tele'phoniques et telegraphiques, et
qu'avoisine la haute Tour ronde de I'Eglise de la Trinite'
(Fig. ii). Puis, aprfes quelques minutes, je debouche
enfin surle Nouveau Marche du Roi, c'est-a-dire, au coeur
de la capitale. Elle a fort grand air, cette vaste place : les
nombreuses arteres qui y aboutissent y entretiennent
constamment la vie; et les monuments qui I'entourent
lui impriment un cachet de royale magnificence. Ce sent,
au sud, le Theatre national; a I'est, le chateau de Char-
lottenborg; et, a la suite, le chateau de Christiansborg, le
Muse'e Thorwaldsen, et la Bourse.
Le Theatre royal, de construction recente, est, en somme, une simple re'duction, mais coquette et gracieuse, de rOpe'ra, de Garnier. Sur la place elle-meme, se trouve la statue equestre de Christian V, que le peuple, dans son langage elliptique, designe couramment par ces mots : « le Cheval (i) ». Plus loin, se dresse la statue d'un heros danois, le marin Juel, le vainqueur des Suedois, a Kjoge,
(i) Cc n'est pasle seul exemple qu'on pourrait citer d'une locution semblable. A Lyon, la belle statue equestre de Louis XIV, a Bellecour, laquelle est le chef-d'a;uvre de Lemot, est aussi, tres ordinairement, appelee : « le cheval de bronze ». A Kjobenhavn, il faudrait dire : « le cheval de plomb » ; on prefere dire, plus laconiquement : «le cheval! ».
en 1677. Puis, c'est la « Holmenskirke », riche en tornbeaux et en souvenirs, sur una des entre'es de laquelle se detache, dominie par une couronne royale, I'inscription :