REGIA FIRMAT PIETAS ANNO I
qui donne la date de son erection; au-dela entin, c'est le chateau de Christiansborg, et la Bourse, avec, en face de celle-ci, les Ministeres.
La- destinee du chateau royal de Christiansborg a ete', ce semble, de n'etre construit, puis reconstruit, que pour devenir sans cesse la proie des flammes. Place dans une ile qu'avait d^ja fortifie'e, au xii-^ siecle, I'eveque de Roskilde, Axel, appele aussi Absalon, il forme, avec ses cours, avenues, peristyles et ddpendances, un veritable « quartier «, dans la ville. Sa masse imposanten'offre plus aujourd'hui, malheureusement, que I'aspect desole de la Cour des Comptes, a Paris. Restaure, il y a un siecle, apres I'incendie de 1 794, il a ete de nouveau devore par les flammes, il y a treize ans. En lisant I'inscription, que le feu a respecte'e, au haut de la facade, on ne pent se defendred'une impression de melancolie, car Fironie du sort donne laun ^clatant dementi aux projets des hommes ; I'histoire des vicissitudes, auxquelles leurs oeuvres sont en butte, ne se pent nulle part plus solennellement e'taler que sur les murs lezardes de ce monument aujourd'hui en ruines : REGiAM HANG CHRISTIAN VS SEXTVS extrvxit.
INCENDIO FVNESTO POST LIV ANNOS VASTATAM
DENYO ERiGi CHRISTIANVS SEPTIMVS ivssit.
SPLENDIDAM RESTITVIT ET INTER PVBLICA VOTA
DicAviT FREDERICVS SEXTVS. mdcccxxxviii. Par la bale bdante des vingt et une fenetres de chaque
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etage, le regard plonge dans I'interieur du monument et pent se rendre compte des ravages exerces par I'impitoyable fleau. Sur le boulevard, a I'avant de la facade, se dresse la statue equestre de Fre'd^ric VII, erige'e, il y a
environ vingt-cinqans,etavant I'incendie de 1884 : cebeau bronze de Bissen est escorte de quatre statues allegoriques, du meme artiste, la Force, la Justice, la Sagesse et la Sante', qui emergent, chacune, d'un massif de verdure. Mais, si imposante que soit cette fa9ade du chateau, elle
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ne suffirait pas a donner une idee exacte du monument, si I'on negligeait d'en voir la fagade oppose'e. Cast de I'autre c6t6, en effet, apres avoir longe I'une des ailes laterales, percees de vingt-huit fenetres, qu'on arrive a ce qui fut la vraie facade du palais, at qu'on pent, par I'imagination, se rendra compte de ca qu'il dut etre, aux jours de sa magnificence. La, entre les ecuries royales et I'^glise du chateau, que le feu a epargnees, s'ouvre une cour immense, qui sert d'avanua au monument et aboutit au peristyle du palais. La cour est fermee par deux portes elegantes qui,unefoisfranchies, ramenentlas visiteurs, par unpontdepierre jetesurle canal, a la Fred^riksholmskan, oil, ^en face meme du chateau, se trouve le k Palais du Prince », jadis habitd par les Princes he'ritiers, mais aujourd'hui convert! en musee. C'est la que se trouvent las tres-curieuses collections du « Musee des antiquite's du nord » : nous y raviendrons.
La facade du chateau de Christiansborg, dont j'ai transcrit I'inscription, donne surun boulevard appele « Stoltsplads ». C'est sur ce meme boulevard que se developpant, en longueur, les elegantes constructions du « Palais de la Bourse » (Fig. 12). On y pe'netre par un perron, a plan incline, dont I'aspect archaique s'harmonise bian avec le style du monument. Ce Palais n'a en effet aucune ressemblance avec les edifices de meme destination, qu'on trouve actuellement dans la plupart des grandas capitales. Construite, sur I'ordre du Roi Christian IV, dans le second quart du xvn" siecle (i), la Bourse de Kj5benhavn est un des joyaux d'architecture du style Renaissance, tel que I'avaient compris et employ^, au siecle pre'ce'dant, les
(0 Bien qu'on lise, sur la Bourse, I'inscription : ANNO 1624,16 millesime ne donne pas exactement la date totale de la construction : celle-ci dura, en realite, de 1619 ou 1620, a 1640.
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Pays-Bas (i) : c'est, a la fois, original et plein de gout. La sculpture des corniches, la decoration des meneaux, et les arabesques des frontons reinvent, par la grace de I'ornementation, la s6v&re simplicite d'une construction presque toute en briques. Tout cela est d'ailleurs d'une admirable puret6 de lignes; et, bien qu'il n'y ait que deux Stages, couronnes par des mansardes elanc^es, I'ensemble forme un tout si harmonieux, si parfaitement artistique, qu'on se plait a revenir, plusieurs fois, conlemplerce chef-d'oeuvre, Le rez-de-chaussee est peuple de magasins et abandonne aux maisons de commerce ; mais toute la partie superieure du palais est occupde par des banques, des societes de credit et d'escompte, des compagnies d'assurances, etc. La « Bourse « proprement dite est limitee, dans ce vaste edifice, abstraction faite de quelques dependances, a une grande salle, ou s'eleve une belle statue en bronze de Christian IV, signe'e de Thorwaldsen. On y accede, apres avoir franchi le perron, par un gracieux portail Renaissance, qui donne, a I'elegante facade del'entree, un cachet princier. Plus loin, et a prendre le batiment dans sa coupe longitudinale, s'enleve, dans les airs, vers le milieu du palais, une Abche tres-originale, forme'e par les queues entrelacdes (portant, chacune, ^ I'extremite, unecouronne royale doree) de quatre dragons qui reposent, a la base du toit, sur le ventre. Cette invention de I'architecte, que quelques-uns trouvent bizarre, et qui semble amusante a quelques autres, est, a tout le moins, ingenieuse ; I'effet en est pittoresque; et, sans aller jusqu'a y decouvrir un c/ie/-d'oeuvre, je ne saurais non plus y voir, comma un
(i) 11 y a, a Harlem, dans la Hollande septentrionale, un monument qui est anterieur de quelques annees a la Bourse de Kjobenhavn, mais quilui dispute la palme, comme type de I'architecture Renaissance : c'est la Halle, ou Boucherie, chef-d'cEuvre de Lieven de Key. On peut cepeadant avoir une preference pour le monument danois.
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trop grand nombre de visiteurs, un /zor^-d'oeuvre vulgaire.
Dans la zone voisine de la Bourse, il existe une autre
fl^che curieuse et originale, qui se voit de tres-loin, grace
a sa haute elevation : c'est la fleche de I'Eglise du « Sau-
veur », ou du « Redempteur », Vor Frelsers Kirke (Fig. i3), Ce monument se trouve dans I'ile d'Amager, oil le Roi Christian IV donna, par la creation de nouveaux quartiers un notable agrandissement a sa capitale. Par plusieurs ponts, jetes sur un bras du Sund, on peut y arriver, en
venant de la Bourse; et Ton s'y trouve, le canal franchi en plein milieu populaire. En elle-meme, I'e'glise n'a pas de valeur architecturale. Mais sa fleche attire, en tant qu'observatoire : les quatre cents escaliers qui I'entou-
FiG. 1 3. — L'Eglise du Sauveur.
rent, a I'exte'rieur, menagent au visiteur le plaisir d'une promenade aerienne, que la presence d'une solide balustrade met a I'abri de tout danger. A mesure qu'on monte,
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I'horizon s'agrandit, et la vue d,e la capitate et des environs devient plus complete et plus magnifique. Par un temps clair, le regard s'etend jusqu'a Malmo et aux cotes, scandinaves. Le rond-point qui termine I'escalier est occupe, en partie, par une sphere qui sen de piddestal a la statue du Redempteur.
On est tres friand, a Kjobenhavn, de ces sortes d'ascensions, qui menagent en effet la surprise de points de vue pittoresques et varies. On monte, pareillement, sur la tour de I'Eglise metropolitaine ; sur la Tour ronde ; et a la lanterne de I'Eglise de marbre, dont je parlerai, un peu plus loin. Places, en quelque sorte, aux quatre coins de la capitale, ces observatoires permettent d'en prendre quatre vues differentes. Ici oula, il y a cependant une impression generale qui domine, et qui persiste : c'est que, si Kjobenhavn, par son voisinage de la mer et par ses nombreux canaux, offre, avec Amsterdam, quelques vagues traits de ressemblance, il existe une autre denomination qui lui revient encore plus en propre que celle d' « Amsterdam du nord ». Celle-ci, qui vise moins le c6te exterieur et pittoresque de la ville, que sa physionomie de capitale elegante et policee, lui convient k merveille. Et quand, apres avoir admire le panorama de Kjobenhavn des hauteurs de la Tour ronde, ou des spirales de la fleche du Redempteur, on se retrouve, en descendant, jete dans le courant de sa vie aristocratique et de ses habitudes affinees, on se convainc en effet que la capitale du Danemark a ete plus exactement qualifide, lorsqu'elle a regu le nom d' « Athenes du Nord ».
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