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MONUMENTUM

POSDERE M D CCLXXI

Ce texte equivaut a un extrait de naissance : il raconte que le monument fut eleve, en temoignage de gratitude, a Frederic V, par la Compagnie des Indes, I'an 177 1. Et le nom de Saly, jete' dans un angle, nous apprend que I'oeuvre fut modele'e par un Frangais, qui etait en effef a cette date, directeur de I'Acaddmie de Kjobenhavn.

Quant aux Palais eux-memes (Fig. 19), ils datent 6galement de la seconde moitie du dernier sifecle. A les juger par I'exterieur, ce ne sont point des chefs-d'oeuvre d'architecture : ce sont des monuments, sans doute, mais modestes, L'int^rieur toutefois en est vraiment royal, et magnifique. On n'en sera point surpris, quand on saura qu'ils sont la residence ordinaire de S. M. Christian IX, du Prince Royal, et du Ministre des affaires etrangeres. Quelques grenadiers de la garde, I'arme au bras, font les cent pas devantla fagade des Palais : I'un d'eux s'arrete et me considere, tandis que Je me plante, aux pieds de la statue e'questre, pour eii relever I'inscription ; mais son regard bienveillant me rassure; et, sans etre inquieie, sans risque d'etre arrete comme espion, je puis me livrer a ma rapide et inoffensive besogne de transcripteur.

Pour gagner 1' « Esplanade » et la « Lange Linie », je reviens a la Bredgade, ou se trouvent encore la Chapelle catholiquemetropolitaine,si6gedel'e'veque, Mgrvon Euch, et, tout pr^s, le Palais de VAmbassade Francaise(i), lequel, ici, est comme juxtapose a celui du Consulat de Russie. Quelques pas plus loin, en arrivant a I'Esplanade, je

(i) J'emploie ici le terme generique. Mais, en Danemark, comme en Suede, la France n'a pas, a proprement parler, d' « Ambassa-deur » : elle est representee, a Kjobenhavn et a Stockolm, par un « Envoye extraordinaire et Ministre plenipotentiaire ». Je me plais a ajouter que, ici comme la, au N" 68 de la Bredgade comme au N" 34 de la Sturegatan, les Franfais de passage dans les deux capitales sont accueillis avec la plus extreme bienveillance, et qu'ils y trouvent, avec les prevenances les plus obligeantes, les renseignements les plus precieux.

remarque, a gauche, sur I'une des facades de la « Tolbo- (jrej », une enseigne oil se detachent,en lettres gothiques, ces deux mots :

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Puis, voici la mer, la Citadelle de Frede'rikshavn, et la Lange Linie (Fig. 20). La Citadelle, jadis redoutable et redout^e, grace k ses fortifications et a sa merveilleuse

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Fig. 19. — Le Chateau d'Amalieborg.

position sur le Sund, n'a rien perdu de son pittoresque, en se transformant en caserne. Tout a I'entr^e, se dresse, les ailes dployees, au sommet d'une colonne commemorative, la statue de la Victoire (2) ; sur le piedestal, se

(i) Deja, dans la zone de I'Allee deFrederiksberg, j'avais remarque un Pariser Ba^aren, dont la vue, particulierementrejouissante, a I'etranger, avail fait passer devant mes yeux comme une joyeuse image de la Patrie absente.

(2) La « Victoire » tient, a la main droite, un rameau d'olivier; de

trouve une inscription, en danois, sur cinq lignes, avec la date de 1710. Au dela, commencent les quais etroits, au sable fin, qui longent les fosse's de la Citadelle et portent le nom caracteristique de « longue Ligne ».C'est, aux jours fe'rie's, I'un des endroits de pre'dilection des promeneurs de la capitale. Mais. si I'affluence y est surtout conside'rable, le dimanche, on ne laisse pas d'y trouver encore, chaque jour de la semaine, beaucoup de monde. Nulle part, a Kjobenhavn, on n'a une vue plus enchanteresse, ni un panorama plus varie. G'est la en eifet que de'filent, dans un mouvement incessant, tous les bateaux, navires et paquebots, qui entrent dans le port, ou qui en sortent. L'animation y est fidvreuse comme a Constantinople, a I'entree du Bosphore. Bref, c'est un de ces coins privile'gi^s oil affluent les richesses des nations, et ou I'observateur aime a s'attarder, pour s'y donner le spectacle toujours instructif de I'activite humaine.

Jusqu'en 1857, auc.un navire ne pouvait traverser les eaux du Sund, sans payer au Daneinark un droit de peage. Depuis quarante ans que ce droit a ete ge'n^reusement aboli et que Kjobenhavn est devenu un « port franc », le pays recueille le benefice de cette intelligente mesure : outre que le transit maritime s'est conside'rablement e'leve le jour approche ou, grace au bassin creuse' a I'extremite de la Lange Linie, Kjobenhavn pourra tenir tete a Anvers et a Hamburg. La voie ferrde a ete habilement continuee jusqu'aux chantiers du bassin : on n'a done rien neglige pour manager aux arrivages des navires le facile transbordement des cargaisons, non plus que pour donner au commerce national des moyens d'exportation surs et rapides.

la main gauche, etendue vers la mer, elle semble dire : Paix! Aux angles du socle qui pone la Colonne, se trouvent des canons dresses, et des trophees de boulets.

De cette exploration sommaire a travers les nouveaux quartiers et dans la zone arisiocratique de la Capitale, deux conclusions se d^gagent : la premiere, c'est que, par I'immense accroissement de sa population, dans la derniere moitie du xix" siecle ; par le splendide de'veloppement qu'elle a pris, au-dela de ses anciens remparts ; et par le savoir-faire qui a preside a la construction des habitations modernes, la ville de Kj5benhavn est en train

Fig. 20. — hsplanade, et « Lange Linie ».

de devenir I'une des plus belles et des plus interessantes capitales de I'Europe. La seconde, c'est que, dans le voisinage meme des quartiers tranquilles et distingue's qui avoisinent la residence Royale d'Amalieborg, et qui ont peu change, la vie encore surabonde et prouve, de la plus demonstrative fa^on, qu'il y a, dan» la race, de la seve, du coup d'oeil, et un rare sens des besoins de I'avenir. Si Ton se rappelle combien le Danemark a ete odieusement traite', en 1864, I'observation prend encore una portde

plus haute : il n'y a pas grand me'rite a s'affirmer, ni a aller de I'avarit, dans la bonne fortune; mais, savoir se grandir, dans I'adversite, et repondre aux coups du sort par d'dclatants at indiscutables progres, cela est vraiment noble, vraiment royal ; et cela provoque, pour le peuple, qui sait donner de tels exemples, la plus sympathique admiration!

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