ÎLE BRABANT. — LES MONTS SOLVAY ET LE CAP D'URSEL
dant en second, en troisième, en quatrième... mais notre zoologue Racovitza est un débrouillard, et je ne doute pas un instant que si un accident nous arrivait, à Mélaerts et à moi, il ne parvienne à retrouver
l'endroit où nous avons déposé nos compagnons.
Le lendemain, 1er février, le navire appareïlla dès l’aube et fut conduit vers l’île Louise, où nous espérions obtenir une seconde droite de hauteur, destinée à compléter nos observations du 30 janvier. Nous devions aussi, de ce point, relever la station établie sur les
monts Solvay.
La brise et la mer nous empêchèrent de débarquer, nous forçant à demander un abri à l’île Brabant. Cette circonstance nous permit de découvrir le canal de Schollaert et l'ile de Gand. Mais une avarie étant survenue à notre condenseur, nous dûmes doubler le cap Van Ryswyck et prendre la cape au centre du détroit de Gerlache,
Le 2 février matin, nous découvrîimes la baie d’Andvord. La Belgica fut amarrée à un iceberg, dont on détachait des blocs de glace pour en faire de l’eau douce.
L’embarquement de ces blocs se faisaitavec animation. Pendant ce temps, Racovitza débarquait au cap van Bencden, où il passait la plus grande partie de la journée, dans un village de...
manchots, dont il étudia les mœurs.
C’est là aussi qu’il découvrit, avec satisfaction, une petite graminée, seule
plante portant des fleurs qu’on ait
Jonas ncontrée dns FAntanctique, "Fées
BICAETS" Le soir venu, l'équipage OFSanisa, EMBARQUEMENT DE BLOCS DE GLACE.
sur l’iceberg, des tableaux vivants.
Brusquement, la fête fut interrompue par la rupture de liceberg : le fragment auquel nous restions attachés nous poussait vers la côte.
Le 3 février, nous parcourons la baie d’Andvord ; nous découvrons le chenal d’Errera, dans lequel nous embouquons; puis, nous nous amarrons, près de l’île de Cavelier de Cuverville, à un gigantesque iceberg, au centre duquel s’est formée une cuvette renfermant de
l’eau douce (x).
Avec des tuyaux de chanvre, nous établissons un siphon, dont une
(1) Lorsqu'une cuvette se forme à la partie supérieure d’un iceberg, l'eau douce
provenant de la fonte de la neige s'y accumule.
Ja De
branche est maintenue dans la cuvette, tandis que l’autre, placée en contre-bas, débouche dans nos réservoirs. L’équipage est ravi de ce procédé nouveau et rapide de s’approvisionner d'eau douce sans aucun effort,
Pendant ce temps, Racovitza débarquait à l’ile de Cavelier de Cuverville, où l’appelaient d'innombrables familles de manchots. Moi-même, je me rendis quelques instants dans l’île pour y tenter, mais sans succès, des observations à l’horizon artificiel.
À 6 heures du soir, en rentrant à bord, nous apprenons que notre albatros {1}, capturé quatre jours auparavant, s’est envolé. Racovitza est désappointé et très étonné, car l’albatros a les ailes d’une telle envergure, que, ne pouvant les déployer sur le pont d’un navire, il devient forcément prisonnier. Sans doute que le nôtre est parvenu
à se hisser sur le bastingage, d’où il a pu prendre son essor, le) : À
Le 4 février, en faisant le tour de l'ile Lemaire, nous remarquons une «apparence » de chenal séparant l’ile de Bryde de la Terre de Danco. Ce jour même, nous pouvons aussi noter, dans le journal du bord, l'existence d’un large passage dirigé vers le Sud-Ouest. En même temps, nous traçons la côte orientale et septentrionale de l’île Wiencke, notant dans ces parages des roches isolées et de nombreux ilots. Riches de ce nouveau butin, nous retournons, le soir, à la baie de Buls, attendre le retour des explorateurs.
Je fus assez anxieux, en arrivant près du cap d’Ursel, de n’apercevoir aucun signal sur les hauteurs.
Serait-il arrivé malheur à nos amis? Ou bien sont-ils bloqués de l’autre côté d’une crevasse infranchissable?
La nuit tombant, nous reprîmes le large, où nous fûmes arrachés à nos préoccupations par un spectacle aussi curieux qu’inattendu. On
dit, d'une manière familière et même un peu triviale, en parlant d’une
(1) Grand oiseau dont le corps est blanc, les ailes brunes, le bec et les pattes
Jauness
personne qui se trémousse de joie : « Elle rigole comme une baleine! » Jamais je ne m'étais imaginé que je pourrais vérifier l’exactitude de cette comparaison. Or, voilà que, tout à coup, je vis une bête monstrueuse qui gambadait hors de l’eau, y retombait avec fracas en sou-
levant d'énormes vagues, puis recommençait à bondir de plus belle.
Photographie de M. Lecointe.