LES FALAISES DE L'ÎLE DE CAVELIER DE CUVERVILLE
Vite, j'appelai notre zoologue, et dame baleine eut la gracieuseté de recommencer à « rigoler » devant lui! Racovitza et moi, nous étions
positivement sous le charme...
Les journées du 5 et du 6 février s'écoulèrent sans que nous eussions vu, sur les monts Solvay, le signal convenu.
Enfin, le 6 février, à 5 heures du soir, la lunette nous fit voir le drapeau planté sur un noonatak (1).
(x) On désigne sous le nom de noonatak les pointes rocheuses qui émergent au
milieu d'un glacier.
Nous fimes aussitôt route vers le cap d’Ursel; nos camarades remontérent à bord, tous en parfaite santé, mais un peu soucieux, semblait-il.
Ils firent peu honneur au souper et, transis de froid, se hâtèrent vers leur couchette!
CÉAPIPRE SVT
Ascension des monts Solvay.
Ce fut quelques jours plus tard seulement que, remis de leurs fatigues, ceux qui avaient tenté l'ascension des monts Solvay nous contèrent en riant leur odyssée.
Immédiatement après notre départ, ils avaient dressé la tente et préparé un copieux repas : soupe aux pois, biscuits des Alpes, conserves, voire une tasse de chocolat. La nuit fut reposante; ils étaient bien à l’abri dans leurs sacs de peau de renne…
Le lendemain, 31 janvier, après le déjeuner, ils levèrent le camp et se remirent en route; mais, arrêtés par la brume, ils durent repiquer la tente. Par quoi tuer le temps, si ce n’est par un petit repas!
L’après-midi, nouvelle tentative de marche, bientôt entravée encore par une crevasse infranchissable. Nos amis furent obligés, pour se remettre de ces contretemps, de déguster quelques bonnes choses! Puis la nuit vint : il fallut souper et se coucher! O délices de Capoue!.….
Le rer février, il neigeait et le vent soufflait violemment. Malgré cela, une nouvelle tentative fut faite pour gagner la seconde crête des monts Solvay.
Tout à coup, Danco, attelé avec de Gerlache à un même traîneau, disparut sous la neige. Déjà le commandant s’arc-boutait pour n’être pas entraîné dans l’abime, lorsqu'il constata que la corde qui, un instant auparavant, retenait Danco, était abandonnée à elle-même.
Avec précaution, tous approchèrent du trou béant dans lequel notre ami avait disparu. Ils le virent suspendu grâce à ses longs skis, aux parois d’une crevasse, peu large heureusement, mais très profonde, Le sauvetage s’opéra avec célérité et Danco, ahuri par la secousse, fut ramené sur la neige ferme. Alors, pour lui rendre un peu de force
et fêter l’émouvant sauvetage, un joyeux festin s’imposait!.…
Le 2, le 3 et le 4 février, le temps demeura brumeux; c'est à peine si de Gerlache et Danco, juchés sur un noonatak, purent mesurer quelques angles au théodolite.
Le 5 février, la brise se leva de l’Est-Nord-Ouest et déchira la tente. Nos amis furent obligés de la réparer; mais comme l'étoffe destinée à boucher un trou doit être prise quelque part, la tente diminua de surface, au moment même où le dégel, puis la pluie, la rendaient plus nécessaire. Alors nos pauvres amis, trempés jusqu'aux os, barbotant dans la neige, songèrent, une dernière fois, à jeter un regard aux provisions! Hélas! l'appétit n’y était plus !...
Enfin, à la suite d’une nuit des plus lamentable, de Gerlache, le matin du 6 février, fit arborer le drapeau belge, destiné à rappeler la Belgica. Ce même jour, à 5 heures du soir, le navire faisait entendre sa sirène et recueillait nos explorateurs.
Ajoutons que, malgré tant de déboires et de circonstances défavorables, l'ascension des monts Solvay fut loin d’être sans résultat :
1° Les observations faites au théodolite nous donnèrent des contrôles très utiles pour le tracé de la carte ;
20 Arctowski rapporta d'importants échantillons géologiques ;
30 Et enfin, nos excursionnistes acquirent, au point de vue du campement, une expérience qui pouvait leur servir par la suite.
Notons encore que le campement sur les monts Solvay est le
premier qui fut tenté dans la région antarctique.
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Derniers travaux dans le détroit de Gerlache.
Le 6 février, vers 8 heures du soir, après le retour à bord du petit groupe expéditionnaire, nous eûmes la chance de reconnaître, au loin, l’île des Deux Hummocks, puis le cap Murray. Dès lors, la jonction de nos diverses stations étant faite, nous pouvions gagner le cap Murray et longer de près la côte orientale du détroit.
Le 7 février, nous parcourons la baie de Charlotte, doublons le cap Reclus et naviguons dans le chenal de /a Plata, en laissant, par tribord, les îles Nansen, Brooklyn, Wyck et Pelseneer.
Vers 4 heures du soir, de Gerlache, Cook et Arctowski débarquent au pied des roches Sophie, et, pour la nuit, nous nous mettons à la cape, à l'Est de l'ile Emma.
Le 8 février, nous doublons le cap Anna et, jugeant que la côte orientale a été relevée avec assez d’exactitude jusqu’à l’île Bryde, nous longeons l'ile Anvers, où nous débarquons, vers midi, près du cap Hippolyte, au pied des monts Osterrieth. À ce moment, le soleil inonde ces monts de mille feux : toute la chaîne en est éblouie. Assez loin, à l’intérieur de l'île, quelques dômes ensevelis sous la neige rappellent les sommets alpestres. Le long de la côte, les montagnes pourprées s’abaissent en falaises de granit, au pied desquelles des avalanches ont amassé un glacier de peu d'épaisseur, mais s’étendant sur toute la longueur de l'ile,
Le soir du 8, nous nous arrêtons dans le chenal de Neumayer, au pied du mont William (fig. 20).
La journée du 9 février fut superbe, Elle nous permit de parcourir très utilement un long itinéraire : le matin, nous avons observé la position du quinzième débarquement et, vers midi, nous avons fixé les coordonnées d’une île du groupe Waumwermans. L’après-dîner, nous
avons longé la côte orientale de l’île Wiencke: puis, tandis que Oo ?] ?
Danco, Racovitza, Arctowski et Cook débarquaient dans l’île Bob, la Belgica retournait vers l’île Lemaire.
Pour la seconde fois et bien que notre attention fût particulière-
ment attirée vers l’île Bryde, nous n’avons pas reconnu, dans la
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Photographie du Dr Cook. FIG 21e