LA SIERRA DU FIEF ET L'UNE DES ÎLES WAUWERMANS
brume, le passage qui existe entre cette île et la Terre de Danco ; nous pensions alors qu'il n’y avait là qu'une simple baie, Le soir, nous sommes allés reprendre, à l’île Bob, le personnel scientifique, que nos travaux de la journée nous avaient fait oublier quelque peu. Nos pauvres amis agonisaient de faim! Aussi, en souvenir de cette sensation peu agréable, conservèrent-ils longtemps à l'île Bob le nom d’îile Famine.
Nous nous étions abrités, pour la nuit, auprès du cap Willems, mais la dérive nous conduisit, dans le brouillard, à proximité de l’île Banck.
Quel ne fut pas notre étonnement lorsque, le 10 février, à la premiére éclaircie, nous distinguâmes un canal dirigé vers le 150 Nord-Est. Nous y embouquâmes et ce n’est qu'à proximité du cap van Beneden que nous reconnûmes que ce canal est bien celui qui sépare l’île de Bryde de la Terre de Danco et dans lequel,
deux fois déjà, nous nous étions engagés.
Photographie du Dr Cook, FIG. 22.
LES ÎLES MOUREAUX.
Alors nous retournons au cap Pierre Willems et parcourons la baie des Flandres, où nous débarquons, le 11 février, dans une des îles Moureaux.
Enfin, après avoir doublé le cap Rahir et reconnu les îles Guyou, nous longions la Terre de Danco, lorsque nos regards furent attirés par la teinte bleue que présente une échancrure de la côte. Curieux, nous allons de ce côté et nous pénétrons dans une baie d’azur. Oh! spectacle enchanteur! les glaces, la mer, le navire, la mâture, les voiles, tout est bleu, de ce bleu pâle mourant qui n’existe que dans
les régions polaires. Nous nous attardons à rêver dans cet azur... ;
puis nous évoluons adroitement pour gagner la pleine mer, car nous
sommes entourés d’icebergs. Pas assez adroitement encore : un craquement sinistre nous avertit que la Belgica vient d’en aborder un de front.
Heureusement, le mal n’est pas grand : la guibre seule est brisée; le beaupré, par miracle, sort indemne de cette collision.
Nous passons la nuit près du cap Renard, que le 12 février, au matin, nous voyons peu à peu sortir de la brume. Ce cap marque d’une façon précise l'entrée Sud-Ouest du détroit de Gerlache. C’est une falaise de granit longue et mince, qui, du côté de la mer, élève, haut dans l’air, une aiguille rocheuse dentellée comme la flêche d'une cathédrale. C’est près de ce cap que nous opérons notre vingtième débarquement. Nous y déterminons les coordonnées géographiques de l'entrée du détroit; puis, après avoir franchi le chenal de Lemaire, nous allons
attendre le jour en vue du cap de Trooz.
Photographie du Dr Cook, CE ASE