SAC DE COUCHAGE A TROIS PERSONNES
qu’un sac pour trois, mais au dormir, c'est autre chose! Dès qu’un de nous bougeait, il réveillait les autres et, comme toujours l’un ou l’autre bougeait, personne n’a dormi! Nous ne désespérons de rien cependant : l'habitude est une seconde nature; après quelques nuits, nous dormirons très bien, surtout par les jours de grande marche.
Quant à la tente, Cook continue à la trouver remarquable. Moi, in petto, je conserve l'impression du contraire : je la trouve trop exiguë et pourtant je ne suis pas grand. Ce que les deux autres devront s’y
trouver mal lotis!
Le 12 octobre. — Un grand nombre des membres de l'équipage
Es 293 (Eu
désirent faire partie de l'expédition vers le pôle magnétique. Cook, Amundsen et moi examinons dans une séance solennelle les différentes candidatures. Notre choix est d'autant plus difficile à faire, qu'il ne comporte qu'un seul individu. Il faut être peu nombreux pour ces marches rapides, afin de n'être pas arrêtés par les impedimenta. Notre choix se porte sur Michotte; mais, comme de Gerlache désire le conserver à bord, nous remettons l’examen de la question à plus tard.
Le 15 octobre. — de Gerlache et moi sommes dans une anxiété sans nom! Cook vient de nous prévenir que Mélaerts et Michotte présentent tous les symptômes néfastes du scorbut, Il nous prie de ne point communiquer cette mauvaise nouvelle, afin de ne pas augmenter la détresse morale de l’équipage Le commandant est tellement impressionné, qu'il se demande, avec angoisse, si sa conscience n’est pas responsable de tous ces maux!
Le 25 octobre. — L'état de de Gerlache a brusquement empiré à la suite de toutes ces secousses. Ce matin, Cook a cru de son devoir de lui annoncer qu'il avait une atteinte de scorbut.
Le commandant a reçu cette nouvelle avec beaucoup de sangfroid. Le soir, nous nous sommes promenés longuement ensemble bras-dessus bras-dessous et, comme ce bavardage, cet éveil de souvenirs a paru lui faire du bien, nous avons décidé que chaque jour nous passerions deux heures ensemble. Cette diversion dans les idées lui a été si salutaire, qu’il a passé une fort bonne nuit.
Le 4 novembre. — Les crises de X... ont complètement cessé, mais un autre matelot a l'esprit troublé par la manie des grandeurs et par des terreurs folles. Singulier mystère, le mot « chose » l’exaspère! Lui, qui ne connaît pas le français, il s’imagine que « chose » signifie tuer et que ses compagnons se sont donné le mot pour l’exécuter. Il évite le poste, puis à la nuit tombante, à peine vêtu, sans couverture, il va se cacher dans l’entrepont, au risque d’attraper une pneumonie! no ao le cures de pres el cesl X,.., à peine remis
lui-même, qui désire se charger de ce soin!
Peu à peu, le malheureux Y... devient absolument inconscient : il ne parle plus, il roule des yeux dans le vague, et la seule besogne qu'on puisse lui confier est le raclage des peaux de phoque. Encore n'avance-t-il guère dans ce travail : au bout de dix minutes, il tambourine sur la peau avec son racloir, regardant d’un air effaré dans la direction des hummocks de pression.
Si l’un ou l’autre passe près de lui, il frémit et courbe instinctivement la tête comme pour recevoir le coup de grâce!
Pauvre garçon! il nous fait pitié à tous!