ESS
CRAQUE Le Soleil de Minuit.
Le 6 novembre. — Nous avons eu, en octobre, vingt-cinq journées consécutives de neige. Le navire en est totalement envahi, surtout à l'arrière, où un hummock de pression monte jusqu’à la hauteur de la dunette.
Aujourd'hui, le vent a chassé une telle quantité de neige sous la toiture, sur le pont, qu'on ne peut plus circuler. L’équipage a dû travailler toute la journée au déblaiement et la moitié, à peine, de la besogne est achevée. Ce qu'il y a de plus décourageant, c’est de penser que si une nouvelle tempête survient, tout ce labeur sera réduit à néant.
Le 13 novembre. — Nous avons tenu, aujourd’hui, une séance plénière de l'état-major, séance très courte à cause du mauvais état de santé du commandant. Diverses questions d’ordre général ont été
examinées.
Le 16 novembre. — À partir de ce jour, le soleil éclairera notre région pendant de longues semaines sans interruption. Malheureusement, l’astre n’est guère visible encore, étant continuellement voilé par une brume épaisse. Pourtant, c’est bien le jour perpétuel : une même clarté diffuse règne à midi et à minuit. Les animaux reviennent plus nombreux, la banquise s’agite, des lacs se forment au loin. Sont-ce les premiers symptômes du bouleversement qui amènera la délivrance ?
Le 22 novembre. — 11 est grand temps de dégager le navire, dont les flancs sont maintenant enfouis sous la neige jusqu’à la partie supérieure des bastingages.
La Belgica, ayant été saisie par une pression, a été soulevée et
déposée sur le champ de glace, Elle est assez inclinée sur tribord.
Tout l'état-major et l'équipage creusent, autour du bâtiment, un large fossé. La neige est transportée avec des cuves amarrées sur des traineaux, puis déversée à une certaine distance. Elle forme là un
monticule sur lequel je compte édifier un nouvel observatoire.
Photographie du Dr Cook.