QUI NOUS À RETENUS SI LONGTEMPS PRISONNIERS
CHAPITERE'XXREEE, Bloqués à la lisière.
Les jours qui suivirent notre délivrance furent utilement employés à l'aménagement de la Belgica, en vue de la navigation ordinaire et surtout en prévision des tempêtes que nous aurions vraisemblablement à affronter, dès que nous nous trouverions en plein océan. Afin de donner au navire la stabilité nécessaire — car, en un an, nous avions consommé pas mal de charbon et de vivres — les seize grands réservoirs de la cale furent remplis d’eau de mer.
Le quart se faisait constamment du nid de corbeau : il était indispensable de scruter un vaste horizon, pendant ce long trajet qui nous séparait de la mer libre et que nous devions parcourir en nous faufilant avec adresse entre les champs de glace.
Le 16 février, au soir, nous constatons que, depuis deux jours, nous avons gagné 18 à 20 milles vers le Nord. En réalité, nous avons parcouru un chemin bien plus considérable, étant donnés nos nombreux circuits entre les nappes. Par contre, nous avions souvent la surprise de naviguer sur d'immenses lacs, au milieu desquels la Belgica bondissait éperdue, ivre de liberté! À la lisière de ceux-ci, la lutte recommençait. Le navire se précipitait entre deux champs, essayant de les séparer, puis se trouvait arrêté. Alors nous faisions machine arrière et, lorsque nous avions assez de place pour rendre à la proue son élan, nous renversions brusquement la marche.
Ces coups de bélier répétés finissaient par
avoir raison de la glace, qui, d’ailleurs, AE FIG, 88.