‹ Au pays des manchotsChapitre 81 sur 90 · CERCLE RE A · texte numérisé non relu

CERCLE RE A

Vers Punta-Arenas.

Quelles sensations multiples se succèdent en nous, pendant ces premiers instants de la délivrance ! Quelque chose d’infiniment heureux, et pourtant mêlé de tristesse, de regret, s’agitait au fond de nos cœurs : Adieu à la banquise avec son cortège de souffrances et de deuils, mais qui nous a donné, dans l’âpre joie de la découverte, un sentiment de fierté et d’orgueil que plus jamais nous ne revivrons! Adieu à nos pauvres compagnons, Danco et Wiencke, qui ont été la rançon de notre salut à tous! Hourrah pour l'Océan sans limites, qui nous emporte au loin, vers le pays, vers tous ceux que nous aimons!

Ah! puissions-nous les retrouver tous?

Le ciel, au-dessus de nous, étend de sombres nuages; la mer est d’un beau bleu foncé, sur lequel nos regards errent délicieusement après avoir été éblouis si longtemps par la lumière diffuse de la banquise; la Belgica glisse et bondit tour à tour,ftoutes voiles dehors sous un vent favorable. La nuit, des animaux phosphorescents illuminent

les vagues et avec l'embrun sont projetés jusque sur la passerelle.

Quelle voie allons-nous suivre pour arriver à Punta-Arenas? Car la saison est bien trop avancée pour que nous puissions exécuter notre projet d'expédition au cap Gauss,

Trois routes s'ouvrent devant nous : celle du cap des Vierges, peu avantageuse à cause des vents dominants de l'Ouest, qui entraveront notre marche dans le détroit de Magellan; celle du cap Pilar, qui nous fait entrer, par l'Ouest, dans le détroit, et nous permet de gagner Punta-Arenas avec le vent arrière; celle du canal de Cockburn, enfin, qui nous fait pénétrer dans le détroit, par le Sud, en nous faufilant entre les Furies de l'Est et les Furies de l'Ouest. Cette

dernière route est signalée, par les instructions nautiques, comme particulièrement dangereuse; on admet qu'elle ne doit être suivie qu'en temps de guerre et seulement pour échapper à l'ennemi,

Le commandant adopte pourtant cet itinéraire. Il craint que si nous nous dirigeons vers le cap Pilar ou le cap des Vierges, nous ne venions à rencontrer un navire à marche plus rapide que le nôtre, qui, signalant notre retour, n’occasionne une fausse joie aux amis de Danco et à la famille de Wiencke.

Nous faisons donc route vers le canal de Cockburn, nous arrêtant cependant encore pour draguer, faire des sondages et mesurer des températures sous-marines. La gaieté est presque générale ; l'appétit revient... pour ceux qui n’ont pas le mal de mer! Je ne m'en plains plus : ce tribut à la mer libre me semble si peu de chose, presque agréable!

Le 26 mars, après douze jours d’une navigation mouvementée, nous savons que nous sommes proches de l'Amérique du Sud, mais nous ne pouvons connaitre exactement notre position, attendu que, depuis plusieurs jours, aucun astre ne s'est montré. La route estimée est très peu précise, dans cette région secoute par des tempêtes continuelles, où circulent des courants très variables en intensité et en direction,

Johansen, qui est à la barre, voit passer près de nous et perpendiculairement à notre route un cormoran, Il le suit des veux et distingue à bâbord, au travers du brouillard, une grosse tache brune : c’est la terre |!

La terre! En un instant, tout le monde est sur le pont, la dévorant du regard. Nous faisons route vers la côte pour la reconnaître et, après un difficile examen et de multiples combinaisons, nous arrivons à l’île Noire. La journée étant très avancée et les instructions nautiques renseignant un très bon mouillage (1!) à l'Est de l'ile Noire, il

est décidé que nous y passerons la nuit,

Comme nous avons déjà dépassé l'ile, il faut, pour la rejoindre,

facilement distinguer les roches à fleur d’eau (1). Lui-même prend le quart sur la passerelle, car nous sommes dans une région où les récifs forment un si long chapelet, qu’on leur a donné le nom de vote lactée,

Mon ascension dans la mâture par ce temps épouvantable, sur ce navire qui roule de 400 sur chaque bord, me dégoûte profondément!

En bas, sur le pont, je vois Racovitza, Cook et Arctowski se maintenir tant bien que mal sur la dunette arrière : ils devinent le mal qui me ronge et me jettent des regards de commisération !

Ouf! me voilà dans le nid de corbeau. J'y puis être malade, sans crainte de dégringoler dans la mer. Je m'installe dans le tonneau et fais gaiement mon quart.

Lorsque je redescends, une heure plus tard, de mon poste d’observation, nous doublons les Furies. La tempête souffle encore au large, mais nous sommes à labri dans le canal de Cockburn, où la mer s’ondule simplement sous les rafales qui descendent des hauteurs.

Toute la journée et la nuit, nous naviguons dans le détroit et le lendemain, 28 mars 1899, nous mouillons, à 6 heures du matin, à

Punta-Arenas.

Notre entrée dans la rade y occasionne quelque étonnement : on nous croyait morts depuis longtemps!

Des gens peu scrupuleux avaient profité de notre silence pour l’interpréter comme un désastre, et vendre à la presse des renseigne» ments à sensation.

Un capitaine de navire déclarait même avoir aperçu notre épave non loin des Shetland du Sud.

Un autre affirmait nous avoir rencontrés près du cap Adare, au moment où nous allions nous engager dans la mer de Ross. Mais ce

qui est un comble, c’est que, déclarant être monté à bord de la Belgica,

(1) Du häut du mât, on reconnait les roches sous-marines à la teinte verdâtre que

l'eau prend au-dessus.

prendre le vent presque debout. Mais qu’à cela ne tienne : Somers fait exécuter un tour de force à sa machine en la poussant à donner cent vingt-cinq tours à la minute. Tout le personnel scientifique est requis pour la manœuvre des voiles; l’animation est si grande, qu'on dirait que nous allons monter à l’abordage.

À 6 heures du soir, à la brune, l’ancre tombe et la Belgica mouille

devant une terre.

L'ile Noire porte bien son nom : c’est un énorme massif sombre, coloré à de rares endroits par une maigre végétation. Telle quelle, cette première terre que nous revoyions nous paraissait un éden. Malgré l'obscurité, la pluie et le brouillard, plusieurs d’entre nous auraient vivement désiré aller à terre, mais la mer était trop mauvaise pour qu’il fût possible d'amener un canot. Il fut donc décidé que, le lendemain matin à 6 heures, si l’océan s’était un peu calmé, nous exécuterions un débarquement.

La nuit fut mauvaise. La mer, en fureur, cherchait à nous arracher à notre abri; nous dûmes filer de la chaîne.

Le 27 mars, à 1 heure du matin, l’ancre dérape. Vite, nous filons encore de la chaîne, mais inutilement : le vent nous pousse vers un ‘écif dangereux. Il faut à tout prix relever l’ancre. Tout le personnel se met à la manœuvre! C’est en vain : voilà le récif, nous y courons droit. J1n'y a qu'une issue : abandonner ancre et chaîne et fuir à toute vapeur.

Le navire, brusquement dégagé de ses liens, hésite un moment, étourdi, puis file droit vers les Furies, excité par la machine, aiguillonné par l’ouragan qui nous chasse de l’arrière et gonfle nos voiles à lesscrever

Le spectacle de la mer démontée est superbe, terrifiant; il contraste puissamment avec les déplacements lents et continus de la banquise.

Entrainés avec une vitesse vertigineuse, nous atteindrons bientôt les Furies. de Gerlache me prie d’aller faire le quart dans le nid de

corbeau, d’où je reconnaîtrai mieux les îles et d’où je pourrai plus

il donnait le compte rendu de son interview avec de Gerlache et moimemel...

Un troisième capitaine, aussi ignorant que menteur, avait assuré que nous lui avions montré les cales de la Belgica remplies d’or ramassé, par blocs, presque à fleur de sol. Il déplorait notre sinistre, ne fût-ce que pour les milliards qui avaient sombré avec nous.

Enfin un quatrième personnage avait fait la déclaration suivante : « J'avais mis à bord de la Belgica une couple de mes meilleurs pigeons voyageurs, Les oiseaux me sont revenus avec d’importantes dépêches. » Suivaient toute une série de découvertes plus extrava-

gantes les unes que les autres.

Comme Punta-Arenas n’est pas relié au réseau transocéanique, nos dépêches ne furent portées à Montevideo que quelques jours plus tard; de sorte qu’elles ne parvinrent à nos familles, en Belgique, que le 14 avril. Or, l’anxiété était grande, car les lettres, qui nous avaient été envoyées en Australie venaient de rentrer en Europe.

Aussi, peu de nouvelles missives nous attendaient à Punta-Arenas. Pour ma part, je n’en trouvai qu'une seule et avec cette adresse

sommaire :

Monsieur L.ecointe à bord de la BEïicrcA Dans un port de l'Amérique du Sud.

Dès que notre mouillage est signalé, nous recevons des visites assez intéressées : des consuls « marchands » qui viennent solliciter l’avantage de nous ravitailler. Ayant reçu nos commandes, ces messieurs veulent bien nous mettre au courant des principaux événements qui se sont passés depuis nos quinze mois d’absence :

I. Les « pacifiques » États-Unis d'Amérique — Cook en fait une tête ! — ont écrasé militairement l’Espagne, puis se sont montrés très larges pour le règlement définitif des affaires;

II. Les Européens ont décidé de ne plus faire la guerre et de

constituer un tribunal international d'arbitrage. Voilà une nouvelle stupéfiante à laquelle nous ne pouvons ajouter foi;

III. En France, on a fait beaucoup de bruit autour d’une affaire d'espionnage ;

IV. On est parvenu à liquéfer l'air. Voilà une découverte scientifique qui nous fait à tous dresser l’oreille ;

V. La télégraphie sans fil a fait son apparition. Ces mots redoublent notre attention.

Des tas de journaux et de revues s’amoncellent sur nos tables, envoyés de toutes les parties du monde. Nous ne les lisons pas. Quel intérêt peut éveiller en nous les menus faits journaliers dont la presse a alimenté ses lecteurs pendant ces quinze derniers mois ? Tout cela, vu de loin, est si mesquin, si futile.

Attendons pour nous réinitier que la civilisation nous ait ressaisis.

CHAPFERE RER Retour.

Retenu à bord par les nécessités du service, je ne descendis à terre, à Punta-Arenas, que le lendemain de notre arrivée. En entrant à l'Hôtel de France, j'y trouvai tout notre monde absolument méconnaissable ; les cheveux coupés, le teint frais, du linge neuf : la civilisation, quoi!

Je fus tout heureux d’en faire autant et, surtout, de prendre un vrai repas, bien préparé et substantiel, Ce fut d’ailleurs une de nos importantes occupations, à Punta-Arenas, de manger copieusement, par besoin, et abstraction faite de toute espèce de gourmandise !

Le 29 mars, nous eûmes une conférence à l’ Hôtel de France,dans le but d’arrêter le programme d’une exploration scientifique dans les canaux de Teëre de Ron.

Quelques jours plus tard, ce projet fut abandonné, très heureuse- Ines, Je perse,

Le jour même où nous avions jeté l'ancre à Punta-Arenas, le matelot Y.:.sétut enfui dans ès bois, lous ES debx 68 (co lodr, il revenait en ville, achetait des vivres, puis regagnait sa retraite Lorsque son argent était épuisé, il guettait, à la porte de l'hôtel, la sortie du commandant, demandait quelques francs, puis disparaissait de nouveau. Afin de ne pas l’exciter davantage, on le laissait faire.

Comme :il était nécessaire de séjourner quelque temps à Punta- Arenas pour réparer le navire et refaire la santé chancelante de plusieurs hommes d'équipage, le personnel scientifique put reprendre sa liberté : en conséquence, Racovitza, Arctowski et Dobrowolski regagnèrent l’Europe par paquebot,

Le lieutenant Amundsen reçut l’autorisation de rentrer en Norvège, afin d'y ramener l’infortuné Y...

Ce dernier ne voulut jamais consentir à retourner à bord de la

Belgica, même pour y prendre ses vêtements et ses papiers : on dut les lui envoyer le jour du départ. Il est très regrettable que ses camarades de poste se soient cru autorisés à brûler ses papiers et son journal de bord, Ces documents auraient présenté un certain intérêt, Je tiens, pour ma part, à déclarer que je suis étranger à cet acte et que je blâme ceux qui, directement ou indirectement, y ont contribué.

Cook nous quittant également pour aller continuer, à la Terre de Feu, ses études sur les Onas, l'état-major se trouva réduit à trois membres : de Gerlache, Mélaerts et moi.

Notre séjour à Punta-Arenas fut fertile en événements désastreux au point de vue nautique.

de Gerlache et moi descendions, chaque jour, alternativement à terre, Or, un soir que le temps et la mer étaient calmes, le commandant se rendit chez des Belges, à un petit souper auquel était convié presque tout notre monde. Comme il s'agissait de compatriotes, de compatriotes malheureux dans leurs entreprises, de Gerlache avait accepté afin de leur faire plaisir. Je restai donc seul à bord avec Michotte et quatre hommes d'équipage.

Tout à coup, vingt minutes à peine après leur départ, le décor change : le vent se déchaîne, la mer se démonte. Et tandis que je me hâte pour parer ce mauvais coup, deux navires, non loin du nôtre, brisent leurs chaînes et se jettent à la côte! Au même instant, craquement formidable : notre chaîne subit le même sort! Les hommes n'ont que le temps de bondir sur les drisses pour hisser les voiles; mais la Belgica écoute à peine son gouvernail; elle manque d’accrocher un navire de guerre chilien, puis court, affolée, vers deux goélettes.

Que faire? Si je tourne bride, nous courons sur des récifs; si je in’abstiens, nous coupons les goélettes et leur équipage. Cruelle alternative! En un instant, j’entrevois la perte de tous les matériaux acquis par l'expédition et... je garde ma route! Mais j'ai compté sans l'imprévu : à quelques mètres des goélettes en danger, des cris d’épouvante me serrent le cœur; vite, je fais mettre la barre à la côtel Je

frole les goélettes, puis veux regagner le large pour éviter l’écueil.

Oh! bonheur! le vent, dans un brusque écart, nous chasse loin du danger. Alors je prends le large, et, voyant la mer libre devant nous, j'envoie Dufour et Van Mirlo dans la machine pour allumer les feux, tandis que le troisième homme reste à la barre et le quatrième à la manœuvre des voiles! Michotte a l’ordre de nous faire du café assez fort pour éveiller un mort,

Cinquante minutes plus tard, mes mécaniciens improvisés avaient de la pression : nous pouvions rejoindre Punta-Arenas. La nuit était noire et la rade encombrée de navires, dont plusieurs avaient leurs feux éteints par le vent; néanmoins, comme je connaissais parfaitement le mouillage de chacun d'eux, je risquai l'aventure.

À 2 heures du matin, je laissai tomber l’ancre. Le lendemain, à l’aube, grand fut mon étonnement : impossible de relever l’ancre! Le navire étant en sécurité, je remis le quart à de Gerlache, qui venait de rentrer, et je descendis à terre m'informer de ce qui pouvait offrir une telle résistance dans ce fond.

J'appris alors qu’à l'emplacement même où la Belgica était mouillée un cuirassé anglais avait sombré jadis.

Les Chiliens insouciants ne pensent même pas à mettre une bouée en permanence à ce mauvais emplacement.

Pour dégager notre ancre, tombée dans la cuisine du cuirassé, au milieu de la vaisselle, il fallu l'intervention d’un plongeur — ce qui se paye très cher dans le détroit de Magellan; de plus, l’ancre avait une patte cassée. Quelques jours plus tard, pendant que j'étais à terre, un ouragan se leva de nouveau et fit déraper la Belgica. Heureusement que cette fois le vent venait de terre et chassait le navire vers le large, car, tandis que les hommes faisaient des efforts pour relever la chaîne, elle se coinça.

Pendant deux jours, de Gerlache navigua aux hasards des vents, avec un navire lège qui ne gouvernait pas, et dont une ancre pendait à 30 mètres sur le flanc, sans qu’on parvint à la relever.

Lorsque de Gerlache revint à Punta-Arenas, cette dernière ancre

s'étant cassée, il dut s’amarrer à la bouée réservée aux navires de

guerre chiliens et dont aucun ne faisait heureusement usage à ce moment. Pendant ces quelques jours, nous avions eu plus d’avaries que pendant toute notre campagne dans l'Antarctique ; non seulement nos trois ancres et une chaîne faisaient défaut, mais nos écubiers euxmêmes étaient brisés. Impossible de prendre la mer dans ces conditions.

Le temps nécessaire pour ces réparations fut long dans ce pays où il n'existe guère d'hommes du métier et où ces rares ouvriers ne travaillent que « quand et comme il leur plaît et sous promesse de prix exorbitants »., Nous pûmes donc faire à loisir une étude approfondie des us et coutumes des habitants de la Patagonie et même de leurs

débouchés commerciaux,

À la fin de mai, le navire était prêt. Afin de payer l'addition, de Gerlache revendit, à un dépôt de conserves du Nouveau Monde, le stock de Kjoedbollers, Kjoedpolsers, etc., que nous avions écono-

misés avec tant de soin dans l'Antarctique!

Depuis quelque temps, de Gerlache m'avait fait une proposition que j'avais acceptée avec plaisir : il s'agissait de faire, avec deux Français, MM. Gex et Poivre, un voyage de reconnaissance dans la Cordillère des Andes. Cet aller et retour de l'Est à l'Ouest de l'Amérique du Sud, à la hauteur environ du 5ue parallèle, me permettrait non seulement d'examiner les terrains en litige que se disputaient le Chili et l'Argentine, mais encore de tracer une ligne d’observations magnétiques. Il fut donc convenu que la Belgica me conduirait à Santa- Cruz et que de Gerlache m'attendrait à Buenos-Ayres, pendant un mois.

Comme l’hiver austral s’avançait et pouvait nous retenir prisonniers dans la Cordillère, de Gerlache devait faire voile pour l’Eu-

rope si, après ce laps de temps, je n'étais pas de retour.

Au commencement de juin, nous entrions dans le Rio de Santa-

Ro .

Cruz où, très gracieusement, nous allàâmes échouer sur un banc de sable, placé en avant de l'ile Lion. Cet échouage n’avait rien d’étonnant, puisque nous n'avions pas la carte du fleuve.

Comme l'amplitude de la marée, à cet endroit, atteint jusque 18 mètres, le navire, au moment du reflux, se trouva complètement à sec; il fallait même parcourir plusieurs centaines de mètres pour arriver à l’eau. Cet accident nous fournit l’occasion d’inspecter avec soin la carène. Nous ne courrions aucun danger : nous étions couchés

sur un moelleux banc de sable, qu’on dit très riche en pépites d’or!

E$ 10 juin,»au-matn, 1e navire étant remis ao je quite Belgica et partis pour la Cordillère des Andes avec les deux ingénieurs français, MM. Poivre et Gex (1); deux marins de la Belgica, Johansen et Koren, et deux domestiques, dont un nègre,

Comme matériel, je disposais du grand canot de la Belgica, de deux tentes et de vivres pour trente jours. Deux troupilles de chevaux, dont une sur chaque rive du Santa-Cruz, pouvaient remorquer le canot et nous servir de montures.

Alors, tandis que de Gerlache allait m'attendre à Buenos-Ayres, nous parcourümes en plein hiver, pendant soixante jours, les pampas de la Patagonie et la Cordillère des Andes près des lacs Argentin et de Viedma. L'hiver étant terminé, je parvins à rejoindre Santa-Cruz, où la Belgica avait levé l’ancre, comme c'était convenu, depuis un mois. M. Poivre, Koren et le nègre avaient dû me quitter dès le début de la campagne, afin de ramener à la côte Johansen, atteint d'une grave maladie.

De Santa-Cruz à Buenos-Ayres, je naviguai sur un navire de guerre argentin et là, je m’embarquai, pour l’Europs, à bord d’un rapide des Messageries Maritimes, ce qui me permit d'arriver, avant de Gerlache, à Boulogne-sur-Mer, où nous nous étions donné rendez-

vous avec Arctowski et Racovitza.

(1) M. Georges Gex est mort depuis, accidentellement, en Argentine.

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