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maures, e^ue marquent des portières d'étoffes lumineuses. Chaque maison a des balcons et parfois un moucharabieh, où s'accroclie une lanterne indicatrice, quadrangulaire et semblable à celles de nos villages français ; une chandelle y fume.
Elles bordent les marches de pierre, quelques-unes se tiennent sur l'escalier même qui conduit à leur chambrette, un bougeoir est à portée de leur main, et dans ces baies de nuit, le passant voit luire les soies et clairdir les ceintures d'argent, larges comme des cuirasses ; si quelque cigarette s'avive, la chétive lueur éveille l'or endormi des colliers, allume les fards et fait étinceler dans l'ombre les prunelles de jais.
De jeunes élégants dandinent leurs grâces, font savamment flotter les plis du burnous de fine laine, guettant l'effet de leurs muettes supplications qu'un sourire explique, prompts à saisir l'aubaine d'une caresse gratuite — cadeau de l'hétaïre à leur séduisante jeunesse...
D'autres protègent le commerce de quelque parente, femme ou associée et, sans la moindre gène, indiquent aux hésitants le balcon de la plus belle...
Et c'est partout la même chose !
Un assas (i), vêta du burnous noir, surveille la
(') Veilleur de nuit.
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fête ; il a la farouche figure que Ton imagine aux janissaires. Il sourit, obscène, indifférent et blasé, mais au bruit insolite il apporte, pour trancher tout débat, Tautoriié du manteau noir et celle aussi de la matraque dont il joue négligemment.
Les danses arabes ont traversé la mer, et nul n'ignore la parodie qu'en donnent, à chaque foire, les baraques de quelques Fathma. La singerie que Ton accommode au goût européen, devait être une déviation malsaine du véritable spectacle musulman, elle le fut. On donna surtout aux curiosités cosmopolites la vue disgracieuse d'un tressaillement de Tépiploon. Et maintenant, retrouve qui peut, sous l'abominable et obscène travestissement, le véritable canevas de l'initiale chorégraphie qui, selon Fromentin, est l'éternel thème amoureux sur lequel chaque peuple a brodé ses propres fantaisies ').
Toutes les coquetteries, toutes les caresses, tous les élans d'amour de la femme trouvaient place dans l'authentique divertissement. C'était tout un symbole de la lutte galante, avec ses résistances, ses défaillances, ses
(') Parfois dans les mêmes rues algériennes on rencontre, voisines, les Malaguaises et les Ouled-Nayl, et certes il y a plus d'un rapport entre les chorégraphies que l'on peut voira Grenade aux quartiers des Albaycines, et les divertissements des cafés maures. Une parenté s'y révèle et il serait curieux d'établir par quels avatars, tel ondoiement arabe put devenir telle séguedille.
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douces fins, avec la complication passionnelle que la délicatesse d'une race d'amoureux avait su y mettre...
Les uns y virent une « méthodique boiterie » et admirèrent surtout les voiles blancs qui palpitaient derrière les ballerines comme autant d'ailes, les autres s'attachèrent à la singularité desdéhanchements, et quelquesuns s'émurent seulement de l'excentrique déplacement du nombril... La pantomime ayant perdu sa signification devant les profanes, le geste obcène, seul, subsista.
Au festival du cabaret, les danseuses sont parées extraordinairement. Sur la soie brochée des somptueuses gandourahs, l'or des colliers étincelle, les chapelets de pièces à toutes effigies tressautent et tintent sur leurs poitrines, en même temps que sonnent aux chevilles les lourds anneaux [khalkhals) d'argent, ou les cercles d^airain. Aux oreilles pendent, tirant les lobes, à la mode targuie, les larges boucles dites ti:{yabitins.
Une estrade est ménagée, au fond de la taverne du kaouadji, où prennent place des joueurs de flûtes, de fifres et de chalumeaux; ces derniers, comme des joueurs de trompette, enflent leurs joues d'un souffle puissant et obtiennent, au prix d'exorbitants efforts, les aigres filets de son, dont l'acuité éclate et détone dans la sauvage symphonie.
On voit là les danses dites des mains, des foulards, des couteaux ; les bras levés semblent jongler en l'air
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avec d'invisibles objets ou simplement porter de légères amphores. Suivant le rythme lent ou rapide elles remuent alternativement bras et cuisses, tantôt presque accroupies, tantôt le corps plo)-é en arrière, la poitrine saillante, et la scène finit parmi les spectateurs que les écharpes frôlent; le dernier acte est celui de la sébile où tombent gros sous et pièces blanches.
Parfois, à certains moments, sans interrompre les figures de leur ballet-pantomime, elles jettent de caractéristiques et stridents you ! you ! aigus et âpres, tant, que l'on dirait a des râles de fauves ».
Les corps sont souples, félins, lascifs, et nul ne se dérobe à Temprise de certains grands yeux noirs, cernés de koheul, quand ils ne brillent pas du feu mauvais qui flambe, en tout endroit, dans la prunelle des prostituées. Il y a de rares têtes de sphinx, dont la beauté arrête et surprend, et des têtes mutines d'adolescentes. Les coiffures sont curieuses, bonnet pointu des Conslantinoises, posé sur le côté et couvert d'un foulard de soie brochée d'or, diadème des Onled-Nayl, qui en fait autant de reines barbares, avec le casque énorme où la laine grossit la touffe de jais des chevelures. Sur les visages maquillés à l'excès, quand nulle passion ne les anime, règne la tranquille impudeur, ou peut-être seulement, l'acceptation placide de la tâche assignée par la fatalité.