‹ Au pays des palmesChapitre 12 sur 34 · LES ETOILES · texte numérisé non relu

LES ETOILES

Chaque bled (' ) en a de célèbres : à Boghari, Sultana, fameuse parmi les orientalistes; à Tlemcen, Yaniina; à Biskra même, plusieurs ont leur histoire, telle cette Farfaria, qui put voir de sa fenêtre s'entr'égorger pour elle, spahis et Marocains {-). Embarka dont la tête de femme fellah fit quelques victimes jusque parmi les colons; Meryem enfin, qui reçoit littérateurs et peintres, et chez qui se rencontrent les dilettanti d'Albion et les névropathes de Paris.

Elles ont leurs coutumes légendaires et leurs superstitions. Ces filles, qui croient au mauvais œil et consultent la guzla, demandent ingénument au Prophète des filtres qui portent Tamour au cœur des hommes; un malin marabout leur indiqua le mherdoiib, mélange ensorcelant d'épices, de viandes et d'abricots secs ; un autre a dit : « Prenez votre plus blanche mule et gagnez la plaine en semant du sel, tout homme qui en écrasera

(*) Ville, village en arabe.

C^) On ramassa lo cadavres et révénemcnt tragique de la rue des .« Ouled » eut un long retentissement. Farfaria aujourd'hui en retraite, a enseigné les bonnes traditions à ses trois hlles : Faby, Rawacha et Rnaïa (Voir Fréchon, Algérie artistique et pittoresque).

JBiskra

un grain vous scia Hdèle. » On pcui voir dans certains villages du Sud des poignées de gros sel aux seuils des filles mauresques.

Le café d'El Yahoudi satisfait mieux peut-être que celui des Ouled-Nayl les curiosités vulgaires; la boîte à musique de la province immonde s'y est transportée, des filles y chantent tout en dansant, et le grinçant orciiestre, aggravé ici d'un horrible violon, prélude par la Marseillaise et sait la chanson de Pimpin.

Pour un œil exercé, les juives ont simplement repris, en exagérant peut-être la mimique lascive, les scènes des aimées mauresques. Elles psalmodient plus qu'elles ne chantent, sur quelques notes nasillardes et suraiguës. Nulle passion ne les anime, et ce ne sont que des bateleuses sans style et sans nerfs, dévidant avec des gestes convenus le fil interminable de leur complainte.

Elles viennent de Constantine ou de Tunis, et se sont etïorcées — dans le vice de la ville — à moderniser les traditionnelles chorégraphies. Elles y ajoutèrent quelques tristes piments européens et le sourire engageant qu'elles tinrent des créatures de nos bouges et des beuglants mal hantés. Quand les graisses prématurées n'ont point alourdi leur taille et que, sur leur visage, de ruisselants saindoux ne fondent point avec les fards, elles sont souvent d'une extraordinaire beauté.

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Chez certaines, la splendeur ancestrale des Judith et des Salomé rayonne, et si les temps mirent à leurs lèvres d'autres sourires, à leurs bras d'autres bijoux, on voit dans la profondeur de leurs yeux, toute la ténèbre fascinatrice de ceux d'Hérodias.

Elles collent à leurs fronts, pendant la quête faite d'un geste aisé, une pièce blanche, indication de l'aumône qu'elles attendent, ou peut-être symbole de la vénalité de leurs caresses.

Une partie de la nuit tiède, les Arabes circulent ou demeurent au cabaret. Gagnant sur le tard leurs cases de toubes, ils songent sans doute que dans le jardin du plaisir, Al Naïm, de jeunes garçons les recevront au bord d'un étang clair et leur amèneront les compagnes douces et belles dont l'haleine fleure le syringa; ils songent assurément, ces enfants amoureux, qu'ils seront à la fleur de leur âge et pourvus de la force de cent hommes, car Allah met la vigueur des élus à la hauteur de la volupté, et ils rêveront sur leur natte, de la tente de perles d'hyacinthe et d'émeraude préparée pour la sieste éternelle.

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